Bilitis
Pour Gaïa
9. Pouvoirs spéciaux
Cette pression dont nous étions l’objet, les métamorphoses de Catherine / Brigitte, les remous médiatiques qui ne cessaient d’affluer, l’étroite surveillance qui nous entourait sans relâche, cette sensation oppressante d’être privées de liberté, tout cela m’était devenu soudain insupportable, et, sur une impulsion, je m’étais précipitée, les nerfs à vif, les mâchoires serrées, complètement stressée, hors du bâtiment et m’éloignai presque en courant. Je ne m’arrêtai qu’au bord du petit étang où menait le chemin que j’avais emprunté. Je longeai la pièce d’eau, rêveuse, en proie à des pensées confuses. Mille questions se bousculaient dans ma tête et une sourde angoisse m’étreignait. Comment tout cela allait-il évoluer ? N’allais-je pas perdre ma Cathy ? N’était-elle pas en train de se perdre elle-même ? Qu’allions-nous devenir ?...
Distraitement, le corps pesant, je me laissai choir sur un muret à moitié effondré qui devait, jadis, jouxter un potager aujourd’hui réduit à l’état de terrain vague. Je sentis monter un flot de larmes que je ne cherchai pas à contenir. Ma vue se brouilla, mon esprit s’éparpillait, j’avais le sentiment de me répandre, de glisser hors de moi-même, de m’échapper. La sensation se fit plus forte, au point de m’effrayer : j’eus l’impression d’être littéralement hors de moi. Brusquement, une vision fugitive s’imposa à mon esprit : ne venais-je pas de m’apercevoir, comme si j’étais encore sur le chemin, quelques instants avant de m’être assise sur ce muret branlant ?
Je sentis mon cœur se serrer, une sueur froide me parcourut l’échine… Je faillis hurler de terreur lorsque la voix se fit entendre, non pas à mes oreilles, mais en moi.
« Calme-toi, ma Gisèle ! » dis-je… euh… avais-je dit quelque chose ? Non, pourtant, mais alors ?… Je sentis mon sang refluer et, pour un peu, j’aurais pissé sur place, de trouille. La voix, qui n’était pas ma voix mais qui était mienne, et muette de surcroît, poursuivit :
« C’est moi ! je suis là ! avec toi, ma chérie. Ne t’effraie pas. » Je bondis sur mes jambes qui se dérobèrent sous moi. Je faillis tomber et ne retrouvai l’équilibre qu’au prix d’un écart grotesque qui faillit m’envoyer dans l’étang. Je jetai un regard circulaire autour de moi : personne. Rien que les grands arbres qui bruissaient paisiblement, indifférents à ma détresse, et la pièce d’eau avachie qui me parut le visage même de la mort, impavide et glacée.
Je sentis plus que compris ce qui se passait vraiment : Cathy était là, présente, en moi. J’en frémis de surprise autant que de frayeur. Comment était-ce possible ? Mais la voix reprit, sans m’inspirer autre chose, cette fois, qu’un respectueux effarement :
« J’ignore où tu es, ma chérie, mais je suis avec toi. Je te sens tellement angoissée, je te conjure de te calmer. Tu n’as aucune raison de t’alarmer. Je suis là, j’ai trouvé le chemin pour être avec toi, malgré la distance. »
C’était une sorte de musique intérieure dont le sens était immédiatement perceptible, sans vrai rapport avec des mots.
Ainsi donc, voilà que Cathy, mais là, il s’agissait plutôt de Brigitte !, jouissait à présent de cette faculté tant prisée, tant controversée aussi, niée par la plupart, affirmée avec véhémence par d’autres : la télépathie.
Tremblante d’émotion, le cœur dans la gorge, je m’entendis articuler d’une voix blanche :
— Tu… tu es vraiment là ? c’est… c’est toi ?...
Ma propre pensée me répondit aussitôt :
« Mais oui ! et, tu vois, ça marche ! J’en suis aussi étonnée que toi ! »
— C’est inouï ! insensé, merveilleux !
Une vague de joie viscérale doublée d’un sentiment de soulagement m’envahissait à présent. Je renonçai à tenter de me faire une idée exacte des conséquences de ce qui venait de se produire là. Je n’avais plus qu’une envie : rejoindre Cathy et la serrer dans mes bras, même si j’étais encore un peu effrayée par l’émergence de ce nouveau pouvoir.
Je m’apprêtais à prononcer « au fond du parc, l’étang en contrebas », mais déjà, comme en surimpression, ma pensée — ou plutôt la sienne ? — me répondit d’un bref « J’arrive ».
o o O o o
Lorsque, quelques minutes plus tard, au milieu du petit chemin tortueux qui menait à l’étang, Cathy me serra dans ses bras, je ne pus à nouveau me retenir de chialer comme une gamine. Il me faudrait parvenir à maîtriser mon émotivité car, je le sentais bien, je n’étais pas au bout de mes surprises. Et je ne croyais pas si bien dire : qu’était donc ce petit renfoncement, à peine perceptible, mais bien réel, qui commençait d’apparaître, là, juste au milieu de son front ? Me voyant froncer les sourcils et scruter l’endroit avec attention, elle me confia, d’une voix rieuse :
— Ah ! tu as remarqué !...
Elle rit franchement devant ma mine stupéfaite. Je devais avoir l’air d’une parfaite idiote. Le léger renfoncement, sorte de petite fossette naissante, faisait penser, en dépit de sa situation incongrue, à un mini nombril.
— Mais… qu’est-ce que c’est encore que ça ?...fis-je, inquiète.
— Je pense que je vais disposer très bientôt d’un atout non négligeable, ma chérie. Mais il faudra garder le secret, car si la chose devait se savoir, nous serions certainement rejetées par tout le monde et partout.
— Tu m’effraies !
— Ce que tu vois là, me confia-t-elle, c’est l’amorce de ce que je vais appeler mon ‘troisième œil’.
— Oh là là ! fis-je, éberluée. Mais… qu’est-ce que c’est au juste ?
— Je n’en suis pas encore sûre, car je ne perçois pas encore grand-chose, c’est assez confus et embrouillé, mais si c’est ce que je pense, ça va nous être d’une grande utilité !
— Dis-moi, dis-moi ! Je trépignais comme une enfant impatiente, à la fois enjouée et effrayée.
— Je pense que je vais bientôt être en mesure de percevoir l’aura des êtres vivants.
— L’aura ? fis-je, la bouche en cœur.
— Oui, l’aura. Ce que j’en perçois pour le moment se présente comme une sorte de brume qui flotte à la surface des enveloppes charnelles et qui trahit nos émotions, nos sentiments, notre état de santé, notre énergie du moment aussi. Mais tout cela m’est encore totalement incompréhensible, c’est un embrouillamini de couleurs mal définies et d’ondes plus ou moins aléatoires. Je dois apprendre à déchiffrer ces informations.
Je crois que l’idée nous vint en même temps : nos regards se croisèrent et nous sûmes aussitôt que nous venions de penser à la même chose :
— Je vais t’aider ! Tu n’auras qu’à ‘me lire’ et je te dirai ce que je suis en train de ressentir ou je penserai fort à quelque chose et tu me diras ce qui se passe.
— Oh oui ! excellent !... et tu te mettras en colère ou tu penseras à quelque chose de triste, pour que je voie comment ton aura réagi.
— Au travail ! lançai-je, gouailleuse, tout enthousiaste.
Bras dessus, bras dessous, nous reprîmes le chemin du château qui commençait de s’enfoncer dans la brume crépusculaire.
o o O o o
Les semaines qui suivirent nous emportèrent, comme dans un tourbillon, dans quelques-uns des endroits les plus arides de la planète. Sous haute surveillance, dûment encadrée et protégée, Brigitte remplit son extraordinaire mission avec un zèle que rien ne semblait pouvoir entamer.
Après son intervention dans le désert du Thar, aux Indes, une foule impressionnante s’était amassée sur le parcours qui devait la conduire de notre hôtel à l’aéroport. Faisant fi de toutes les consignes, en dépit de la vive opposition des responsables de sa sécurité, elle fit arrêter la voiture sur la place d’un petit village, noyée par une foule hurlante.
À peine sortie du véhicule, elle fut immédiatement portée en triomphe et ce furent des acclamations sans fin. Émue aux larmes, Brigitte distribuait de grands saluts, des gestes d’affection, des baisers qu’elle lançait dans toutes les directions. Il fut impossible de l’arracher à la foule qui scandait son nom à l’infini. À la nuit tombante, des milliers de petites lumières firent leur apparition. Un étrange silence s’installa peu à peu. L’air chaud vibrait d’une sorte de tendresse diffuse que chacun sentait au plus profond de son être. Nous étions là des centaines, des milliers, à vivre un moment exceptionnel. Comme généré par la foule à présent recueillie, un vieillard revêtu d’un pagne immaculé se hissa sur un promontoire rocheux et fit face à la multitude, tel un prédicateur des temps anciens. Son beau visage émacié était encadré d’une abondante chevelure blanche qui se perdait dans un turban admirablement noué, et d’une barbe bien fournie qui flamboyait sur son torse décharné. Il se mit à haranguer la foule dans une langue que nous ne comprenions pas. Un de nos interprètes, très ému, traduisait au fur et à mesure : l’homme évoquait la mission de Brigitte, décrivait ses premières interventions, évoquait nos difficultés.
Après quelques minutes, il entama un chant paisible, d’une étrange beauté, sorte de mélopée dont les accents languissants nous serrèrent le cœur. Bientôt, la foule entière avait repris le chant et c’était une province entière qui chantait là, pour nous, pour Brigitte, pour son action, pour Gaïa la Grande Bienfaitrice.
Le chant se clôtura par une immense ovation. Des milliers de gosiers s’étaient mis à marteler un slogan en une pulsation d’une puissance et d’une intensité extraordinaires. L’interprète nous affirma que les paroles scandées étaient : « Princesse de la Terre ». Brigitte venait d’être baptisée !
o o O o o
Nos exercices avaient porté leurs fruits ! Brigitte était capable à présent de saisir les nuances des auras sur lesquelles elle portait son troisième œil. Si, d’un individu à l’autre, les tons différaient, les dominantes étaient à peu près constantes et Brigitte lisait, avec une précision que l’usage affinait de jour en jour, l’état de santé, l’humeur, mais surtout, ce qu’elle appelait ‘le fond intentionnel’ de celles et ceux qu’elle observait.
Rentrées en Belgique après une nouvelle mission au Sahel, nous avions pris quelques jours de repos avant d’être replongées dans les réunions scientifiques et humanitaires, confrontées aux exigences, toujours croissantes, des médias. Brigitte supplantait à présent en popularité la plupart des grands chefs d’État, voire des vedettes du Rock ou même du cinéma. Cette popularité exceptionnelle était, bien entendu, renforcée de manière considérable par sa volonté inébranlable de s’exhiber le moins possible.
— Je ne suis pas une star ! avait-elle affirmé au cours d’une nouvelle conférence de presse. Je n’ai pas vocation de divertir, et mon action est orientée vers des populations qui ont besoin de mon travail, non de mon image médiatique.
Un peu plus tard, au cours d’une de nos réunions de synthèse qui se tenaient environ tous les quinze jours, un ‘politique’, arrivé là Dieu sait comment, avait soudain revendiqué :
— Madame, le gouvernement flamand, que je représente ici, souhaiterait que vous vous exprimiez dans les deux langues nationales et que…
Brigitte lança au bonhomme un regard pointu qui lui coupa la parole. Reportant son regard sur l’assistance, elle demanda, après s’être concentré un bref instant :
— Quelqu’un a-t-il une paire de ciseaux ?
Il y eut un léger flottement, puis une secrétaire se précipita vers la table où siégeait Brigitte qui venait de sortir son portefeuille de son sac. D’un geste souple et rapide, elle en extrait sa carte d’identité qu’elle brandit devant elle, bien visible. S’étant emparée de la paire de ciseaux, elle coupa la carte en deux, par le milieu. Elle laissa choir les deux morceaux de plastique qui retombèrent sur la table où ils rebondirent en émettant un petit bruit sec. Sans un regard pour le politicien, médusé, elle se leva sans hâte et quitta la salle dans un silence de mort.
Le scandale fut énorme et l’incident fit les gros titres de la presse du lendemain. Certains hurlaient à la trahison, voire à l’incivisme ; d’autres parlaient de courage politique ou de prise de position frondeuse. Curieusement, il se trouva de nombreux Flamands pour approuver sa démarche qui, comme le soulignait un chroniqueur très en vue de la Gazet van Antwerpen, la plaçait « au-dessus de la mêlée politicarde ». Tous les journaux télévisés du soir annoncèrent le geste présenté tour à tour comme un message au sens profond ou un avertissement politique, voire un pied de nez, à la Flandre, — ce qui fit rire Brigitte aux éclats — ou une revendication d’indépendance.
Elle s’en expliqua brièvement au cours d’un communiqué, affirmant qu’elle aimait beaucoup le peuple flamand pour ses vertus de courage, d’opiniâtreté, pour son humour aussi et son sens de l’hospitalité, mais qu’elle ne comprenait pas comment il en était arrivé à voter pour des hommes qui finissaient par le desservir gravement aux yeux de la planète entière, à contre-courant de l’Histoire.
C’est le président français Nicolas Sarcozzi qui, trop heureux de sauter sur l’occasion, lui offrit de revendiquer la ‘nationalité européenne’. Il avait là, à son actif, un coup médiatique de plus ! Et pour Brigitte, c’était une belle occasion d’échapper à la petitesse de vue, voire à la mesquinerie de nos hommes politiques.
— Tu sais que ce sacré petit Corse m’a invitée à l’élysée ? m’annonça Brigitte, enjouée.
— Et… tu as accepté ? fis-je, la gorge nouée.
— Je n’ai pas dit non, mais je lui ai précisé que ce ne serait pas pour tout de suite. Nous avons notre mission au Niger à préparer !
o o O o o
Et voilà ! J’en ai terminé avec mon récit de tout ce qui nous a amenées, Brigitte et moi, à nous retrouver ainsi régulièrement au cœur de l’actualité, enfermées dans une prison dorée et objet d’un battage médiatique incessant, ce dont nous nous passerions bien !
Les premiers terrains que Brigitte avait fécondés atteignaient à présent des superficies dignes des grandes exploitations agricoles de l’hémisphère nord. Seules les difficultés liées à l’irrigation limitaient la progression de zones nouvellement fertiles.
L’apport réel demeurait modeste eu égard aux besoins énormes de ces populations affamées, mais l’impact psychologique sur l’opinion mondiale restait considérable.
o o O o o
La truffe au ras du sol, le Labrador gambadait au bord de l’étang. Son jeu favori consistait à pourchasser les grenouilles, ne leur faisant toutefois aucun mal. Fort bien nourri, l’animal ne développait, à l’égard de la gent bondissante, aucune agressivité particulière.
— Oscar ! cria une voix venant des cuisines.
Délaissant aussitôt son jeu, le brave animal se précipita vers le corps principal du logis. Par la porte ouverte des cuisines, il se faufila dans le bâtiment, jappant et remuant la queue, bavant déjà à l’idée de la bombance qui l’attendait.
Comme à l’accoutumée, les quelque cinquante personnes qui encadraient Brigitte et assuraient le bon déroulement des diverses opérations étaient réunies autour des grandes tables qui occupaient l’ancienne salle d’armes du manoir réaffecté.
Soudain, dans les cuisines, Marcel, un des chefs coqs, s’exclama d’une voix paniquée :
— Oh mon Dieu ! Noooonnn…
Il se précipita dans le couloir qui menait à la salle à manger, bouscula un vigile interloqué, se rua en hurlant dans la salle où, déjà, tintaient les couverts dans le doux brouhaha des conversations.
Il se rua sur Brigitte qui, la fourchette dressée, le contemplait, interloquée. Tel un fou, il s’empara de son assiette et la jeta à terre où elle se brisa instantanément, répandant son contenu sur les larges dalles armoriées. Une saucisse navrée roula sur elle-même avant de s’immobiliser un peu plus loin, dans un éclaboussement de sauce.
Brigitte me raconta plus tard qu’elle avait aussitôt entrouvert son troisième œil et n’avait rien décelé d’autre, chez l’homme que les vigiles s’apprêtaient déjà à ceinturer, qu’une vive panique auréolée de bienveillance.
Elle arrêta les vigiles d’un geste et questionna :
— Mais enfin, que se passe-t-il ?
Essoufflé, les yeux hagards, surmontant l’angoisse qui lui nouait la gorge, l’homme arriva à articuler :
— Oscar est mort !
Perplexe, Brigitte questionna :
— Qui est Oscar, et quel rapport avec mon plat du jour ?
Un silence tendu régnait dans la pièce où chacun tendait l’oreille.
— Oscar est… enfin, était mon chien ! J’avais pris l’habitude de lui donner toujours à goûter un peu de la nourriture qui vous était destinée afin de m’assurer qu’elle n’était pas empoisonnée. Je sais que ça peut paraître ridicule, mais c’est ainsi. C’était plus un jeu qu’autre chose, d’ailleurs, tant je ne prenais pas vraiment au sérieux une telle éventualité. Et puis voilà que…
— Mais, êtes-vous sûr du lien de cause à effet ?... N’est-il pas un peu hâtif de conclure à l’empoisonnement ?…
— Croyez bien que mon vœu le plus cher serait de m’être trompé !
o o O o o
Les mécanismes prévus par la sécurité avaient été immédiatement mis en place et personne ne fut autorisé à quitter l’enceinte avant que le doute ne fût levé — ou confirmé — sur la possible tentative d’empoisonnement.
Le résultat de l’autopsie fut sans appel : le brave Oscar était bien mort suite à l’absorption d’une dose massive de cyanure de potassium.
Rondement menée, l’enquête ne déboucha sur rien : le poison avait très certainement été mêlé à la nourriture destinée à Brigitte (qui était systématiquement séparée de celle des autres occupants, pour des raisons de… sécurité !)
Tout le personnel fut questionné, l’emploi du temps de chacun fut contrôlé, tous eurent à justifier de leurs dernières allées et venues. Mais rien de probant ne put être établi. La chose était claire : il y avait un traître parmi les occupants du château !
C’est moi qui eus l’idée : je suggérai à Brigitte d’être présente — le plus discrètement possible — lors des différents interrogatoires afin, si possible, de démasquer le coupable au moyen de ses dons dont l’efficacité était à présent avérée.
D’abord résolument opposée, Brigitte finit par convenir que c’était bien là le moyen le plus rapide et le plus sûr de conclure cette lamentable affaire.
Elle joua donc le jeu et, feignant de s’intéresser à divers documents enfermés dans le local réservé aux interrogatoires, elle ouvrit l’œil, le bon !
Lorsque Roger Norrington, le chef de la sécurité eut fini d’interroger Norbert, un spécialiste en agronomie, hautement qualifié et bardé de prestigieux diplômes, elle fit mine de poursuivre ses investigations, mais sa conviction était faite : manifestement, à ses yeux, ou plutôt, à son ‘œil’, l’homme mentait.
Elle se garda bien d’afficher la moindre réaction et laissa se poursuivre les interrogatoires. Ceux-ci terminés, elle se contenta d’inviter le chef de la sécurité à cerner de plus près le cas de Norbert Dessart.
— Pourquoi lui plus qu’un autre ? questionna Roger.
— Simple intuition ! affirma Brigitte, trop heureuse de n’être pas elle-même soumise à un troisième œil ! Je peux me tromper, bien sûr ! ajouta-t-elle.
Au terme d’investigations poussées, il apparut que l’intéressé s’était fortement endetté dans un passé récent, au point d’envisager de mettre en vente la superbe villa qu’il avait acquise quelques années plus tôt, en Sardaigne, sur la prestigieuse ‘Costa Smeralda’. Il ne put expliquer par quel miracle la vente de son bien avait pu être évitée. Une demande de levée de secret bancaire — émanant du plus haut niveau de l’état — fit apparaître que l’individu avait récemment engrangé une somme des plus conséquentes sur un compte à numéro secret dans une banque du Liechtenstein. Pressé de toutes parts, l’homme finit pas passer aux aveux.
Remonter au commanditaire de l’opération s’avéra vite inutile : Norbert Dessart avait été contacté par un intermédiaire qui, à l’évidence, s’était bien gardé de lui laisser la moindre information compromettante. Nous étions dans l’impasse.
Une chose était claire : Brigitte, de par son action, de par ce qu’elle symbolisait aux yeux du Monde entier, représentait, pour certains groupes financiers peu scrupuleux, une gêne croissante.
— Tu sais, me confia-t-elle un soir, lorsque nous étions au Niger, j’ai senti une présence hostile, éloignée, mais résolue. Malgré la distance, j’ai perçu une volonté inébranlable. Il devait s’agir d’un assassin professionnel, un tueur d’élite, probablement. Mais ne t’inquiète pas, ma chérie, ils ignorent tout de mes pouvoirs !
Je sentis un frisson me parcourir l’échine. Les propos que Brigitte voulait rassurants n’atténuèrent que bien peu mon inquiétude. Il allait falloir se montrer extrêmement prudentes !
Suite : dixième partie