La Chrysalide
Chapitres 13 à 16
13. Jean-Louis
Durant la semaine qui suivit, nous n’eûmes que peu d’occasions de nous voir. Les parents de Cécile étaient rentrés de voyage ; à la maison, impossible de nous rencontrer. Nous tenions par-dessus tout à préserver notre « liaison ».
Cécile, inventive comme à l’accoutumée, avait trouvé un moyen de communiquer sans risque : elle me glissait adroitement dans le creux de la main ou dans une poche une feuille de papier pliée en tout petits morceaux. Je lui répondais en usant du même stratagème.
Intuitivement, nous n’étions pas tombées dans le piège de nous adresser des lettres tendres, bien que l’envie d’en rédiger de passionnées, voire de salaces, ne nous manquait ni à l’une ni à l’autre.
Ce matin-là, elle m’écrivit :
« Ma Dom chérie,
Je crois que le moment est venu de poursuivre nos petites expériences. La première séance de séduction au parc, c’était bien, mais, tu me l’as dit toi-même, c’était un peu court, inabouti en quelque sorte. Et si nous poussions les choses un tantinet plus loin ? Je te propose de choisir un garçon à ton goût. Il n’en manque pas dans nos classes terminales. Tu le séduis, et dès qu’il sera à tes pieds, tu le renvoies à ses chères études. Qu’en dis-tu ?
Love. Cécile. »
Elle avait écrit « love » avec un cœur à la place du « o ».
Le cheptel des garçons de terminales se résumait, pour moi, à une série de regards avides et frustrés, plus fuyants les uns que les autres. Que ce soit le petit Marc qui rougissait chaque fois qu’il me croisait ; Jacques le matheux, prétentieux, moralisateur et lâche ; le beau Michel, entreprenant mais dissimulant bien mal son inexpérience ; ou encore Serge, l’adolescent boutonneux type, dont le regard torve suintait le vice, déjà. Rien de bien appétissant, en somme. Pourtant, il y avait Jean-Louis : un cas celui-là ! Dès la première fois où nous nous étions vus, il avait commencé à me pourchasser de ses assiduités ; oh ! timidement, bien sûr : Jean-Louis était la timidité incarnée. Pas vilain garçon, mais d’une gaucherie !… À la réflexion, je me disais que j’avais peut-être eu tort de ne pas lui laisser au moins une petite chance. Qui sait ? le feu couvait peut-être sous la cendre... Allons, c’était décidé : ce serait Jean-Louis ! Je répondis à Cécile :
« Ma Cécile,
Ça y est, je pense avoir trouvé une proie. Tu vas rire, j’ai opéré un drôle de choix : j’ai jeté mon dévolu sur Jean-Louis, le transi, le gaffeur, le malheureux, l’inconsolé. Tout un programme ! Ça risque d’être coton. J’avoue qu’il ne m’inspire pas grand-chose ! Côté gaudriole, ça doit être plutôt nul. Le style amoureux transi me paralyse d’avance. Enfin, nous verrons bien ! Qu’est ce que tu en penses ? Je compte sur toi pour me guider, pour diriger les opérations.
Bises. Ton esclave soumise. »
o o O o o
Le hasard allait me venir en aide : l’école organisait un match de basket qui allait opposer les deux classes terminales. Jean-Louis avait été sélectionné pour jouer dans l’équipe de sa classe. Il était plutôt bon d’ailleurs. Notre prof de gym me prit à part un jour après le cours et me dit qu’il songeait à m’intégrer à l’équipe qui devrait jouer contre la classe de Jean-Louis. Je refusai tout d’abord : le sport d’équipe ne m’intéresse que très médiocrement. Il insista : se passer de l’atout de ma souplesse lui apparaissait comme une erreur à ne pas commettre. Je pensai que ce serait peut-être là l’occasion rêvée de ferrer ma future victime. J’acceptai.
Les entraînements, fastidieux, commencèrent la semaine suivante. Médiocre joueuse, je fis des progrès cependant, mettant à profit ma sveltesse et ma rapidité. Au bout du compte, je ne fis pas trop mauvaise figure au milieu des grands garçons qui se vexaient chaque fois qu’une « nénette » osait réussir un panier. Je bénéficiais évidemment d’un statut privilégié, dans la mesure où, j’en étais consciente, les garçons me considéraient comme une intouchable. À chaque effleurement, pas toujours fortuit, au cours des séances d’entraînement, ce n’étaient que rougeurs soudaines, excuses empressées et sourires gênés. Je les intimidais, tous. Ils ne pouvaient s’empêcher de fixer mes seins qui gonflaient le maillot fort étroit fourni par l’école. J’avoue que je ne faisais plus rien pour tenter de dissimuler ma poitrine, au contraire : lorsque je sentais un regard un peu appuyé, je prenais un malin plaisir à me cambrer ou à m’étirer, histoire d’affoler le gamin qui, le plus souvent, se détournait afin de dissimuler son désarroi ou sa rougeur. Je savais qu’ils se disputaient le droit de me reluquer par le petit trou qu’ils avaient creusé dans la cloison de la cabine de douche. Je m’amusais, selon l’humeur du moment, à accrocher mon essuie devant la fente ou, au contraire, à me présenter bien en face de l’orifice pendant que je m’essuyais ou me rhabillais. Les petits rires étouffés, les silences anormaux, voire les halètements, de l’autre côté de la cloison, me renseignaient à suffisance sur ce qui pouvait se passer côté garçons.
Cécile, qui ne faisait pas partie de l’équipe, venait parfois assister à nos séances d’entraînement. Je m’obligeais, et ce m’était une torture, à ne pas regarder dans sa direction.
o o O o o
Vint le jour du match. Le ciel était gris mais sec, cela se passa dans la cour du lycée. Les gradins débordaient d’une foule bigarrée et braillarde. Les deux équipes se retrouvèrent face à face, et, après quelques exhortations et conseils du prof de gym, le match commença. Très vite, l’équipe adverse s’avéra supérieure, tant en organisation qu’en qualités individuelles. Jean-Louis se révéla un remarquable joueur : rapide, souple, puissant. Visiblement plus à l’aise sur un terrain de jeu que dans une salle de classe ou dans un cénacle d’intellos en herbe, il faisait merveille. Son équipe lui devait la plupart des paniers. Pour moi, il ne s’agissait plus que de sauver la face, ce à quoi je m’employai de mon mieux. J’étais demeurée discrète durant toute la première partie, observant Jean-Louis, ses ruses, ses sauts de félin, sa façon de tromper l’adversaire par une rapide et soudaine volte-face ou un décrochage impromptu.
Après la pause, je décidai de passer à l’action. Bien entendu, il ne s’agissait nullement de tenter de faire gagner mon équipe, cela paraissait définitivement hors de portée, mais bien d’attirer Jean-Louis dans des filets d’un genre bien différent de ceux accrochés à l’anneau de métal. Je me lançai donc à la rencontre d’une de ses attaques. Je sentis tout de suite à quel point ma proximité le troublait : il se faisait plus nerveux, plus brutal. Je surpris quelques regards, certes rapides et discrets, mais explicites. Il semblait se déchaîner à présent, fonçant sur l’adversaire avec une détermination accrue. Je devinai qu’il cherchait à plaire, mais était-ce à me plaire, cherchait-il à ce que je l’admire, moi. Je sus bientôt que je supposais juste : il eut de ces petits coups d’œil furtifs dans ma direction juste après quelques-uns de ses meilleurs coups. Mieux : il ne put s’empêcher, après le nouveau panier qu’il venait de réaliser, de m’adresser directement un long regard emprunt de fierté. Le doute n’était plus permis !
Il venait de récupérer le ballon, je m’interposai sur son passage, son réflexe ne fut pas aussi prompt que d’ordinaire ; il hésita un instant, fit une passe qui aurait être plus adroite, perdit l’équilibre et se raccrocha à moi. Il m’avait prise par un bras, sa jambe s’était logée entre mes cuisses et son visage se trouva tout contre le mien. L’éclair qui jaillit dans ses yeux et la rougeur qui lui monta aux joues en disaient long ! Son regard m’enveloppa un bref instant avant qu’il ne s’arrachât à notre étreinte avortée pour repartir de plus belle. Quelques instants plus tard, alors qu’il essayait de récupérer le ballon, il se passa une chose surprenante. Il venait d’exécuter un bond spectaculaire et se rattrapait souplement sur le sol, lorsque je vis jaillir, dépassant de son short, un phallus tout gonflé, en proie à une belle érection. Il eut un geste de la main pour couvrir le dard rebelle, mais, n’osa prolonger son geste de crainte d’en révéler la véritable nature aux yeux de tous, bien que je fusse probablement la seule, à m’être rendue compte de ce qui se passait : étant tout près de lui, je devais le masquer à la vue des autres. Écarlate, éperdu, il se courba en deux et fila sur la touche, faisant mine d’être l’objet d’une soudaine douleur. Le match s’interrompit un instant, le temps que le remplaçant de Jean-Louis eût pris le relai.
Après avoir attendu quelques minutes, je priai Solange, une grande brune dynamique, folle de sport, de me remplacer. Elle n’attendait que ça et bondit sur le terrain comme une furie.
Je me dirigeai droit vers les vestiaires. L’endroit était désert. Je n’eus aucune peine à localiser Jean-Louis qui achevait de prendre une douche. Il sortait de la cabine et sursauta en me voyant. Il s’empressa de nouer sa serviette autour de sa taille. Je feignis de chercher quelque chose sur le sol.
— Dominique ! Mais… mais qu’est-ce que tu fais là ?
— Ben tu vois bien : je… je cherche... mon peigne, il a dû glisser là quelque part sous les bancs.
Il hésita un instant, désemparé.
— Attends, je vais t’aider !
L’adorable garçon ! Il s’approcha et se pencha. Il ne put s’empêcher de lancer un regard vers mes seins. Je me redressai à demi et m’entendis prononcer d’une voix étrangement grave :
— Tu aimes bien ça, me reluquer, hein ?
Il eut un hoquet de surprise et rougit comme un gamin pris en faute.
— Euh… c’est que…
— Ne t’inquiète pas, le rassurai-je, je trouve ça plutôt flatteur.
Je me cambrai, résolue, pointant mes seins dans sa direction.
— Dominique, je t’en prie, arrête ça !
— Comme tu voudras, fis-je en me redressant. Je lui tournai le dos et me dirigeai en me déhanchant vers le vestiaire des filles.
— Attends ! cria-t-il. Il y avait quelque chose d’éperdu dans sa voix.
Je m’immobilisai, puis me retournai, réprimant un sourire de satisfaction.
— Oui ?… Je peux faire quelque chose pour toi ?
Il s’approcha, je feignis de ne pas remarquer la bosse qui gonflait l’essuie ceignant sa taille.
— Tu… tu m’as vu ? fit-il, angoissé.
— Oui ! Je le fixai, souriant narquoisement. Il baissa les yeux. Et alors ?…
L’initiative m’appartenait indiscutablement. Je me rendis compte que je n’éprouvais aucun sentiment particulier pour Jean-Louis. Certes, il était assez joli garçon, bien formé, musclé, le visage régulier et plutôt agréable. Il n’avait pas cet air arrogant qu’affichent volontiers les adolescents de son âge. Il avait tout pour plaire en somme. Seulement voilà : il me laissait indifférente ; du moins, jusqu’à un certain point, j’allais en faire l’expérience. Je me trouvais devant une alternative : soit je jouais la corde sentimentale et je l’embrassais sur la bouche, soit j’optais pour le sexe, et je prenais possession de son membre. J’étais là, hésitante, lorsque je perçus un léger bruit dans mon dos. Je fis volte-face et aperçus Cécile qui, à demi dissimulée derrière une des colonnes de la salle, le doigt sur une bouche rieuse, me faisait signe de l’ignorer. Revenant à Jean-Louis, je m’emparai de son aiguillon. Il eut un sursaut mais ne chercha pas à se retirer. Le membre semblait encore plus volumineux à travers l’épaisseur du tissu.
— C’est moi qui te mets dans cet état ? questionnai-je malicieusement.
— Oui ! avoua-t-il.
— C’est que ça a l’air sérieux, dis donc !
Je dénouai la serviette qu’il portait autour des reins et la laissai choir sur le carrelage humide. Jean-Louis possédait indéniablement un pénis de belle taille. Toutefois, l’érection me semblait avoir perdu de sa vigueur : le manche n’avait plus toute sa rigidité, il accusait un fléchissement sensible. Je mis la chose sur le compte de sa gêne et de son inexpérience : de toute évidence, la situation était neuve pour lui. D’un seul coup, je fis passer mon tee-shirt par-dessus mes épaules. Les yeux de Jean-Louis s’agrandirent, sa bouche s’entrouvrit et je vis le sang affluer à son visage. Il avait le regard rivé sur mes seins, encore enfermés dans leur soutien-gorge. Je constatai avec fierté que le chibre venait de reprendre d’impressionnantes proportions. Le membre était pointé dans ma direction comme s’il s’était agi d’une pièce d’artillerie qui me visait. Je savais que Cécile nous observait ce qui ajoutait encore au plaisir trouble que j’éprouvais. J’eus soudain envie de caresser ce pieu de chair, d’en éprouver la texture, le velouté, de le lisser, de le polir, de le sentir frémir entre mes doigts, d’en explorer le relief. Jusque-là, les attributs masculins qu’il m’avait été donné de contempler ne m’avaient guère inspirée : trop petits, trop minces, accusant une courbure bizarre, ou effrayants comme celui de mon prof de science. Celui de Jean-Louis était bien droit, charnu à souhait, et le champignon violacé qui le couronnait me semblait d’agréable texture et de forme harmonieuse. Je commençai à m’exciter pour de bon.
J’adressai à Jean-Louis un sourire coquin et dégrafai mon soutien. Libérés, mes seins s’épanouirent librement sous ses yeux. Je me cambrai et me tendis vers lui. Jean-Louis s’empara de son dard et se mit à se masturber avec une sorte de rage.
— Eh, doucement ! lui fis-je. Comme tu y vas fort !
— Dominique ! dit-il, éperdu, les yeux écarquillés, qu’est-ce que tu es belle !
De sa main libre, il s’empara d’un de mes seins qu’il se mit à peloter maladroitement. Il était écarlate. Je demeurai là un bon moment, indécise, ne sachant quelle attitude adopter, fascinée par ce spectacle empreint tout à la fois de sauvagerie et de détresse.
— Attends, je…
Je n’eus pas le temps d’achever, en proie à une excitation incoercible, Jean-Louis ne put se retenir : il éjaculait en poussant une sorte de long cri contenu. Le sperme jaillissait de son manche tuméfié en longs jets blanchâtres qui décrivaient un arc de cercle impressionnant. Je reçus une bonne giclée de sa semence juste sur le haut de la cuisse. Le liquide gluant se mit aussitôt à ruisseler le long de ma jambe. La vue de Jean-Louis dans tous ses états, le phallus écarlate pointé vers moi et ce jet spectaculaire, témoin de la force de son désir, fouettèrent mes sens et me procurèrent une excitation d’un genre nouveau, toute différente de celle que ressentais avec Cécile. C’était brutal, sauvage, sommaire, mais cela avait néanmoins quelque chose de troublant.
Jean-Louis se laissa glisser sur le sol, prenant appui sur la cloison de la cabine. Il essuya maladroitement sa jambe souillée ainsi que son membre dont la taille diminuait à vue d’œil. Il avait l’air hagard, il balbutia :
— Oh, Dominique, pardon, j’ai tout gâché, je ne suis qu’une bête, je… je suis désolé, je… oh ! et je t’ai maculée ! Mais quel idiot je suis, excuse-moi…
Il était pitoyable ainsi recroquevillé, éperdu, au comble de la gêne. J’en fus touchée. Je m’approchai, lui pris la tête entre les mains et lui baisai la bouche, tendrement.
— Ne t’en fais pas ! Tout va bien… Tu n’as pas à t’excuser, c’est moi qui ai été un peu… cavalière !… En tout cas, on peut dire que je te fais de l’effet !
— Dominique, tu es merveilleuse, je…
Nous dûmes en rester là, des bruits de voix nous parvenaient : le match venait de s’achever, le vestiaire serait, dans la minute qui allait suivre, envahi par les joueurs encore tout excités par l’ardeur du combat.
Comme je m’y attendais, l’équipe de Jean-Louis avait remporté la victoire.
14. Bain de soleil
Nous étions, Cécile et moi, assises au fond de son jardin sur un petit banc de pierre. Il faisait un temps splendide, le soleil brûlant de cette après-midi de juin nous avait obligées à nous réfugier à l’ombre du tilleul qui s’épanouissait au fond de la propriété de ses parents. Un léger souffle de vent faisait bruire doucement les buissons alentour. On entendait, de temps à autre, le zon-zon obstiné d’un bourdon qui vagabondait dans les plans de fleurs tout proches.
— Qu’allons-nous faire maintenant de ce pauvre Jean-Louis ? questionnai-je.
— Ça, c’est comme tu voudras, Dom !… Je pense qu’il est à point ! C’est d’ailleurs le moins qu’on puisse dire.
— Il me paraît différent. Il dégage quelque chose de touchant. Je crois que je l’aime bien. Je n’ai aucune envie de l’humilier.
— Tu as envie de coucher avec lui ?
Je ne répondis pas tout de suite.
— Je ne sais pas… Mais toi, tu ne serais pas jalouse ?
— Peut-être, mais ça fait partie du jeu !
— Si ça devait arriver, je voudrais que tu sois là.
— Comment ça ?
— Je veux t’offrir le plaisir qu’il pourrait me donner, c’est bien le moins ! Ce plaisir, c’est à toi que je le devrai. Il n’aura pas besoin de savoir que tu es là, on trouvera un système, je te fais confiance. J’ai besoin de savoir que tu seras là. D’accord ?
— D’accord !
Cécile se leva d’un bond, me prit la main et m’attira à sa suite.
— Allez viens ! On va prendre un bain de soleil.
— Mais je n’ai pas pris mon bikini, objectai-je.
— Quelle importance ? rétorqua-t-elle, sur un ton qui se voulait désinvolte. Un léger tremblement de la voix trahissait pourtant un début d’excitation.
Nous étions à présent au centre d’une pelouse qui descendait en pente douce vers le mur de clôture, à l’abri derrière quelques grands arbres au feuillage bien fourni en cette saison. Cécile se débarrassa prestement du peu de vêtements qu’elle portait, et s’étendit, entièrement nue à même le gazon qui dégageait encore une forte odeur d’herbe fraîchement coupée.
— Allez viens ! fais comme moi, ne sois pas ridicule : personne ne viendra nous surprendre ! Et même si c’était le cas…
Je contemplai un instant le corps de Cécile déjà étendue sur le sol. Une vague de tendresse mêlée de désir me monta à la gorge. Rien de sauvage, rien d’urgent : c’était une volupté douce et tranquille qui s’insinuait ainsi en moi.
Je retirai également mes vêtements et vins m’étendre à côté de Cécile. Je feignis de ne pas remarquer qu’elle m’observait à travers le rideau de ses cils à peine écartés. Nous gardâmes le silence. Au bout d’un temps, je sentis sa main se poser délicatement sur la mienne.
— Dom, murmura-t-elle, on est bien, hein ?
— Oh oui ! on est mieux que bien. Quelle douceur !… Je suis si bien avec toi.
Après un temps, elle reprit :
— Pff ! ça chauffe, je suis déjà en nage. Nous devons nous protéger, attends, je reviens.
Elle enfila son slip et sa petite blouse de lin et partit en sautillant. Elle revint, quelques minutes plus tard les bras chargés. Elle posa sur l’herbe une grande carafe remplie d’un mélange de jus exotiques, ainsi que deux grands verres teintés et un flacon d’huile solaire. Je l’aidai à étendre sur le sol les deux claies qu’elle avait apportées. Elle se dénuda à nouveau complètement, puis nous bûmes chacune un grand verre de jus bien frais.
— Attends, fit-elle, je vais te mettre de l’huile. Allonge-toi.
Je m’étendis sur le ventre et attendis. Avant même que Cécile me touchât, je sentis mon bijou bourgeonner dans son repaire. Je m’abandonnai, tout en veillant à maintenir mon excitation naissante à un seuil le plus bas possible. La fraîcheur du liquide sur ma peau déjà brûlante me procura une sensation de bien-être. Cécile commença d’étendre l’huile sur mes épaules et dans mon cou, puis gagna mon dos. Ses doigts effleuraient mon épiderme avec douceur. Elle étendit ensuite le liquide gras sur mes fesses, puis sur mes cuisses et mes mollets. Au fur et mesure que ma peau était couverte, le glissement de ses mains se faisait plus souple, plus soyeux, plus rapide. La sensation de caresse s’accentuait d’autant… mon excitation aussi, et je devais lutter maintenant pour ne pas me laisser envahir par l’appel de mes sens. Je sentis mon joyau protester dans son alcôve humide, il demandait à s’épanouir, à ce que l’on prît soin de lui. J’écartai un peu les cuisses pour me soulager de cette pression grandissante… je ne fis que la libérer. J’étais consciente à présent que mes fesses accompagnaient les mouvements de Cécile, les anticipais, les désirais. Je perçus l’accélération des battements de mon cœur. Je commençai à m’affoler : je m’ouvrais, malgré moi. Je désirais à présent que Cécile s’insinue en moi, qu’elle me chipote le bonbon, qu’elle masse mon petit tapis, qu’elle s’immisce dans ma moiteur, qu’elle s’enfonce dans ma rosette froncée. Je n’étais plus maîtresse de mon corps : je pointai mes fesses vers le ciel, cherchant à offrir mon œillet au regard et au contact de Cécile. Sa main étreignit fermement ma vulve, l’emprisonnant dans la conque de sa paume. Elle comprima mes lèvres gonflées, puis introduisit un doigt dans mon fourreau étroit. Je ne pus réprimer un gémissement.
— Attends ! fis-je soudain.
J’ouvris les yeux, me retournai et lui fis face, appuyée sur les coudes. Elle était rouge comme une pivoine, visiblement bien excitée, elle aussi. Je clignai des yeux, à moitié aveuglée par l’éclat du soleil.
— Et toi ? poursuivis-je, haletante.
— Chaque chose en son temps, ma grande !
Sans attendre, elle envoya un jet d’huile sur ma poitrine et sur mon ventre. Le liquide se mit aussitôt à ruisseler le long de mon buste, cherchant son chemin vers le sol.
— Couche-toi, ça coule ! fit-elle en un petit cri aigu.
J’obéis et, abandonnant l’appui de mes coudes, m’étendis de tout mon long, protégeant mes yeux d’un soleil devenu impitoyable au moyen de mes avant-bras.
Les doigts de Cécile avaient rattrapé les ruisselets d’huile qui couraient le long de mon torse et les ramenaient vers les hauteurs. Elle étendit le liquide sur toute la surface de ma poitrine et de mon cou. Elle s’attardait maintenant sur mes seins. Une nouvelle giclée d’huile me fit sursauter légèrement qu’elle se mit à étaler généreusement sur mes globes déjà tout luisants. Elle prenait plaisir à malaxer mes seins, elle les pétrissait, s’amusant à faire varier la pression de ses paumes, changeant sans cesse le rythme de ses caresses que l’huile rendait glissantes et feutrées. C’était terriblement excitant. Elle s’était emparée d’une pointe qui, trop bien lubrifiée, lui échappa.
— Dom, qu’est-ce j’aime te caresser, tu n’as pas idée ! Ça me rend folle ! Tes seins sont si doux, si fermes, si pleins. Tes courbes sont si harmonieuses. On a envie de te sculpter. Je te caresserais pendant des heures. Que tu es belle !
Du bout d’un doigt, elle dessinait le contour d’une de mes aréoles. Le mamelon qui trônait fièrement en son centre était tout gonflé par l’excitation.
— Oh, Cécile, fis-je, viens sur moi !
Elle m’enlaça aussitôt, et nous nous mîmes à nous frotter l’une sur l’autre, l’huile rendait nos glissements souples et soyeux, les chairs échappaient à toute prise, coulaient l’une sur l’autre, c’était affolant. Cécile balança un instant ses seins devant ma bouche puis les écrasa sur les miens, tout gonflés d’un désir impatient. Nous nous regardions, éperdues, excitées, rouges, haletantes.
— Dieu que c’est bon, fis-je.
— Dom, que tu es belle, mais qu’est-ce que tu es belle ! Tu me rends dingue !
Elle m’embrassa sur la bouche, nos langues se mêlèrent, se répondirent, se poursuivirent, se léchèrent. Cécile engagea son genou entre mes cuisses que j’écartai aussitôt, j’étais ruisselante. Je sentis bientôt monter une vague de feu qui m’emporta dans un tourbillon d’ondoyants délices. Je crois que j’eus plusieurs orgasmes d’affilée. J’étais noyée dans un océan de félicité où je me plaisais à me dissoudre, à m’égarer, à me fondre. J’étais certaine de n’y rencontrer que Cécile puisqu’elle était pour moi, en cet instant magique, vaste comme le monde.
15. Wendy
Je n’avais jamais vraiment prêté attention à Wendy, une brunette de cinquième, plutôt chétive, affublée d’un nez volumineux qui lui mangeait un visage par ailleurs plutôt agréable. Elle était mince, presque maigre. Myope, elle portait une paire de lunettes à monture blanche qui lui donnait un air faussement candide. J’avais bien remarqué qu’elle m’observait assez souvent, mais je n’y prêtai guère d’importance.
Ce matin là, après le cours de dessin que nous avions en commun avec les cinquièmes, elle m’aborda :
— Dominique, fit-elle, d’une petite voix timide, je voudrais te parler.
— D’accord, Wendy, qu’est-ce que tu veux ?
— Pas ici, allons à la bibliothèque, si… si tu veux bien.
Je flairai quelque chose d’insolite, mais cédai à la curiosité et acquiesçai.
— D’accord, vas-y déjà, je te rejoins tout de suite.
Je cherchai des yeux Cécile qui devait se trouver encore dans le couloir avec les autres. Je l’aperçus et m’approchai d’elle. Lorsqu’elle leva les yeux vers moi, je lui adressai un petit signe et fis demi-tour. Elle attendit un instant et m’emboîta le pas. Wendy m’attendait dans la bibliothèque, assise à une des petites tables. L’endroit était désert. Je m’assis en face d’elle.
— Alors ? Qu’est-ce que tu veux, Wendy, lui fis-je, assez sèchement. J’étais de méchante humeur, comme toujours quand j’ai mes écoulements menstruels.
Wendy n’était visiblement pas à son aise. Elle balbutia :
— Eh bien, tu vois Dominique, je… je voudrais… euh…
— Tu voudrais quoi ? la coupai-je, agacée.
Wendy prit son courage à deux mains et lança d’une traite :
— Je voudrais devenir ton amie.
J’étais sidérée. Cette petite teigneuse que je connaissais à peine, avec qui je n’avais pas échangé trois phrases, voulait être mon amie ! Je sentis monter une bouffée de colère. Je me contins pourtant.
— Voyons, Wendy, lui dis-je, comme à une mauvaise élève à qui on répète pour la nième fois la même explication, on ne devient pas amies comme ça, juste parce qu’on on en a envie et qu’on l’a décidé. C’est quelque chose qui est réciproque, qui s’installe spontanément, au fil du temps ; tu comprends ?
Elle afficha une petite mine renfrognée et repris :
— Oui, bien sûr, je sais ça. Mais… je voulais juste te dire que… que j’en ai très très envie.
— Pourquoi ?
— Parce que… parce que…
— Parce que quoi ?
Elle devint soudain rouge comme une pivoine.
— Parce que tu es si belle… tu es déjà une femme, toi !
En prononçant ces mots, elle ne put s’empêcher de m’envelopper d’un regard béat d’admiration, s’attardant — ô surprise ! — sur mes seins. Je n’étais vraiment pas d’humeur à supporter ce que je considérais sur le moment comme une intrusion dans mon intimité et je rabrouai vertement la malheureuse :
— Franchement Wendy, tu ne manques pas d’air ! Non mais qu’est-ce que tu crois ?
Wendy était prête à pleurer. Je fus prise d’un léger remords et poursuivis :
— C’est vrai, quoi ! Tu débarques sans crier gare, et tu voudrais que je te considère, comme ça, immédiatement, comme une amie. Mais l’amitié, ma petite, ça se mérite, ça suppose un tas de choses, une complicité, des affinités, des goûts communs, des…
— Comme avec Cécile, alors ? minauda-t-elle.
J’eus l’impression que l’univers venait soudain de se lézarder. Le cocon à l’intérieur duquel Cécile et moi pensions être à l’abri du monde extérieur venait de se fissurer, laissant pénétrer le regard de petites pisseuses du genre de Wendy, c’est à dire, à terme, du reste de la classe puis du lycée. La catastrophe était majeure. Un ultime réflexe de protection joua cependant et je m’entendis dire à Wendy, dans un éclat de rire qui ne sonnait pas trop juste :
— Mais qu’est ce que c’est que ces salades ? Qu’est-ce que tu veux dire, Wendy ? explique-toi.
Elle affichait à présent un air buté qui ne me disait rien de bon.
— Ne te fatigue pas Dominique, je sais tout ! Il y avait dans sa voix, qui tremblait, un mélange de colère et de détresse.
— Tu sais tout quoi ? martelai-je, morte d’inquiétude. Je me sentais comme une tigresse prête à bondir pour protéger sa progéniture. Je réalisai à quel point Cécile était importante pour moi, à quel point je tenais à notre relation à présent menacée. Je me sentais prête à tout pour préserver ce coin de paradis, ce havre de pureté et de beauté que ma tendre amie incarnait à mes yeux.
— Oh, vous êtes discrètes, ça, y’a pas à dire ! Mais je ne suis pas la petite idiote que vous croyez. J’ai bien vu votre petit manège, allez. Vos petits sourires, vos œillades, vos petits mots échangés discrètement à la récré ou à la sortie.
— Mais enfin, poursuivis-je, qu'est-ce que ça prouve ? Cécile est mon amie, c’est vrai, nous échangeons des confidences et nous nous entendons bien, c’est un fait. Et alors ?
— Et alors… la douche ! hurla-t-elle soudain, déchaînée. Je t’ai vue, j’ai vu ce que tu as fait à Jean-Louis, j’ai vu Cécile qui s’était cachée et qui a tout vu aussi. Mais vous ne saviez pas que j’étais là, hein ? D'ailleurs, elle est ici, Cécile, je le sais, elle nous entend, elle est là ! J’ai vu que tu étais allée la rejoindre avant de venir ici, j’ai tout vu. Elle triomphait, misérablement.
— D’accord, Wendy ! fit Cécile, sortant de derrière l’armoire métallique où elle s’était dissimulée. Elle s’approcha de nous, très calme, souriante, sûre d’elle. Qu’est-ce que tu veux, au juste ?
J’étais à la fois terrifiée et soulagée par l’intervention de Cécile. Je ne savais plus que faire, quelle attitude prendre. Mais Cécile prenait les affaires en main et je jugeai de bonne guerre de la laisser agir.
— Je veux tout savoir de vous deux. Ce que vous faites en dehors des cours, où et quand vous vous voyez. Ce que vous mijotez toutes les deux.
Wendy lâcha sa tirade comme on tire une salve. Son ton était âpre, agressif. De toute évidence, il ne serait pas aisé de la leurrer. Cécile ne se démonta nullement.
— Tu sais Wendy, il nous serait très facile de te dire que tout ça ne te regarde pas, que ce ne sont pas tes oignons, et de te renvoyer d’où tu viens. Mais nous ne te voulons aucun mal, et je crois que toi non plus. D'ailleurs, tu veux devenir l’amie de Dominique, pas vrai ? Tu voudrais faire du mal à ton amie ? C’est ça que tu proposes comme entrée en matière ?
Wendy était à présent complètement décontenancée. Mais ce n’était là, j’en étais consciente, qu’un répit, et il convenait de consolider la position au plus vite.
— Non, non, bien sûr. Je veux être avec vous, comme vous, mais je veux savoir.
— Qu’est-ce que tu veux savoir ?
Cécile m’adressa un bref coup d’œil qui se voulait rassurant.
— Si… si vous vous embrassez sur la bouche, si vous vous tripotez, si vous êtes des gouines, quoi !
Le vocabulaire qu’elle utilisait en disait long sur le sens qu’elle pouvait donner à ses suppositions.
— Et ça te paraît mal ? poursuivit Cécile, toujours parfaitement calme.
— Je … je n’ai pas dit ça !
Cécile sut tirer parti de l’attitude ambiguë de Wendy :
— En réalité, tu aimerais savoir ce que c’est !… Je me trompe ?
Le visage de Wendy vira au rouge.
— Eh bien… oui, oui, c’est ça ; mais je sais que ce n’est pas bien… qu’il ne faut pas.
— Écoute, Wendy, je crois que tu es partagée entre ta curiosité et ton sens moral, et c’est là une chose parfaitement normale. Mais je pense qu’il y a une solution.
— Ah ? fit Wendy, intriguée.
— Voilà : Dominique va t’initier à certaines choses, et si tu trouves que c’est mal, eh bien tu pourras la punir.
— Comment ça, la punir ? Mais… de quel droit ? Je ne comprends pas.
Je me demandais où Cécile voulait en venir. Je ne sus si j’étais plus curieuse ou plus amusée par la tournure que prenait la situation.
— Wendy ! qui selon toi a le droit de juger les agissements de deux personnes si elles savent parfaitement ce qu’elles font et qu’elles en ont envie ?
— Vu de cette façon, personne, évidemment. Mais…
— Mais toi, tu auras le droit de décider.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est notre choix, que ça nous paraît juste. C’est notre liberté, ça aussi, après tout. Et de cette façon, tu seras en paix avec ta conscience. Ça te va comme ça ?
Wendy était visiblement décontenancée. Elle ne parut pas entièrement convaincue, mais la curiosité, une vague attirance ou peut-être son désir de vivre quelque chose de nouveau et d’exceptionnel, l’emportèrent.
— D’accord ! fit-elle, après un temps de réflexion.
— Approche, Wendy ! fis-je, lui tendant la main.
Elle se leva, me regarda un moment, hésitante, puis contourna la petite table et vint près de moi. Elle avait perdu toute agressivité et se présentait à nouveau comme une gamine timide et engoncée.
— Et maintenant, dis-moi ce que tu veux, lui dis-je, la regardant droit dans les yeux.
— Je… je veux être comme toi ! fit-elle avec une moue boudeuse d’enfant gâtée.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Je veux être belle comme toi, attirer les regards des garçons, pour pouvoir leur faire ce que tu as fait à Jean-Louis au vestiaire.
— Je ne lui ai rien fait, tu sais, je l’ai à peine touché !
— Peut-être, mais tu l’as drôlement excité. Tu t’es montrée nue, non ? Je t’ai vue, ne mens pas.
— Je n’ai aucune intention de te mentir, Wendy. Je n’ai jamais dit que je ne m’étais pas montrée, mais c’est lui qui me l’avait demandé, il en avait très envie, rappelle-toi, tu y étais.
— Moi aussi ! fit-elle, soudain égarée dans quelque rêverie.
— Quoi, « moi aussi » ?
— Moi aussi je veux qu’un garçon jouisse à cause de moi, qu’il répande son sperme sur moi, qu’il soit à mes pieds, que je puisse le mener comme je veux.
Sans nul doute, la scène du vestiaire avait produit un effet considérable sur la sensibilité de Wendy et allait probablement orienter de façon particulière sa vision des relations sexuelles. Je l’attirai vers moi, elle semblait n’attendre que ça. Elle s’assit sur mes genoux et, aussitôt se blottit sur ma poitrine, comme une enfant. Cécile et moi échangeâmes un regard : le plus dur était passé. Je lui caressais la tête, lissant sa chevelure.
— Tu sais, Wendy, je crois que tu te fais une idée assez fausse de ce qu’il se passe entre Cécile et moi.
— Qu’est-ce qui se passe entre Cécile et toi ? questionna-t-elle.
— À peu près ce qui se passe entre toi et moi maintenant.
— Mais il ne se passe rien…
— Vraiment, tu crois ? lui dis-je doucement, continuant à lui caresser les cheveux. Redressant la tête, elle me regarda de ses yeux embués, elle frissonnait. Je passai doucement la main sur son visage et lui sourit. Elle me regardait d’un air attristé, comme une enfant qu’on viendrait de punir. Elle ferma les yeux, blottit sa tête au creux de mon épaule et posa sa main sur un de mes seins. Très doucement, elle commença à me caresser. Délicatement, j’entrouvris mon chemisier afin de permettre le contact avec ma peau. Sa main, d’une extrême légèreté, m’effleurait à peine, c’était doux, menu, timide. Elle ne bougeait pas, se contentant de laisser ses doigts courir sur mon globe à demi dénudé. La scène se prolongea un long moment. Je n’éprouvai rien de particulier hormis une certaine tendresse pour cette adolescente visiblement perturbée. Je ne pus m’empêcher d’établir le parallèle avec mes propres émois, mes propres angoisses encore toutes proches. Tout le monde n’a pas la chance de rencontrer une Cécile et de vivre une telle complicité.
Il régnait une grande paix dans le local silencieux et désert. J’avais le sentiment étrange de participer à la détresse e Wendy, de faire corps avec elle. Cécile et moi nous regardions, graves, un rien perplexes. Nous laissions faire, et c’était bien ainsi. C’était là une expérience que nous étions en train de partager, et cela nous rapprochait encore, nous le savions toutes deux.
Wendy se redressa, me regarda avec de grands yeux humides, tout baignés d’étonnement et de reconnaissance. Sans mot dire, le souffle court, elle entreprit de poursuivre le déboutonnage de mon chemisier tout en me lançant des regards angoissés, guettant une réaction de refus ou de désapprobation que je retins sans grande difficulté, continuant de lui sourire. Encouragée, elle écarta les pans de mon chemisier et se remit à caresser mes seins gonflés en cette période de menstruation. En rougissant, elle dégagea un sein qui roula par-dessus le pli du bonnet et s’épanouit dans sa rondeur généreuse. Elle promena un instant ses mains étonnées sur mes globes, les pressant légèrement, puis, brusquement, se mit à me téter comme un bébé. C’était une caresse à laquelle je me savais particulièrement sensible. Je commençais à craindre que cette petite garce n’arrivât à m’exciter tout de bon, mais le plaisir qu’elle me procurait demeurait diffus, comme épars, guère comparable aux vagues de chaleur aiguës et fulgurantes que me procuraient les succions pratiquées par Cécile. Celle-ci me lança cependant un regard que je sentis désapprobateur : elle était jalouse ! J’en conçus un curieux sentiment où se mêlaient fierté et culpabilité. La situation devenait délicate, et je craignis que Wendy ne poussât plus loin ses investigations amoureuses, lorsque le salut nous vint de l’extérieur : des voix puis un bruit de pas se firent entendre dans le couloir. Je repoussai Wendy le plus délicatement que je pus et me rajustai en toute hâte. Wendy se remit debout, et demeura hébétée, me faisant face.
— Eh bien voilà, Wendy, fit Cécile à haute et intelligible voix, je pense que nous avons répondu à tes questions... Tu es satisfaite ?
Quelques élèves pénétrèrent dans le local sans nous accorder la moindre attention et s’en furent en conversant vers une vitrine disposée à l’autre extrémité de la pièce. Le danger était passé. J’avais opportunément tourné le dos à l’unique porte d’entrée, n’ayant guère eu le temps de me rajuster complètement.
— Oui, oui, fit Wendy, qui achevait de se reprendre. C’est très bien, c’est très gentil… merci, merci !
Le péril qu’elle venait de partager avec nous l’avait placée dans notre camp, du moins l’espérions-nous. Elle ramassa ses cahiers et s’en fut non sans m’avoir lancé un dernier regard où se mélangeaient détresse et admiration, frustration et reconnaissance.
16. Vacances à la côte
L’année scolaire s’achevait. J’avais obtenu mon bac de justesse : mes faiblesses dans les branches scientifiques étant tout juste compensées par mes résultats honorables en français, en philo et en histoire/géographie. Les résultats de Cécile étaient nettement plus brillants, sans que j’en conçoive quelque jalousie : sa supériorité en toute chose était un fait établi et non contesté.
Cécile avait obtenu de ses parents que je me joigne à la famille pour la période de juillet. Trop heureux de ne pas avoir à organiser de vacances toujours trop coûteuses à leurs yeux, mes parents avaient accepté aussitôt. Je soupçonne d’ailleurs ma mère d’avoir conçu quelque fierté à voir sa fille « fréquenter du beau monde ». La famille de Cécile possédait une villa à la côte et, l’hébergement ne posant aucun problème, la chose fut vite arrêtée : je connaîtrais le bonheur de passer quelques jours auprès de ma tendre amie. J’avais vu s’approcher la fin de l’année avec une angoisse croissante, n’arrivant pas à me faire à l’idée que ce serait là le moment de la séparation.
Nous partîmes un samedi matin. Le rendez-vous avait été pris chez Cécile et, bien entendu, je m’étais montrée d’une ponctualité exemplaire : je ne tenais pas à manquer le départ. Je n’aurais pas, cette fois, l’occasion de faire la connaissance de Christine, la deuxième sœur de Cécile, qui était à l’étranger pour y entamer des études.
C’est la maman qui conduisait le spacieux break Volvo, rempli à craquer de nos bagages. Béatrice, la sœur aînée avait pris place devant, à côté de sa mère, Cécile et moi nous partagions la banquette arrière. C’était la première fois que je voyais Béatrice. Sans être aussi belle que sa cadette, elle possédait un charme certain, elle avait les mêmes yeux, le même regard. Indéniablement plus mûre, elle dégageait, à l’instar de sa mère, une sorte d’autorité naturelle et tranquille. J’aimais cette nonchalance qui avait quelque chose de rassurant.
Cécile m’avait juré qu’elle n’avait fait part de notre secret à personne, pas même à sa sœur Béatrice ni à son frère. J’avais apprécié la chaleur de l’accueil que m’avait réservé Béatrice, son sourire complice, légèrement ironique ; un trait de famille, décidément.
La villa, une splendide demeure datant du début du siècle, trônait fièrement au milieu des dunes, à deux pas de la plage. Ses hauts murs blancs crevés de larges fenêtres à volets étaient surplombés par une imposante toiture de tuiles rouges à forte pente, comme c’est souvent le cas au littoral.
Les pièces étaient vastes, confortables et richement meublées. À l’étage, les chambres, également fort spacieuses, se répartissaient autour d’un couloir central donnant sur une salle de bains meublée à l'ancienne, mais dotée de tout l’équipement moderne. Un vrai palace !
Cécile et moi occupions les deux chambres dont les fenêtres s’ouvraient sur les dunes. Deux chambres contiguës, et — oh ! bonheur — communicantes !
Mes affaires à peine rangées, je pris une douche rapide, enfilai mon bikini rouge à pois blancs, me précipitai sur la plage et me roulai dans le sable chaud. Je fus bientôt rejointe par Cécile qui avait revêtu une paire de jeans coupés à ras des fesses et un chemisier blanc non boutonné qu’elle avait négligemment noué sur le devant. L’ensemble lui allait à merveille. Je me redressai et courus vers elle. Elle plongea dans mes jambes, provoquant ma chute, puis elle me retourna, m’enfourcha et me maintint fermement les poignets. Elle riait à gorge déployée. Les pointes de ses seins formaient de petites excroissances qui gonflaient le tissu de son chemisier. Elle ne portait pas de soutien. Je sentis une onde de chaleur m’envahir et une forte émotion m’étreindre. Chaque fois que Cécile se plaçait ainsi en position de domination, je ressentais un émoi presque douloureux. J’avais envie qu’elle me giflât soudain, là, sans aucune raison, qu’elle me fît du mal, gratuitement, qu’elle s’emparât de mon corps. Cécile devina mon état, mais elle préféra relâcher son étreinte.
— Allez, viens, on va se balader un peu.
Elle m’aida à me redresser puis me regarda un instant d’un air grave. Je me sentis envahie par une bouffée de désir. Cécile entrouvrit les lèvres, laissa passer un tout petit bout de langue entre ses dents, eut un léger haussement de sourcils puis, comme à regret, m’entraîna à sa suite sur le sable humide.
— Viens, souffla-t-elle. Elle se mit à courir, je la suivis.
o o O o o
Nous marchions sur la plage, les pieds dans l’eau, depuis une dizaine de minutes, lorsque Cécile me demanda à brûle-pourpoint :
— Dis-moi, Dom, nous allons avoir du mal à dissimuler notre situation tout le temps et à tout le monde.
Je blêmis :
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Qu’il vaut mieux mettre Béatrice dans la confidence avant qu’elle ne se rende compte par elle-même. Elle n’est pas tombée de la dernière pluie, tu sais. Ce serait désastreux si elle pensait que je lui ai caché si longtemps une chose aussi importante. Alors que si on la met au parfum, elle pourrait devenir notre alliée. Nous devons y réfléchir.
— Tu crois qu’on peut lui faire confiance ?
— Béatrice a déjà recueilli beaucoup de mes petits secrets. Elle ne m’a jamais trahie.
— Oui, mais il ne s’agit plus d’un secret de petite fille.
— Je ne lui ai pratiquement jamais rien caché.
— Et elle ?
— C’est elle qui m’a appris tout ce que je sais sur les hommes… et sur les femmes.
— Tu veux dire que Béatrice…
— A eu une relation avec une femme, oui ! Et elle m’a tout raconté.
— C’était sérieux ?
— Pas vraiment, non ; c’était plutôt une expérience pour elle. Elle avait sympa thisé avec une prof de dessin qui lui avait proposé de poser nue pour ses élèves d’académie. Puis elle a voulu faire son portrait, toujours nue. Une des séances de poses a légèrement dérapé, si tu vois ce que je veux dire… Mais elle en a gardé un bon souvenir… et un superbe portrait. En tout cas, ce qui se passe entre nous ne la choquera pas, ça, j’en suis sûre.
— Espérons-le. Mais, comment lui présenter la chose ?
— Je ne sais pas trop. Oh ! écoute, on verra bien. Allez, viens, on rentre. La première au pied de l’escalier arrière !
Cécile partit en courant comme une gamine, je la suivis aussitôt. Lorsqu’elle arriva à hauteur de l’escalier menant à la cuisine de la villa, je l’avais presque rejointe. D’une détente, je me jetai sur elle et parvins à lui saisir une cheville. Cécile poussa un grand cri en tombant, puis, riant comme une folle, se débattit, secouant les jambes. Je la tenais fermement, riant moi aussi, mais nullement disposée à abandonner ma proie. Elle se mit à ramper vers le pied de l’escalier tout proche, m’entraînant à sa suite. Je ne lâchai pas prise.
— J’ai gagné ! fit-elle, triomphante.
Elle venait en effet d’atteindre la première marche, et, forte de ce point d’appui, parvint à me repousser. Je cessai de lutter et me laissai aller de tout mon long dans le sable chaud. Levant les yeux, je vis un grand gaillard en bermuda et chemise à fleurs, le chef couvert d’une petite casquette de plage blanche, debout sur la marche supérieure de l’escalier et qui nous regardait d’un air amusé. Je sus que je l’avais déjà vu, mais où ? Cela ne me revint pas sur le moment.
Cécile grimpa rapidement l’escalier de bois verni et se jeta à son cou.
— François, tu es là ! Quelle bonne surprise, qu’est-ce que je suis contente. Tu as pu te libérer !
Je sentis mon estomac se nouer. Qui était donc ce, ce ?… Je réalisai que j’étais en proie à une jalousie féroce. Lorsque soudain… Oh, non ! Ça y était, je venais de reconnaître le motard que j’avais croisé devant chez Cécile : son frère ! Décidément, mes sautes de jalousie tombaient bien à plat !
— Viens Dom, cria Cécile, monte vite.
Docilement, je rejoignis le couple au haut de l’escalier.
— Dominique, je te présente François, mon frère adoré. François, voici Dominique, ma meilleure amie et compagne de lycée.
— Enchanté ! fit François en me tendant une main que je serrai aussitôt. Il m’avait reconnue, il n’y avait aucun doute à ce sujet : il me décerna ce même regard, mi-railleur, mi-admiratif, dont il m’avait gratifié lors de notre première rencontre brève et fortuite.
— Cécile m’a beaucoup parlé de vous, poursuivit-il, enjoué.
Cécile me fit un petit signe destiné à me faire comprendre que quelque chose clochait dans ma tenue. Je baissai les yeux et me rendis compte que mon sein droit était pratiquement sorti de son bonnet, résultat sans doute de notre petit jeu au pied de l’escalier. Je devais offrir un joli tableau ! Je me rajustai, rougissante. Je sus gré à François de n’avoir rien laissé paraître. Il s’était d’ailleurs détourné et pénétrait dans la maison, suivi de Cécile. Je leur emboîtai le pas. Nous nous installâmes confortablement dans les grands fauteuils du salon. Béatrice nous apporta des rafraîchissements et se joignit à nous.
— Quand es-tu arrivé ? questionna Cécile.
— Il y a une demi-heure, vous veniez de partir, répondit François.
— Tu es venu à moto ?
— Bien sûr ! Par ce temps, c’est super.
— Qu’est-ce que c’est comme moto ? hasardai-je.
— Une Harley… Vous vous intéressez aux gros cubes ?
— Oh ! François, Dominique… vous pouvez vous tutoyer, non ?
— Volontiers. D’accord, Dominique ?
— Oui, oui, bien sûr, pas de problème.
J’étais intimidée par le calme et la grande assurance qui émanaient de ce beau et grand garçon à l’allure si simple.
— Ça vous… ça te plairait de faire un tour ? questionna-t-il à brûle-pourpoint.
— Je n’ai jamais fait de moto, répondis-je.
— Il y a un début à tout !
— Bon, d’accord, fis-je, de plus en plus intimidée. J’avais le sentiment que, sans en avoir l’air, il prenait ainsi possession de mon être, discrètement mais sûrement. Je lançai un regard de détresse dans la direction de Cécile qui hocha la tête de façon rassurante.
— François pilote comme un chef ! affirma-t-elle. Il est rapide, mais attentif et prudent.
— On y va ? proposa-t-il.
— Là, comme ça, tout de suite ?
— Pourquoi pas ?
— Je passe une chemise et j’arrive.
— Dominique !… si je puis me permettre : mets des chaussures fermées.
— D’accord !