Bilitis
Pour Gaïa
4. Gaïa
Perplexe, l’équipe scientifique se perdait en conjectures : il lui fallait tout mettre en œuvre afin de trouver une explication rationnelle à l’étrange phénomène. Tous s’accordaient sur un point : l’appareil de contrôle n’accusait aucune défaillance. Lorsqu’un appareil de ce type est déréglé, il affiche des données aberrantes, non une suite cohérente de données.
— Regardez ! s’exclama Robert, ça s’est arrêté…
La ‘pierre vivante’ semblait en effet s’être figée. Plus aucun signe de déplacement ne s’affichait sur l’écran.
— Messieurs, nous avons du travail ! conclut Karl, le directeur scientifique de l’équipe.
Il se leva, l’air grave, les traits tirés, visiblement désemparé, mais résolu à faire face. Il ramassa ses notes et quitta la tente d’un pas rapide, bientôt suivi par le reste de l’équipe. Chacun allait à présent tenter de tirer des récentes observations les conclusions utiles.
Catherine, qui était sortie avec les autres, ne se retira pas sous sa tente. Elle s’assit sur une grosse pierre à quelques pas du laboratoire et s’abîma dans une profonde méditation.
Ne sachant trop que faire, ne voulant surtout pas la troubler, je n’osai m’approcher. Bien qu’étant dans son champ de vision, elle m’ignora complètement, comme si je n’existais pas. Au bout de quelques minutes, elle se redressa, affichant un air étrangement résolu. À l’évidence, elle venait de prendre une décision. J’allais la questionner mais je n’en fis rien, paralysée par son air farouche. Elle se dirigea sans la moindre hésitation vers l’entrée de la galerie qu’elle venait de me faire visiter. Au passage, elle s’était emparée d’une vieille lampe tempête dont elle alluma le manchon avant de disparaître dans la roche béante.
Je n’hésitai pas longtemps : j’avais encore sur moi ma lampe de poche et je résolus, sans réfléchir, de la suivre, pressentant qu’il allait se passer quelque chose d’extraordinaire. J’ignorais qu’il allait m’être donné d’assister à un spectacle qui allait modifier en profondeur, non seulement le cours de nos existences, mais également le sort de milliers de gens !
o o O o o
Je n’éprouvai pas de difficulté particulière à suivre Catherine dans la succession des couloirs et des salles qui conduisait à la chambre contenant la fameuse ‘pierre de lumière’. Une pensée folle m’assaillit : se pourrait-il qu’il y ait un lien entre cette étrange pierre et la forme tellurique aberrante qui était apparue sur l’écran de contrôle ? Absurde !... mais ne nagions-nous pas en pleine irréalité ?...
Je n’eus pas besoin d’utiliser ma lampe de poche, sauf lorsque Catherine disparaissait derrière un coude. Il me suffisait de suivre le halo de lumière vacillante qui se déplaçait avec elle, jetant sur les parois inégales du boyau que nous traversions des ombres menaçantes. Je finis par la rejoindre dans la chambre qui abritait la fameuse pierre aux propriétés si étranges. D’instinct, je demeurai en retrait, à demi dissimulée derrière une grosse pierre, me gardant bien de révéler ma présence.
Catherine se tenait debout, prostrée, les yeux rivés à la pierre laiteuse qui semblait palpiter lentement sous la lumière crue de la lampe qu’elle avait pris soin de poser sur un bloc de granit tout proche.
Nous demeurâmes ainsi de longues minutes sans que rien ne survînt. Je n’osai bouger, consciente que quelque chose d’inouï se préparait. Catherine, comme changée en statue, était effrayante d’immobilité. Je commençais à passer de l’angoisse à la panique lorsque la chose se produisit.
Le sol se mit à trembler et l’atmosphère se modifia, comme si l’air ambiant changeait de consistance, se faisait plus dense, se chargeait d’une tension croissante. Je faillis pousser un cri de surprise lorsque le bloc de granit que fixait Catherine se mit à bouger, d’abord de manière presque imperceptible, puis plus nettement. Aucun doute à présent : la pierre s’élevait lentement, émettant une étrange lueur blafarde, comme irréelle. Soulevé de terre par une force invisible, le bloc, qui devait peser des tonnes, s’élevait, tout vibrant d’énergie, nimbé de cette lueur fantomatique qui gagnait en intensité à mesure qu’il prenait de l’altitude. Le tremblement se poursuivait, mais sans s’amplifier, émettant un son roulant, sourd et grave, angoissant au possible.
Une vive lumière blanche irradiait à présent du bloc de pierre qui s’était stabilisé à un bon mètre au dessus de la terre battue. Catherine n’avait pas bronché. Le terrain, juste sous la pierre à présent en suspens, commença de s’affaisser, formant un trou circulaire à la manière du tourbillon qui se forme lorsque l’eau s’évacue d’un évier. Le tremblement s’accentua soudain et le mouvement d’affaissement sembla s’inverser : une forme commençait d’émerger du sol, à l’endroit même où l’effondrement s’était produit. Je réprimai un hurlement d’épouvante lorsque je vis apparaître… la chose.
Ce qui jaillit des profondeurs était une forme imprécise, vaguement humanoïde ; on aurait dit une statue de pierre à peine entamée, encore emprisonnée dans sa gangue… un golem ! En guise de chair : une sorte de croûte de terre brunâtre mais qui s’écoulait sans cesse pour se renouveler aussitôt, comme si, faite de sable, la créature se régénérait inlassablement. La forme était bien vivante, quoique de contours imprécis, comme issue d’un film à effets spéciaux où l’image est brouillée à dessein. L’impression de se trouver au cœur d’un film hollywoodien était accentuée par le décor : la lueur que dégageait la pierre flottante donnait vie aux fresques murales couvertes de bas-reliefs et de hiéroglyphes. Témoins impassibles d’une scène de pure magie, les anciens Égyptiens semblaient suivre avec intérêt le déroulement de l’action.
L’être de pierre — ou de sable, ou de je ne sais quoi — faisait face à Catherine. À l’évidence, c’est à elle qu’il s’adressait, pour elle qu’il était là. À peu près au milieu du front de cette inconcevable apparition un orifice s’ouvrit sur une surface bombée, globuleuse, lisse et nette : une sorte d’œil. On aurait dit que cet œil, sans pupille, était fait d’un métal liquide, brillant comme du mercure. Cet œil de cyclope pulsait de manière inquiétante, semblant se préparer à émettre quelque mortelle déjection. Mais il n’en fut rien, et si quelque chose se mit à suinter en effet de cet œil étrange, ce fut comme une onde d’abord impalpable puis dont la consistance s’affirma et dont la forme alla en se précisant. Ce fut comme une coulée horizontale, un nuage orangé, souple et moelleux, doté d’une étrange forme de vie, aux tons doux légèrement irisés. C’était d’une beauté à couper le souffle.
Le tremblement de terre s’était fortement atténué et je parvins à me ressaisir quelque peu. La panique avait d’ailleurs fait place à une surprise émerveillée tant il émanait de ce spectacle insolite un sentiment de paix, d’harmonie et de beauté profonde. Aucune violence, aucune menace. Ce qui se déroulait là était d’une incroyable douceur. Le nuage évanescent qui émanait de l’œil du golem prit forme et c’était à présent comme un bras vaporeux qui se dirigeait paresseusement vers Catherine, toujours impavide. À son contact, le bras se muait en une série de longs doigts informes qui, tels des tentacules, se mirent à couler le long du corps d’une Catherine comme absente, tétanisée sans doute par le caractère insolite de ce qui lui arrivait. À l’intérieur du nuage circulait, au ralenti, un courant de vibrante énergie ; c’était comme un éclair chargé d’une force inouïe, mais calme et lent, doux et chaud.
La position de Catherine se modifia quelque peu : sa tête s’inclina légèrement en arrière et elle fut comme soulevée de terre à l’instar du bloc de pierre qui flottait toujours mais sans plus émettre de lumière. Ainsi suspendue à quelques centimètres du sol, Catherine avait les cuisses écartées et je vis, à ma grande stupéfaction, que les doigts d’énergie se répandaient en elle et la pénétraient par la bouche, se glissaient dans ses oreilles, mais s’insinuaient aussi, et principalement, entre ses cuisses… la pénétrant donc comme le ferait un phallus de lumière, mais diffracté, épars, multiple. Le corps de Catherine vibrait, elle semblait comme en extase, mais une extase d’une tout autre nature que la jouissance sexuelle, du moins selon ce que je pouvais observer.
C’était une sorte de transfert : la créature était occupée à remplir ma Catherine d’une chose dont je n’avais évidemment aucune idée si ce n’est qu’il ne pouvait s’agir, j’en avais la certitude absolue, que d’une chose merveilleuse. Je ne saurais dire combien de temps dura ce ballet irréel. Finalement, le courant d’énergie — ou de je ne sais quoi d’autre — qui se répandait dans le corps de Catherine s’amenuisa pour cesser tout à fait. Les doigts qui avaient soulevé son corps la déposèrent délicatement sur le sol où elle demeura étendue de tout son long, inerte, inconsciente. Lentement, les doigts pénétrants se rétractèrent, se mirent à perde en netteté, tout comme le bras qui s’effilocha progressivement. Plus rien, bientôt, ne sortit de l’œil qui se referma, ne laissant aucune trace. Le golem lui-même sembla s’affiner, perdre de sa consistance et, tel un serpent qui se glisse sous le sable salvateur, disparut lentement, comme aspiré par le sol. La pierre de lumière reprit sa place et je me retrouvai dans cette chambre magique, baignée seulement de la lueur crue de la lampe qu’avait emportée Catherine.
Le cœur battant, je n’osais bouger, redoutant de rompre quelque merveilleux sortilège, craignant de me réveiller d’un rêve mirifique. Secouant ma torpeur, je revins pourtant à la réalité, mue par une impulsion soudaine : et Catherine ? Je frémis à l’idée de ce qu’elle venait de vivre, mais je parvins à refouler toute crainte, convaincue que cette aventure extraordinaire avait quelque chose de miraculeux.
Je me ruai sur son corps alangui redoutant de découvrir quelque traumatisme. Après tout, elle venait de se faire pratiquement violer, d’une manière quelque peu originale, certes, mais je l’avais bel et bien vue se faire pénétrer, et pas par n’importe quoi… enfin, si, justement… Euh… Je pris conscience que j’étais totalement déboussolée.
Penchée sur elle, pétrie d’angoisse et habitée par une sorte de crainte respectueuse, je fus sidérée par le spectacle qui s’offrit à ma vue : Catherine, qui semblait dormir, parfaitement détendue, venait de rajeunir de plusieurs années ! Sa peau était nette, ferme, lisse et fraîche comme celle d’une adolescente. Elle était transfigurée, ce… ce n’était plus ma Catherine, à coup sûr, mais une autre femme, un autre être… qui ne me reconnaîtrait peut-être pas, qui ne se reconnaîtrait peut-être pas elle-même d’ailleurs. J’étais au comble de l’angoisse, et les mouvements de sa poitrine, toute gonflée d’une jeunesse nouvelle et qui se soulevait en cadence, ne parvinrent pas à me rassurer. Je me sentis pénétrée d’une crainte mystique, d’une trouille ancestrale : n’étais-je pas en présence d’une miraculée, d’une sainte, d’un être élu, choisi entre toutes pour… pour quoi au fond ?... Pas de doute je perdais les pédales. Je me demandais comment m’y prendre pour ramener Catherine… appeler du secours, tenter de la porter ?… lorsque soudain, elle ouvrit les yeux.
Ce regard !... Oh ! mon Dieu ! Je crus défaillir sous le choc. Je fus comme pénétrée jusqu’au plus profond par une onde d’une intensité inouïe, une onde de chaleur, une onde de douceur, une onde de bonheur ! Une corde se tendit aussitôt dans mon ventre et je sentis les larmes me monter aux yeux. Elle me sourit avec une telle tendresse, il émanait d’elle une telle bonté, une telle beauté, une telle harmonie que j’en fus toute ébranlée. Je ne pus retenir mes larmes et je fus secouée de violents sanglots. Mes nerfs craquaient !
Catherine passa sa main dans mes cheveux, puis le long de mon visage. J’avais du mal à soutenir l’éclat de son regard, pourtant le plus bienveillant qui m’ait jamais été adressé.
J’arrivai à bredouiller entre deux sanglots :
— Mais qu’est-ce que c’était… cette… cette chose ?... Qu’est-ce qui s’est passé ?... c’est de la folie pure tout ça !...
D’une voix étrangement grave, très calme, parfaitement posée, Catherine, qui affichait un sourire rayonnant, me dit, serrant tendrement ma main entre les siennes :
— Cette chose, ma chérie, c’était Gaïa !
— Ga… Gaïa ? répétai-je comme une parfaite idiote.
— Oui ! Gaïa ! L’esprit de la Terre, si tu veux… Gaïa en personne, qui a retrouvé pour moi le chemin longtemps délaissé du dialogue avec les humains. Le dernier contact qu’elle avait entretenu avec les hommes remonte aux maîtres artisans de l’ancienne égypte, et voici leur ‘téléphone’… Franchement rieuse, Catherine me montrait la pierre de lumière, désormais inerte.
— Euh… c’est comme ça que ?...
— Oui ! c’est comme ça qu’ils communiquaient.
— Alors ça, c’est inouï, insensé !... Mais, mais toi ?...
— Oh moi ! j’avais rendez-vous, et je ne le savais pas. C’est très simple au fond, et je n’y suis pour rien : c’est Gaïa qui m’a attirée à elle ; je n’ai fait que répondre à un appel pressant, car il y a urgence et je suis chargée d’une mission de la plus haute importance et… et je te demande déjà pardon pour tout ce que je vais te faire endurer si tu veux bien demeurer avec moi, car ça va être très dur !
Je frissonnai d’un bonheur inquiet : Catherine était en train de m’avouer, c’était criant d’évidence, son amour et, tout en même temps, parlait de s’éloigner. Oh ! non !... Je protestai avec une vigueur nouvelle :
— Comment peux-tu supposer un instant que je te laisserais… Je… Les mots se bousculèrent dans ma tête et franchirent la barrière de mes lèvres avant que je ne puisse les contenir : Je t’aime Catherine, je t’aime comme une folle ! L’idée d’être séparée de toi m’est insupportable, mais… mais je m’en irai si tu me le demandes, si tu considères que je suis un obstacle à…
Elle ne me laissa pas achever : ses lèvres brûlantes opposèrent le plus doux barrage à mes élucubrations. Son baiser, fougueux, affolant, d’une sensualité dévorante, me fit fondre instantanément, et je me sentis inondée de bonheur, je défaillis de tendresse, d’amour et… d’inquiétude ! Elle se laissa aller et notre baiser, le premier, celui que je n’osais espérer, que j’attendais depuis si longtemps, se prolongea longuement dans un feu d’artifice sensuel et un débordement de tendresse. Je connus un orgasme ravageur auquel je m’abandonnai sans aucune retenue.
Lorsqu’elle plongea à nouveau ses yeux dans les miens, je me sentis défaillir sous ce trop-plein d’émotions et de sensations fortes.
o o O o o
Inutile de dire que les explications que Catherine fournit à l’équipe scientifique les laissèrent rêveurs ! Certains semblaient la tenir pour folle, d’autres exigèrent des preuves tangibles, la plupart doutaient, et on peut les comprendre.
Sous sa tente, je la pressai de questions, avide de savoir, désireuse de comprendre.
— Mais, Gaïa, t’a-t-elle parlé, comment as-tu su ce qu’elle attendait de toi ?
— Parlé, non, certainement, pas. Je ne sais pas comment elle s’y est prise, mais je sais que quelque chose s’est inscrit en moi aussi clairement que si je l’avais appris par cœur. Gaïa est vivante, c’est limpide, mais ce que nous avons vu toutes les deux, cette forme qui nous est apparue, n’est que l’apparence qu’elle a choisi de prendre pour se manifester. Gaïa est immense, et… elle compte quelques millions d’années aussi !
— Et… tu n’as pas eu peur ?
— Oh que si, les premiers instants j’étais complètement paniquée, mais je ne pouvais pas bouger et, très vite, j’ai compris que je n’avais rien à redouter.
Je ne pus m’empêcher de lui demander :
— Et quand tu as été pénétrée…
Catherine éclata d’un rire franc et chaleureux :
— Ouh ! la vilaine jalouse !... C’était fabuleux ! une sensation unique, insolite, bizarre, mais agréable, très douce… C’est vrai, je le confesse : j’ai éprouvé un plaisir intense en ces instants magiques, tout mon corps était comme caressé, je vibrais de partout ; mais comme je ne luttais pas, la chose s’est déroulée en parfaite harmonie. Je me suis senti pénétrée jusqu’au plus profond, comme si toutes les parties de mon corps étaient investies. J’avais la sensation d’éclater au ralenti, de me répandre, de gonfler de partout, de me disperser tout en me reconstituant. C’est difficile à décrire, c’est si insolite, si inhabituel !... Et pourtant, j’ai la conviction qu’il ne s’agissait pas de sexe, pas du tout, même si j’ai éprouvé une indéniable jouissance.
— Tu portes désormais… quelque chose en toi !...
Son regard se mit à pétiller, elle rayonnait. Affichant un large sourire, elle me confia, presque sur le souffle :
— Oui, je porte en moi une chose immense, inouïe, et ma mission est de répandre cette chose partout où elle est utile. La terre est malade, ma chérie, et je porte en moi un remède dont elle a grand besoin. Mais Gaïa m’a également donné une force extraordinaire, celle qui aurait sûrement manqué à la Catherine que j’étais, mais qui…
Elle s’interrompit brusquement, farfouilla un moment dans ses affaires, extirpa son vieux dictionnaire tout déglingué qui ne la quittait jamais et s’y plongea. Après avoir feuilleté quelques pages, elle releva la tête pour me confier :
— Désormais, je ne serai plus la même, pour personne, sauf… sauf pour toi !
Je rougis comme une collégienne. Elle poursuivit :
— Je vais devoir changer d’apparence, d’identité. Désormais, on m’appellera Brigitte, et le nom que je porterai est Taoueret.
— Mais… pourquoi ?... Qu’est-ce que cela signifie ?...
— Parce que, vu la tâche qui m’incombe désormais, je ne peux rien laisser au hasard. Brigit, c’est la déesse de la fécondité chez les Celtes, tout comme Dana. Et Taoueret, c’est la protectrice de la maternité, déesse de fécondité aussi, dans l’égypte ancienne, justement. Je luis dois bien ça, non ? de faire honneur à son nom ! Ouais ! Brigitte Dana-Taoueret, ça sonne pas mal, hein ? Et pour ceux qui comprendront le sens de ces choix, le message sera clair ! Je porterai désormais le nom qui symbolisera mon action, voilà tout ! J’aime ce mélange : un prénom européen, par ce je suis européenne, et un nom africain parce que c’est principalement en Afrique qu’il conviendra agir.
Son enthousiasme était palpable et sa bonne humeur communicative. Je m’abîmai dans la contemplation de cette femme surprenante. Oh ! mon Dieu, je réalisai que j’étais amoureuse d’une sorte de déesse et que… était ce possible ? j’étais payée de retour. Si cette histoire est extraordinaire, c’en est bien là l’aspect le plus inouï !
Elle surprit mon regard et son expression se fit tendre, puis mutine. Affichant un sourire radieux, elle s’approcha de moi, passa ses bras autour de mon cou et me gratifia d’un baiser gourmand qui ne tarda à me mettre en transes. Je connus, entre ses bras, une félicité qui me parut d’essence divine, un plaisir qui me semblait provenir d’un autre monde.
o o O o o
Les analyses des différents prélèvements n’avaient guère donné le résultat escompté : il s’agissait d’un mélange de métaux rares, de minéraux plus rares encore et d’une substance vivante totalement inconnue qu’il convenait de soumettre à une batterie de test. Il y avait là pour des années de recherche et les spécialistes du monde entier s’étaient immédiatement mis à l’œuvre. D’un commun accord, la communauté scientifique internationale avait jugé prudent de ne pas informer encore le grand public.
Pour ma part, j’étais effrayée par l’ampleur du programme que Catherine — pardon, Brigitte — s’était fixé, par le total investissement qui allait être le sien désormais. Devant nous : l’incrédulité généralisée, le manque total d’aide et de soutien quand ce ne serait pas l’indifférence affichée ou les moqueries méprisantes. Mieux valait se préparer à ces éventualités hautement probables.
— ça ne va pas être facile ! lui confiai-je dans l’avion qui nous ramenait à Bruxelles.
— J’en suis consciente, mais l’enjeu est trop important. Nous mettrons le temps qu’il faudra, mais nous allons y arriver, tu verras. Ce que je crains le plus, ce ne sont pas les difficultés que nous rencontrerons inévitablement au début, mais…
— Mais ?... fis-je, soudain inquiète par la gravité du ton qu’elle employait.
— Deux choses, affirma-t-elle, et, après un bref moment de réflexion :
— Quand nous aurons réussi, il va devenir difficile d’agir sans entraves, je pense aux médias, à la presse, la foule, les officiels, tout ce tralala…
— Et…
— Et, — et c’est bien pire ! — les intérêts financiers en jeux. Nous allons déranger du monde !... Et ce danger-là, il est mortel !...