Bilitis 
 
Ces messieurs de la haute 
Véronique et moi étions à l’époque deux amies inséparables, deux amies proches, très proches. Ce soir-là, Véro m’avait invitée à dîner en compagnie de quelques messieurs dont elle m’avait dit le plus grand bien : tous cadres supérieurs, chefs d’entreprise ou chevaliers d’industrie. J’étais dans mes petits souliers. 
— Je n’aurai pas grand-chose à dire à ces messieurs, nous n’avons pas vraiment les mêmes centres d’intérêt ! avais-je fait remarquer. 
— T’en fais pas pour ça, ma Dom, m’avait-elle rétorqué. Prise de soupçon, je lui demandai : 
— Peux-tu me dire ce que tu es en train de concocter pour ce soir avec ces industriels ? 
— Oui, bien sûr, avait-elle répondu, sans se départir de son flegme coutumier. 
Mais enfin, je ne comprends pas… 
Véronique avait alors tourné vers moi son beau visage, déjà maquillé avec un parfait bon goût en prévision du dîner et de la soirée. Elle m’avait souri de ce petit air coquin, présage habituel à l’un de ses tours diaboliques. 
Dominique ! avait-elle dit, presque sentencieuse, dois-je te rappeler ta promesse ? 
— Ma promesse ?… Quelle promesse ? 
— Ta punition ! 
— Quoi ? 
Elle m’avait souri d’un air moqueur. 
— La punition prévue pour l’insoumission dont tu es en train de faire preuve devant ta maîtresse. 
— Voyons, Véronique, tu n’es pas sérieuse ? avais-je répondu, angoissée. 
Je suis très sérieuse, au contraire. 
Je m’étais sentie prise au piège, humiliée. Mes yeux s’étaient mis à picoter, j’étais complètement désemparée. Véronique m’avait alors rappelé les règles de ce jeu, toujours en vigueur entre nous et que nous n’avions, au fond, jamais cessé de jouer, même s’il devait prendre, ce soir-là, une tournure particulière. Elle m’en fit voir les aspects constructifs, le nouveau défi qu’il y avait à relever, le nouveau triomphe qui m’attendait probablement. Elle m’avait ensuite consolée, puis préparée comme on prépare un jeune écuyer qui s’apprête à recevoir l’adoubement des mains de son suzerain. Elle avait choisi pour moi, « pour me mettre en valeur », une superbe robe d’organdi d’un rose délicat, au décolleté vertigineux. Elle avait ensuite passé une bonne heure à me maquiller avec un art consommé, puis à me confectionner une coiffure digne d’une princesse. 
Regarde, m’avait-elle dit, me tenant par les épaules et me présentant à son miroir, tu es absolument superbe, ils vont ramper à tes pieds. 
Et… et qu’est-ce que je suis censée faire ? avais-je questionné, pas vraiment rassurée. 
Rien ! Il te suffira de paraître et de te laisser admirer. 
Comme une marchandise… Je vois ! avais-je répondu. 
Nous étions prêtes, les invités étaient arrivés, et ce fut le moment de les rejoindre au salon. J’étais morte de trac. 
Dès que Véronique et moi eûmes pénétré dans le grand salon, les conversations s’interrompirent et il se fit un silence admiratif. Visiblement subjugués, les quatre invités, dont le plus jeune annonçait la quarantaine sportive, ne tarirent pas d’éloges et de compliments. Nous avions eu droit toutes deux à de respectueux baisemains accompagnés de sourires langoureux. Le plus âgé, un homme à l’allure imposante, presque chauve, visiblement habitué à être obéi, se montra particulièrement empressé. Il me faisait vaguement penser à l’acteur Alain Guiomar. Il n’arrivait pas à détacher son regard de ma poitrine que la robe savamment ajustée par Véronique mettait particulièrement en valeur. Il m’invita à m’asseoir auprès de lui et ne me lâcha plus. Il se présenta sous le nom de Robert et se montra d’une courtoisie irréprochable. Il tint à ce que ma coupe de champagne — du Dom Pérignon — fût toujours pleine. Je n’ignorais plus rien, au moment de passer à table, de ses goûts pour les croisières et pour les safaris-photos. 
La soirée semblait avoir été planifiée comme une réunion politique : à table, je me trouvais encadrée par deux des hommes qui n’avaient guère eu encore le loisir de me faire la conversation, et en face du troisième. Celui-ci, un quinquagénaire élégant, arborait une abondante chevelure argentée, à la Vittorio de Sica, et portait, comme lui, une fine moustache. Il avait la voix douce et de larges mains. La gauche était ornée d’une magnifique chevalière en or massif. Son regard de velours était surmonté d’une paire de sourcils charbonneux et fort épais, ce qui offrait un singulier contraste avec ses cheveux presque blancs. Il m’entreprit aussitôt, m’assurant que jamais encore il n’avait rencontré « créature plus charmante, plus séduisante, plus envoûtante », etc. Les propos ne brillaient pas par leur originalité, mais il y mettait une chaleur, une conviction digne d’un jeune prétendant éperdu. Je supputai qu’il devait être encore capable de déployer une belle fougue entre deux draps. Mon voisin de gauche, un nerveux celui-là, était fort occupé à faire une cour assidue à Véronique, assise en face de lui. Il ne cessait de lui lancer des regards attendris et de lui adresser des petits signes de la main. Il accusait une certaine ressemblance avec le comédien Richard Berry, le charme en moins. Il répondait au nom de Serge. À plusieurs reprises, Véronique et moi nous envoyions des œillades destinées tant à nous encourager qu’à nous conforter dans l’idée que les choses se déroulaient au mieux. Je décidai de m’occuper à présent de mon voisin de droite. C’était un homme élégant, d’une quarantaine d’années, portant une moustache poivre et sel, tout comme sa chevelure ; il avait les traits réguliers, pas déplaisants, les joues plutôt rondes, et il possédait de beaux yeux pâles, presque gris, assez troublants ma foi. Il me dit s’appeler Charles et se mit immédiatement à me draguer à mort. Il ne tarissait pas d’éloges sur ma robe, si bien coupée (ce disant, il plongeait au plus profond de mon décolleté) ; ma chevelure, si esthétiquement arrangée ; mon maquillage, si raffiné ; ma beauté, si éclatante… Il frétillait sur sa chaise, l’œil allumé, le sourire conquérant. J’étais sûre qu’il bandait. 
La sœur de Véro, son aînée de quelques années et sa complice de toujours, grande organisatrice de festivités ‘raffinées’, trônait en bout de table en bonne maîtresse de maison. Elle passa presque tout le repas en grande conversation avec le nommé Robert, l’amateur de croisières et de safaris. Ils semblaient se connaître depuis toujours, et leur conversation s’entrecoupait régulièrement de rires joviaux. De temps à autre, son regard d’aigle tombait sur Véronique ou sur moi. Discrètement, elle s’assurait que tout se déroulait comme elle le souhaitait. 
Nous venions de terminer un succulent sorbet au citron, lorsque la maîtresse de maison invita tout son petit monde à passer dans le salon oriental. C’était le lieu qu’elle avait choisi pour sa mise en scène. Elle nous fit signe de demeurer un instant dans la salle à manger et conduisit les hommes vers le luxueux salon, entièrement meublé de bois laqué et orné à la chinoise, qui se trouvait au premier étage. 
Ce n’est pas la première fois, n’est-ce pas ? demandais-je alors à Véronique. 
Celle-ci pouffa, déjà légèrement pompette
Bien sûr que non ! Tu sais, ma chérie, tu n’es pas au bout de tes surprises. Les milieux d’affaires ont souvent des pratiques qui s’écartent pas mal de l’image que donne d’eux la presse mondaine. En particulier en matière de sexe. Ils se montrent souvent imaginatifs et... très modernes. 
Je ne sus si ces propos devaient me choquer ou me rassurer. Je décidai de ne rien conclure prématurément et de me laisser aller au gré des vents dominants. Tout cela commençait à m’intriguer et, pour tout dire, à m’amuser. Je sus que j’aurais à jouer un rôle probablement important dans ce qui allait se dérouler dans le salon oriental, et je m’y préparai. Ces messieurs voulaient du sexe, ils allaient en avoir ! Le champagne devait avoir eu un effet euphorisant : je me sentais à présent parfaitement d’attaque. N’empêche, au moment où Véronique me poussa dans le dos au seuil du fameux salon, mon cœur battait la chamade. 
Je ne vis presque rien lorsque je pénétrai dans la pièce tant l’éclairage y était faible. Une lourde odeur d’encens me parvint aussitôt qui, se mêlant aux relents du champagne me procura une douce griserie. Un saxophone faisait entendre sa plainte langoureuse et cuivrée. Mes yeux s’habituaient à la pénombre : l’endroit était magnifique. Les murs étaient tendus de velours grenat richement décorés de motifs variés : fleurs, arbustes, jardinets, îlots, jonques… Deux larges armoires noires incrustées de motifs dorés représentant des lotus occupaient le mur du fond. Une vaste table, fort massive, très basse, occupait le centre de la pièce. Elle était couverte de fruits exotiques, de divers petits plats épicés ou sucrés, jonchées de verres minuscules et de flacons remplis de liquides divers. Quelques lampes aux abats jours en papier coloré, étaient juchées sur des guéridons disposés de-ci de-là, et diffusaient une faible lumière orangée, chaleureuse, intime. Les invités étaient tous assis dans la pénombre, sur de larges sofas rangés le long des murs. Ils me regardaient. Je sentis que le moment était venu. Je jetai un regard circulaire afin de repérer où tous se trouvaient. Je m’approchai lentement de Vittorio de Sica qui me souriait béatement. Me laissant entraîner par le rythme de la musique, je me mis à exécuter une sorte de danse, ou plutôt je me déhanchai lascivement en suivant le rythme martelé par la batterie, ceci, apparemment, pour le plus grand plaisir de ces messieurs. Je me retournai, dans l’idée de faire le tour du salon afin d’obtenir une vue d’ensemble. Véronique, qui avait dû entrer juste après moi, était en train d’aguicher sérieusement Charles qui s’était levé et suivait vaguement les mouvements de sa danse en marquant le rythme. Chaque fois qu’il s’approchait, elle faisait ostensiblement le geste de le repousser. Le plantant là, elle s’approcha de Vittorio de Sica et vint exécuter, juste sous ses yeux, une série de mouvements du bassin dignes d’une véritable danseuse du ventre. Brusquement, elle vint vers moi, m’attrapa par la taille et me baisa fougueusement les lèvres. J’entendis dans mon dos quelques exclamations de surprise enjouée. De toute évidence, ces messieurs appréciaient. Véronique relâcha son étreinte, elle était complètement ‘allumée’ et déjà en proie à une belle excitation. Elle me fit pivoter, me prit par les bras et m’approcha de force de Serge, le Richard Berry du pauvre, qui frétillait sur son bout de sofa. Elle m’embrassa goulûment dans le cou puis, passant à nouveau devant moi se mit à presser sur mon bustier afin de faire ressortir mes seins du décolleté. Elle me fit ensuite virevolter devant la grande table avant de repartir d’un bond vers les invités qui se tenaient de l’autre côté du salon. Émoustillée par les attouchements de Véronique, je décidai de passer aux choses sérieuses. Je profitai du changement de l’ambiance sonore : le saxo attaquait maintenant un morceau nettement plus langoureux. D’un bond, je sautai sur la table basse et amorçai une danse lascive, me trémoussant telle une danseuse de boîtes de nuit. Je réunis mes mains au-dessus de ma tête, emportant une partie de ma chevelure que je laissai retomber avec une lenteur calculée, et me mis à ondoyer en tous sens tout en regardant les invités d’une manière résolument insolente. Je passai lentement les mains ouvertes devant mon visage, effleurai ensuite mon cou, puis mon buste, caressant mes seins au passage. Prolongeant mon mouvement, je fis glisser mes mains sur mon ventre et, pointant brusquement mon bassin vers l’avant, plaquai mes doigts écartés sur le haut de mes cuisses puis remontai lentement ma robe, ne dissimulant rien de mon entrejambe. Je fis ensuite quelques pirouettes, essayant de ne pas créer une trop grande pagaille sur la table, heureusement fort vaste, puis, remontant les mains à hauteur de mes épaules, je relâchai une bretelle, puis l’autre. Je perçus quelques applaudissements mêlés à des commentaires que je ne compris guère. Je dus me tortiller — ce qui ajoutait une note de piquant à mon strip-tease — pour faire glisser la robe le long de mon buste puis de mes hanches. Robert s’était levé et se tenait tout contre le bord de la table. Il me dévorait des yeux. J’avisai son pantalon qui accusait une belle déformation sous la ceinture. Je lui adressai un bisou du bout des doigts en même temps qu’un sourire aguicheur, puis repris ma danse. Me tournant d’un autre côté, j’avisai Véronique, assise sur les genoux de Vittorio, complètement dépoitraillée, la tête renversée en arrière, riant comme une folle. Une bouffée de fureur jalouse me monta au visage à la voir ainsi prendre du plaisir à se laisser peloter. J’en ressentais une véritable souffrance qui me fouetta les sangs. Je me détournai et aperçus Charles qui s’était agenouillé à quelques centimètres du bord de la table. Il avait dénoué sa cravate, et me tendait la main d’un air avide. Je pris la main tendue et, me rapprochant, vins coller mon minou sur son nez. Je le laissai me mordiller la chatte durant quelques instants à travers le tissu de mon string, puis repartis de plus belle, non sans avoir déposé sur son front un baiser sonore. En proie à une soudaine impulsion, je sautai à bas de la table et vins me placer derrière Véronique. Je la pris sous les aisselles et la soulevai, puis la retournant pour qu’elle me fît face, je retroussai mes lèvres sur mes dents comme l’eût fait un vampire, puis poussant un long cri aigu, je me jetai sur sa jugulaire qui palpitait le long de son cou et fis mine de lui sucer le sang. Je perçus dans mon dos des cris d’enthousiasme accompagnés de rires et d’applaudissements. Véronique entra parfaitement dans mon jeu : elle se redressa, lèvres retroussées sur ses dents qu’elle tenait serrées, la bouche sanguinolente, l’air féroce, comme si, respectueuse de la tradition, elle était devenue vampire à son tour. Elle avait dû, pendant que je la tenais serrée pour lui vider les veines, plonger une main experte dans quelque récipient plein de fruits rouges et s’en tapisser les lèvres et la bouche. J’étais en admiration, une fois de plus, devant son talent et son esprit d’à-propos. Nous échangeâmes un bref regard, puis, nous tenant par la main, nous nous précipitâmes en hurlant sur l’imposant Robert qui riait à la fois de surprise, d’amusement et d’effroi. Il se laissa envahir par les deux vampires qui, déchaînées, lui mordaient le cou, chacune d’un côté, tout en lui maintenant les bras. Il tressautait de façon comique, se débattant mollement. 
Véronique semblait en proie à une sorte de crise de délire : interrompant la succion qu’elle pratiquait sur Robert, elle se précipita soudain sur moi, m’attrapa par les poignets et m’attira devant Charles qui achevait de tomber la veste. 
Arrache-lui son soutien, cria-t-elle, autoritaire, à l’adresse du bonhomme, médusé. 
Je sentis un flot d’adrénaline m’envahir, en même temps qu’une forte excitation s’emparait de tout mon être, embrasant mon bas ventre, comme toujours lorsque je me retrouvais à l’état de chose entre les mains de Véronique, soumise à son bon vouloir, voire à ses fredaines insensées. Je paniquais délicieusement, craignant le pire que j’appelais de tout mon être soumis et tremblant. 
Elle me maintenait fermement les poignets dans le dos, poussant son genou dans mes reins afin de me maintenir immobile. Après un bref moment d’hésitation, Charles insinua deux doigts entre mes seins, assura sa prise sur la fine bande de tissu qui joignait les deux bonnets et tira d’un coup sec. Le vêtement lâcha immédiatement, dégageant mes seins qui, brusquement libérés, firent une sorte de bond en avant et se dandinèrent un instant devant le visage de Charles devenu écarlate. Il s’approcha de moi et, sans ménagement, se mit à me pétrir les seins. 
Cette violence soudaine m’effrayait un peu et, en même temps, me procurait un surcroît d’excitation. Véronique me chuchota à l’oreille : 
Attends, salope, tu vas voir ce que tous ces cochons vont te faire maintenant. 
Je pris réellement peur, ne sachant à quoi m’attendre. Véronique, qui était à présent entièrement nue, me tira en arrière sans ménagements, Charles, surpris, en perdit l’équilibre et manqua s’étaler de tout son long. La scène tournait au burlesque. Il se rétablit cependant. Véronique me força à m’étendre sur la table, parmi les victuailles et les flacons. Je sentis, en divers endroits de mon dos, la morsure de raviers et de petits pots dont les bords pénétraient ma chair. Fort heureusement, rien ne se brisa. 
Maintenez-la, vous autres ! ordonna-t-elle, impérieuse. 
Je sentis des mains s’emparer brutalement de mes poignets et de mes chevilles, mes bras furent ramenés par-dessus ma tête et je fus maintenue fermement dans la position d’une esclave enchaînée, prête à subir la torture. La tête me tournait, je me demandais avec angoisse ce qui allait se passer à présent. 
Comme toujours, c’est Véronique qui donna le ton : elle prit un lychi entre ses dents et, après m’avoir enjambée afin de me dominer, elle se plaça à la verticale de mes seins ; elle mordit précautionneusement la petite boule blanche afin d’en exprimer le jus. J’eus un léger sursaut lorsque le liquide froid se répandit sur ma poitrine. Déjà, elle s’était saisie d’un autre de ces petits fruits juteux et le déposait sur mon nombril. Elle vint, avec un troisième, se placer au-dessus de ma tête et, après m’avoir lancé un regard de connivence, ce dont j’avais bien besoin, elle se rapprocha de mes lèvres et, arrivée tout près, laissa tomber le fruit. Je n’eus aucune difficulté à le bloquer entre mes dents. S’étalant sur moi, elle se mit à frotter son corps sur le mien, tout en venant picorer le fruit que je tenais coincé entre mes dents. Nous en partagions ainsi le suc… et le plaisir. 
Brusquement, Véronique se redressa et, s’adressant aux quatre hommes qui n’avaient évidemment rien perdu de la scène, leur intima : 
À vous, messieurs ! 
Robert, le visage écarlate, se pencha sur moi et vint grignoter le lychi qui vagabondait dans le creux de mon nombril. Vittorio, qui avait abandonné son pantalon, venait de sortir de son caleçon (une sorte de bermuda bleu pâle couvert de Mickey Mouse, Donald et autres petits personnages issus de cartoons Disney) un phallus de belle taille qu’il tenait fièrement devant lui. Il s’approcha de moi et se mit à se caresser le membre avec des gestes lents et mesurés tout en me fixant d’un œil gourmand. De sa main libre, il me caressait la cuisse, avec la lenteur et les attentions d’un connaisseur. Charles, quant à lui, était en train de se battre avec une des jambes de son pantalon qui ne semblait pas disposé à se laisser abandonner. Il bandait comme un cerf. Il était tellement excité qu’il faillit se retrouver à nouveau par terre. À peine eût-il réussi à se dépêtrer de son pantalon qu’il se rua vers moi, non sans avoir libéré de son slip distendu un phallus congestionné qu’il briquait comme un malade. Tournant mon visage de l’autre côté, je reçus presque dans l’œil un phallus bizarrement incurvé, plutôt mince et blanc comme une asperge : celui de Serge qui s’était entièrement dénudé. La vue de ces quatre braquemarts pointés vers moi m’effraya sur le moment et j’eus un haut-le-cœur. Je me sentais veule, je me dis que je n’étais qu’une dépravée, une pute, une salope. Un profond sentiment de honte m’envahit et je crus que j’allais me mettre à sangloter comme une idiote. Qu’étais-je venu faire en cet endroit, au milieu de ces saligauds que je ne connaissais pas et qui, demain, m’auraient probablement oubliée après avoir bien profité de moi ? 
Vittorio était à présent occupé à me tripoter le bouton d’amour. J’en ressentis une gêne affreuse. J’eus envie de hurler, de tout planter là et de m’enfuir. Et puis soudain, tout bascula : une sorte de sursaut de fierté s’empara de moi, et je conçus un immense orgueil d’être ainsi l’objet d’une telle convoitise. Je me sentis comme une reine, je me sus investie d’une sorte de pouvoir sur ces êtres avides, assoiffés du spectacle de mon corps souillé, avili, dégradé. Je lançai à Charles un regard de défi. Mes tortionnaires avaient relâché mes mains : ils avaient besoin des leurs pour polir leur outil. Je me mis alors à me caresser tout en me tortillant afin de les exciter davantage, j’ouvris les cuisses, comme pour mieux m’offrir ; j’eus envie que Vittorio se montrât plus entreprenant, qu’il m’enfonçât un de ses gros doigts dans le vagin. Je me laissais envahir par cette sensation d’avilissement dont je me surpris à souhaiter qu’elle s’accrût encore. J’aurais voulu que ces hommes, presque des étrangers au fond, jouissent sur mon corps, le souillent, le rabaissent, crachent sur moi, m’humilient. Je voyais le gros dard de Charles, pointé sur moi, et j’eus envie de l’engloutir, de le mordre, de le sentir dans ma bouche. Je vis également le chibre de Robert, tout gonflé de désir, qui se balançait à quelques centimètres de ma poitrine, je fixai le petit orifice rigolard qui semblait me narguer ; j’eus une envie presque frénétique de voir sa semence en jaillir, m’inonder et se répandre sur mes seins. Je voulais que ces quatre gaillards déchargent leur désir, leur vilenie, leur violence sur mon corps méprisable et amoindri. Brusquement, j’attrapai les couilles de Charles qui pendouillaient pratiquement sous mon nez, et me mis à les serrer fort tout en les tirant vers moi. Dès que le sexe congestionné fut à ma portée, je l’engloutis avec une voracité qui me surprit. Je me mis aussitôt à pomper vigoureusement le membre dilaté, j’agrémentais mes allées et venues de légers mordillements afin d’accroître la sensation. Après avoir bien lustré le manche et agacé les prunes, je me mis à titiller le méat en lui distribuant une série très rapide de petits coups de langue. Je sentis le membre se gonfler encore puis se raidir : l’éjaculation s’annonçait. Je fermai les yeux et laissai les longs jets de sperme me gicler au visage. La liqueur poisseuse se répandit sur mes joues, mon menton, mes paupières. Mon excitation redoubla, s’accompagnant d’un fort sentiment de honte et de dégoût de moi-même. Une certitude venait de se faire jour : je sus que le sexe demeurerait à jamais pour moi une chose sale, avilissante, mais qui en même temps me procurerait des sensations très fortes que je ne cesserais de rechercher, comme le drogué ne peut se passer de la dose qui le détruit. 
Je sentis soudain une masse de chair molle s’écraser sur ma poitrine pendant qu’un cylindre de chair humide et durcie s’insinuait entre mes seins, je rouvris les yeux : c’était Vittorio qui venait de m’enjamber et qui faisait à présent coulisser son aiguillon de chair entre mes seins qu’il fixait d’un air hagard tout en les pétrissant avec énergie. Il était écarlate. Il souriait étrangement, on eût dit un lion en train de se marrer. Il accéléra son mouvement, je sentis son membre soudain agité de soubresauts tandis qu’il se mettait à hurler comme un dément. Je reçus une nouvelle giclée de foutre en plein visage. Le reste de sa semence se répandit dans mon cou et sur mes seins. Je pris à cette nouvelle agression d’arrogante virilité un intense plaisir masochiste. Je sentis que je jouissais, j’avais l’impression de me liquéfier par le bas, de me dissoudre lentement dans le stupre. J’étais comme saoule de désir, d’excitation et de honte. Je manquai me mettre à rire : je venais de réaliser que j’étais la bien nommée Dominique : celle qu’on domine, celle qu’on nique. 
C’était comme un carrousel autour de moi : je vis le visage de Véronique qui me souriait goulûment, elle étendait le sperme sur mes seins en les massant, je réalisai que Serge était en train de la prendre par derrière tout en lui écrasant les seins qu’il pétrissait avec une sorte de rage. J’eus un hoquet de surprise lorsque je vis, à quatre pattes sur le sol, troussée jusqu’à la taille, la sœur de Véronique qui offrait sa croupe à Robert. Celui-ci était occupé à la besogner consciencieusement, l’air ravi, poussant de petits cris de goret. 
La tête me tournait. Était-ce l’alcool, l’excès de sensation fortes, un trop-plein d’émotions ?… Je ne gardai de la fin de cette folle nuit qu’un souvenir plutôt confus où d’obscènes sarabandes se mêlaient à des scènes de beuveries entrecoupées de rigolades et de plaisanteries salaces. 
Quelques jours plus tard, Véro me confia que le prénommé Robert n’était rien moins qu’un ministre. 
 
Avril 2002 
Commenter ce texte 
Lire les commentaires liés à ce texte 
Retour à l'Accueil