Bilitis
Pour Gaïa
10. La fin du voyage
Projeté avec violence contre le mur, le combiné téléphonique vola en éclats. Logan ne décolérait pas.
— Ah ! le sinistre imbécile ! éructait-il, la sombre andouille, le pauvre crétin ! Ce n’était pourtant pas compliqué ! Heureusement que j’ai pu éliminer mon intermédiaire, sans quoi ces flicaillons de merde auraient bien été capables de remonter la filière… Il aurait du se douter, cet enfoiré, que ce foutu clébard allait s’en mêler !
C’était en réalité contre lui-même que Logan était en colère. Son orgueil s’accommodait mal de l’échec. Et des échecs, il n’en comptait pas beaucoup dans sa longue carrière de tueur. En outre, il craignait que sa réputation en prenne un coup avec, à la clé, une baisse de ses tarifs. Ne comptait-il pas parmi les tueurs les mieux payés de la planète ? Il tenait à se maintenir au top !
— Cette fois, ma jolie, je ne te raterai pas ! sois en certaine ! conclut-il, les mâchoires serrées, l’œil mauvais.
D’un geste sec, il déploya sur son bureau le plan du bâtiment des Nations Unies, obtenu à prix d’or.
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Ce n’était pas la première fois que Brigitte avait été conviée à prendre la parole dans la prestigieuse salle des réunions plénières des Nations Unies. Elle avait tout d’abord refusé, estimant que son action valait tous les discours de la terre. Mais la perspective de peser réellement sur les décisions de certains états l’emporta : la mise à disposition de moyens d’irrigation appropriés demeurait essentielle. Convaincre les hauts responsables était certes un objectif qui valait la peine. Elle accepta donc la nouvelle invitation.
Elle y mit un préalable toutefois : elle demanda à pouvoir assister, en tant qu’observatrice, à une réunion du Conseil de Sécurité. Après bien des pourparlers, elle finit par obtenir gain de cause et elle put en effet assister à l’une de ces réunions. Elle en revint consternée. Elle avait ouvert en grand son ‘troisième œil’ et le constat avait été implacable :
— Ils mentent à peu près tous ! me confia-t-elle d’une voix sourde, les mâchoires serrées, le regard dans le vague, la mine attristée.
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La pointe du crayon de Logan venait de s’immobiliser au-dessus d’une surface carrée représentant, sur le plan qu’il examinait depuis une grosse demi-heure, une sorte de réduit où étaient entreposés divers appareils de maintenance et d’entretien.
— Je crois que voilà ce que je cherche ! articula-t-il, l’œil brillant, un fin sourire aux lèvres.
Le bref coup de sonnette à sa porte lui fit lever les yeux.
— Ah ! ce doit être le colis ! Enfin…
Il ouvrit nerveusement la porte de son appartement pour laisser entrer un gros homme qui esquissa un vague sourire que Logan ne vit même pas tant son attention était focalisée par le lourd caisson que le bonhomme portait à grand-peine. Les deux hommes déposèrent l’objet sur une vaste table basse et entreprirent de l’ouvrir. Logan ne put réprimer un sifflement d’admiration à la vue de l’engin qui reposait au fond du caisson. Un sourire carnassier illumina son visage.
— Cette fois, elle est cuite !...
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Je vous épargnerai le compte-rendu fastidieux des différentes prises de parole des représentants de l’ONU, en particulier ceux des états que Brigitte avait visités et qui se répandaient en mielleuses louanges et remerciements à l’infini. Lorsque la parole lui fut donnée, Brigitte n’y alla pas par quatre chemins. En quelques phrases cinglantes elle avait fustigé le peu d’efficacité de l’organisation, accusé à mots à peine couverts la duplicité de certains états, s’en prenant à l’ensemble des délégués pour dénoncer le non-interventionnisme chronique de la ‘Molle-nuque’ qui finit pas engendrer un parfait mépris pour les hommes qui la représentent et un sentiment de colère au sein des populations aussi mal secondées dans leurs difficultés.
— Comment pouvez-vous, assénait-elle, accepter dans vos rangs des représentants d’une dictature sanguinaire telle que celle de Robert Mugare ; comment pouvez vous laisser se produire des massacres assortis de viols comme ceux qui se perpètrent au quotidien dans l’est du Kivu, comment pouvez-vous tolérer que se maintienne au pouvoir une bande de vieillards assassins qui n’hésitent pas à noyer dans le sang toute forme d’opposition à leur régime inique ? Non, ne comptez pas sur moi, messieurs, pour vous apporter quelque caution que ce soit. Honte sur vous, laquais serviles que vous êtes des grands groupes financiers qui vous dictent votre conduite… Je sais, figurez-vous, messieurs, où se terre Oussama Bel Latrine, mais ne comptez pas sur moi pour vous le dire ! Faites votre travail : assurez réellement la Paix dans le monde au lieu de veiller aux intérêts de quelques-uns.
Tétanisés, les différents représentants fixaient Brigitte, affichant les expressions les plus diverses qui allaient de la haine féroce à l’admiration béate en passant par la peur viscérale.
Elle se retira dans un lourd silence que personne n’osa briser. Elle avait quitté l’hémicycle depuis quelques secondes déjà lorsque retentirent les premiers applaudissements, bientôt repris par la majorité de l’assistance, convaincue ou non. L’hypocrisie n’était-elle pas le lot commun en ces lieux ?
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Le service de sécurité qui encadrait Brigitte n’avait rien laissé au hasard : tout le trajet de son hôtel au bâtiment de l’ONU avait été placé sous haute surveillance policière, les unités spéciales de la police locale ainsi que le F.B.I. avaient participé à l’opération. Par ailleurs, tous les bureaux, toutes les salles de réunion, toutes les pièces qui jouxtaient le passage que Brigitte aurait à emprunter étaient étroitement surveillés. Tous les endroits d’où il aurait été possible de pointer une arme étaient sous étroite surveillance.
Logan n’avait pas rencontré de grandes difficultés à se faire passer pour un agent du groupe d’entretien : ses papiers étaient parfaitement en règle et son badge à puce électronique qui lui permettait de franchir tous les passages sécurisés était parfaitement opérationnel. Préparée de longue date et avec le plus grand soin, l’opération avait coûté une fortune en achat de complicités. Qui peut résister à une somme permettant de terminer son existence sous le soleil des îles ?
Enfermé depuis la veille dans le réduit exigu et malodorant qui, situé au sous-sol, n’avait pas fait l’objet d’un examen approfondi, le tueur apprêtait son arme. Celle-ci n’avait plus que vaguement la forme d’un fusil tant le canon qui devait dispenser la mort était entouré d’un appareillage sophistiqué. Son principe était simple : l’engin émettait un rayonnement particulier propre à ‘écarter’ virtuellement les masses constituées par le bois, la brique ou même le béton. Le manipulateur pouvait ainsi ‘voir’ à travers les murs, pour autant qu’il ne s’agisse pas de métal toutefois dont la structure est trop serrée. Quant aux balles, elles étaient évidemment d’une nature très particulière. Projetées avec une force inouïe, elles étaient munies de têtes ayant un pouvoir pénétrant encore inconnu jusque-là. En clair, elles pouvaient traverser un mur en béton ou en brique. Leur force d’impact était telle que, même ralenties par le franchissement du mur, elles gardaient en fin de course une efficacité comparable à celle d’une arme normale. Qui eût pu se douter que, muni d’un tel engin, le tueur n’avait même pas besoin de se trouver en présence de sa victime potentielle ?
Encore sous le coup de l’émotion consécutive à sa prise parole dans le grand auditorium, Brigitte venait de se laisser choir dans un des grands fauteuils du luxueux ‘Salon vert’ où une tasse de café venait de lui être servie. C’était exactement ce qu’avait prévu Logan, ou plutôt ce que le responsable qu’il avait soudoyé à prix d’or lui avait indiqué. Après avoir regardé sa montre, il pointa lentement l’engin vers le plafond du réduit. Son poids obligeait Logan à faire usage d’un trépied sur lequel reposait l’arme qui ressemblait plus à une lunette d’observation qu’à un engin de mort.
Il sentit son pouls s’accélérer lorsque, floue mais reconnaissable, la silhouette de Brigitte Lana-Taouret s’encadra dans son viseur. Après avoir bien ajusté sa cible, certain de faire mouche, il appuya sur la détente.
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Au moment même où elle s’apprêtait à se relâcher quelque peu, Brigitte sentit le danger. En une fraction de seconde, tout son être fut sur le qui-vive, ses extraordinaires facultés de perception déployées au maximum. Elle localisa la menace au moment même où celle-ci se concrétisait. Ses exceptionnelles facultés de perception ne lui laissèrent aucun doute : un projectile d’une rare puissance venait de se mettre en route qui la visait en plein front. Sans le voir réellement, elle percevait la présence, et surtout le rayonnement énergétique et calorifique du petit missile qui fonçait sur elle. À la vitesse de l’éclair, elle se jeta sur le côté pendant que le sol, comme soulevé du dedans, émettait une sorte de geyser de poussière dans un vacarme assourdissant. La balle lui frôla la joue, poursuivit sa course et vint se ficher dans le plafond.
Le branle-bas fut général et il ne fallut que quelques minutes aux agents de sécurité pour localiser le lieu d’où était parti le coup qui se voulait mortel. Logan ne les avait évidemment pas attendus. La douille retrouvée à même le sol souleva bien des conjectures et alimenta de nombreux commentaires dans les semaines qui suivirent.
C’est par les grands titres de la presse que Logan apprit qu’il avait une nouvelle fois raté son coup. Ivre de rage, il se remit cependant immédiatement au travail.
— La seule manière d’agir, se dit-il, c’est de l’attaquer en terrain découvert, lors d’une de ses foutues missions. Ah ! que ne l’ai-je bousillée au Niger ! J’en avais l’opportunité. Mais nous n’en étions qu’aux tout débuts ! N’empêche, maintenant, je sais comment m’y prendre !
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Le Sahel ! encore et toujours. L’endroit le plus aride, le plus défavorisé de la planète. C’est le Darfour qui, cette fois, avait été choisi en raison d’une situation particulièrement dramatique liée à une sécheresse locale plus longue encore qu’à l’ordinaire. Le dispositif de sécurité avait été disposé avec le soin habituel. Roger Norrington, le chef de la sécurité, n’avait pas caché pas son inquiétude : des bandes armées d’islamistes incontrôlables avaient été signalées dans la région. Il s’était opposé à cette destination, mais Brigitte avait décidé de passer outre : les derniers rapports de Médecins sans Frontières étaient alarmants.
À l’aube, Brigitte avait une nouvelle fois ensemencé la terre, mais au prix d’un effort surhumain. Yves Le Guen, son médecin attitré l’avait pourtant prévenue : elle présentait tous les signes avant-coureurs d’un épuisement profond. Le repos s’imposait. Là aussi, elle avait balayé les objections du médecin d’un revers de main. Il y avait urgence absolue pour ces populations affamées, d’autant qu’il fallait tenir compte du délai de réaction du sol et des effets bénéfiques, mais bien lents, de l’irrigation. Pas question donc de différer.
Lorsque, haletante, les yeux révulsés, le souffle court, Brigitte, vidée de son énergie s’abandonna dans mes bras, je sentis une angoisse diffuse se répandre en moi qui finit par me serrer la gorge. Alarmée, je levai un regard inquiet sur la ligne pâle qui découpait la plaine aride s’étendant au loin, encore plongée dans la pénombre de la nuit agonisante. Je ne remarquai rien pourtant et tentai de me convaincre que mon inquiétude était sans fondement.
C’est exactement ce moment que Logan attendait. Dissimulé derrière un éboulis, il n’avait cessé de se rapprocher, progressant lentement, tel un serpent, prenant bien garde d’éviter de faire le moindre bruit. Il avait su tromper la vigilance du cordon protecteur et n’était plus maintenant qu’à une dizaine mètres du couple que nous formions, Brigitte et moi. Il avait décidé d’agir à l’arme blanche.
Lorsque le raclement sur les cailloux attira mon attention, il était trop tard : Logan avait bondi et s’était jeté sur moi avec la rapidité d’un guépard et la férocité d’un tigre. Sous le choc, je basculai en arrière et ne pus éviter le coup que la brute me porta au visage. À moitié assommée, c’est à travers une brume épaisse que je vis l’homme en furie se retourner vers Brigitte qui, toujours allongée sur le sol, semblait inconsciente. Je hurlai lorsque je le vis se précipiter sur elle. La lumière du jour naissant fit briller un instant la lame que l’assassin s’apprêtait à enfoncer dans la poitrine de Brigitte. J’entendais le land rover s’approcher, mais il arriverait trop tard, j’en avais la certitude. Dans le lointain, un sourd grondement que je n’arrivais pas à identifier. Ramassant mes forces, je parvins à me relever et, maîtrisant le violent tournis qui me faisait vaciller, je m’apprêtais à me ruer sur le forcené. Trop tard : celui-ci, enfourchant le corps étendu de Brigitte, venait d’enfoncer sa lame dans ses côtes et il s’apprêtait à renouveler son coup lorsque je le vis se raidir. Le bras tendu, Brigitte avait réussi à refermer ses doigts sur la gorge de son agresseur qui, un instant décontenancé, parvint cependant à se ressaisir et à s’emparer du poignet de Brigitte afin de lui faire lâcher prise. De sa main armée, il cherchait à lui porter un nouveau coup de couteau dans les flancs. Mais l’autre main de Brigitte bloqua son geste. Sans réfléchir, je balançai un violent coup de pied dans les flancs du tueur qui mollissait : la poigne de Brigitte était telle que le visage du criminel était à présent écarlate et que sa main armée venait de laisser échapper le couteau ensanglanté. J’entendis distinctement le craquement sinistre des os brisés. Le bonhomme émit un râle qui se noya dans un gargouillis, il eut un soubresaut violent, puis il s’effondra telle une marionnette.
Nous nous croyions sauvées, mais le pire restait à venir : le land rover, tout proche à présent, fut pris soudain sous une grêle de balles. Un phare éclata avant de s’éteindre, puis le pare-brise vola en éclat et le véhicule fit une embardée. Un hurlement sinistre emplit l’air et se répercuta dans le lointain. Un bruit de cavalcade se fit entendre et bientôt le sol se mit à vibrer sous l’impact des sabots d’une trentaine de petits chevaux lancés au galop. Je tournai la tête et découvrit la meute hurlante qui déferlait vers nous, tirant en l’air ou vers le land Rover dont les occupants s’étaient mis à riposter. D’où diable sortaient ces fous furieux ? Brigitte eut le réflexe de nous protéger au moyen du corps de notre agresseur qui fut bien vite criblé d’impacts meurtriers : des lambeaux de chair arrachés par les balles qui le transperçaient se répandaient sur nous. Je hurlai de terreur. Je crus cependant que nous allions nous en tirer, d’autant que le second land rover fonçait à l’assaut du groupe assaillant et le mitraillait sans relâche. Fauchés par le feu nourri, cinq ou six des assaillants vidèrent les étriers et tombèrent sur le sable alors que leurs chevaux affolés faisaient demi-tour tout comme le reste du groupe.
Sauvées ? C’est ce que je crus un bref instant, mais j’eus eu sursaut horrifié lorsque je sentis le corps inerte de Brigitte s’affaisser entre mes bras. Très vite, nous fûmes entourées par les occupants du land rover qui venait de s’arrêter à notre hauteur.
Mes mains étaient couvertes de sang, mes mains qui, l’instant d’avant étreignaient le dos de ma Cathy. Plusieurs balles, tirées par la meute hurlante juste avant qu’elle ne fit demi-tour, l’avaient atteinte en plein dos et la plaie provoquée par lame du tueur saignait d’abondance. Roger m’écarta aussitôt et me serra dans ses bras pendant que, trousse de secours à la main, Yves Le Guen, fébrile, se penchait sur le corps inerte de Brigitte.
Très affaiblie par son dernier don de semence, épuisée par sa lutte contre le tueur forcené, lutte où elle avait fait appel à ses dernières forces, le flanc ouvert, criblée enfin de balles dont l’une avait atteint le cœur, Brigitte Dana-Taouret, la Princesse du Désert, l’être le plus aimé, le plus adulé de la planète venait d’expirer sous les coups combinés du bras armé des intérêts financiers des puissants de ce monde et de la furie islamiste.
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La description de mon chagrin ne présente pas le moindre intérêt en regard de la perte immense que venait de connaître le monde. Curieusement, son cadavre n’entra pas en décomposition mais se rigidifia au point d’adopter une structure proche de celle de la pierre et de devenir ainsi à jamais inaltérable.
Personne ne fut vraiment surpris lorsque, le lendemain même, toutes les chaînes d’information du monde, après avoir fait la une de la disparition tragique de la ‘Princesse de terre’, révélèrent l’éveil simultané et scientifiquement inexplicable d’une dizaine de volcans disséminés un peu partout sur la planète. Le monde entier avait craint, quelques jours durant que la colère de Gaïa ne fît des ravages sans précédent. L’Humanité allait-elle connaître un ou plusieurs nouveaux Krakatoa ? Mais les éléments se calmèrent et tout revint très vite à la normale. Ce qui surprit davantage, ce fut la chute brutale, en bourse, des actions d’une certaine multinationale américaine qui aurait, « selon certains milieux bien informés » commandité l’assassinat de Brigitte Taouret. Le PDG de la multinationale en question, considéré comme personnellement impliqué, avait été contraint à la démission et, loin de bénéficier de parachute doré, était l’objet d’une enquête criminelle menée tambour battant par le F.B.I. Une certaine Cindy venait d’être interrogée, dont le témoignage semblait accablant.
Quant à la bande armée qui avait assassiné Cathy, j’appris qu’il s’agissait, au départ, d’un véritable bataillon qui comptait pas moins de cent-cinquante hommes armés jusqu’aux dents. Ces fanatiques s’étaient heurtés au cordon de sécurité qui nous protégeait. Le combat fut rude et meurtrier. Le petit groupe de trente qui était parvenu jusqu’à nous ne représentait donc que les rescapés de cet affrontement. L’attaque avait pour objet de mettre à mort la ‘maudite sorcière’ contre qui une fatwa avait été lancée pour ‘insulte à Allah’. Pour ces extrémistes, il était impensable qu’une femme puisse agir de la sorte et détenir de tels pouvoirs. La mort donc, pour la femme qui avait osé se prétendre l’égal de Dieu.
Comme pour contredire ces forcenés, un mausolée somptueux avait été édifié en plein centre de Kisangani, au Congo, ville choisie pour sa situation géographique hautement symbolique : au cœur même de cette Afrique défavorisée que Brigitte avait cherché à aider avec une inébranlable constance et qu’elle avait tant aimée, afin de permettre à tous ses admirateurs de contempler la statue ‘vivante’ de la Princesse de la Terre.
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Quelques mois s’étaient écoulés depuis la perte irréparable de Brigitte, ma chère Cathy, l’être qui était devenu ma vie, ma destinée, ma raison d’être, mon unique et grand amour.
J’étais hantée par son image, je ne cessais de la revoir, et à chaque fois, elle me paraissait si vivante, si proche, qu’il me semblait que j’allais perdre la raison. Cette nuit-là, je crus défaillir de surprise et de bonheur lorsque, vers trois heures demain, ayant été réveillée, comme bien souvent, par quelques images fortes, j’avais entendu, dans mon tréfonds, la voix que je pensais éteinte à jamais :
— Ma chérie, ne désespère pas, je suis là, avec toi, pour toujours. Je suis en toi, je suis toi.
À peine avais-je réussi à dominer l’emballement de mon cœur que j’entendis la voix poursuivre :
— Oui, je suis toi !... tu en doutes ? Va donc contempler ton image dans un miroir.
Je fus pétrifiée lorsque, dans la lumière crue de la salle de bains, je discernai une sorte de petite fossette qui venait de se former au beau milieu de mon front.
FIN