La Chrysalide
Chapitres 9 à 12
9. Complicités
La matinée du lendemain débuta de façon plutôt pénible. Je n’arrivais pas à me concentrer. Il faut dire que la théorie électrique, les lois d’Ohm, les différents types de résistances et de conducteurs ne me passionnaient guère ! Mon esprit vagabondait bien loin de tout ça : je me repassais indéfiniment le film de la trop brève après-midi passée chez Cécile. Je ressentais encore la pression de ses mains sur mes seins, je revoyais l’éclat de ses prunelles enfiévrées, je me remémorais la douceur de ses gestes, la suavité de sa voix, et, surtout, le spectacle de sa jouissance et les fulgurances de mon propre abandon ; nos mots aussi, nos silences, nos halètements, nos sécrétions dont nous nous étions délectées… Mon clitoris était encore tout endolori, et il m’envoyait régulièrement des élancements qui remontaient jusqu’à la pointe de mes seins.
En réalité, je passai toute cette matinée dans un état d’excitation diffus que je ne fis rien pour calmer. Je me surpris plus d’une fois en train d’appuyer mes fesses ou de basculer mon bassin sur le bois dur de la chaise afin d’entretenir, voire d’accentuer mes « démangeaisons ». Je pris un malicieux plaisir à faire jouer mes sphincters afin de maintenir en éveil toute la zone de mon sexe. En même temps, je croisai les bras et enfermai mes seins entre mes avant-bras, prenant plaisir à en varier la pression, me livrant ainsi à un massage discret. C’était épuisant et délicieux. De temps à autre, je laissais mon regard tomber sur la nuque de Cécile qui, assise quelques rangs devant moi, me paraissait d’un calme olympien. À un moment, le prof de physique jeta sur moi son regard inquisiteur. Par bonheur, je regardais vaguement dans sa direction, et ne fus pas trop surprise par la question qu’il m’adressa et à laquelle je fus, bien évidemment, incapable de fournir une réponse cohérente. Faisant mine de rechercher dans mes souvenirs la formule magique qui l’aurait satisfait, je me trémoussai sur ma chaise, plus par crainte de rompre ma délectation que de le laisser insatisfait. Je bredouillai quelque ânerie, tout en écrasant mon minou sur mon siège. Le zéro pointé tomba, dont je me fichais éperdument. La sonnerie mit un terme à mon délicieux calvaire
Je rejoignis Cécile dans la cour de récré. Par une sorte d’accord tacite, nous avions décidé de ne rien laisser deviner de notre aventure et de limiter nos contacts publics au strict nécessaire. Inutile d’aller au-devant des ragots. Je m’approchai, affichant une nonchalance qui me paraissait appropriée.
— Tu vas bien ?
Elle me lança un bref regard complice.
— Rendez-vous à quatre heures au petit café au coin de ta rue.
Ce fut tout.
o o O o o
L’après-midi me parut interminable. Jamais le cours d’Anglais ne me sembla aussi pelant. Le prof, à coup sûr un original, nous faisait répéter inlassablement et sur un rythme accru, toujours la même phrase, dans l’idée de nous aider à acquérir un bon accent. Et nous répétions tous en chœur :
— On each side of his nose is a cheek and an ear, on each side of his nose… ou encore: I like to walk by wet weather with a white wooden leg. Tordant !...
Il faut reconnaître que la méthode ne manquait pas d’efficacité !
Le moment de la délivrance enfin survenu, je sautai dans mon bus et me rendis tout droit à notre rendez-vous. J’avais pris soin de laisser Cécile prendre le bus précédent afin de ne pas nous compromettre.
Elle m’attendait, confortablement installée à une des tables du fond, dans un petit coin discret, derrière une tasse de café. Je m’installai en face d’elle, tournant le dos aux rares consommateurs qui ne nous prêtaient d’ailleurs aucune attention.
— Comment connaissais-tu ce café ? lui demandai-je en m’asseyant.
— Un de mes anciens copains de l’école primaire a habité la maison qui fait le coin en face, me répondit-elle.
— Je crois que nous serons tranquilles, ici. Cet endroit a toujours été calme.
— Je le pense aussi. Dis-moi, comment te sens-tu ?
Elle me souriait d’un petit air entendu.
— Oh ! la journée fut longue, dis-je.
Je ne résistai pas au plaisir de lui raconter comment je l’avais meublée, ce qui la fit rire aux éclats.
— Dom, tu es magnifique, je t’adore, fit-elle, riant encore.
Le serveur s’approcha de notre table.
— Et pour mademoiselle ?
— Un coca, fis-je, distraitement.
Après nous avoir décerné un sourire béat, le garçon s’en retourna derrière son comptoir.
— Cécile, j’ai envie de t’embrasser, lui dis-je en rougissant, déjà passablement excitée.
— Dom ! calme-toi !… Mais, dis-moi, tu es redoutable !
— Tu sais, c’est vraiment la première fois que je ressens une chose pareille. Il n’y a rien de sale entre nous, c’est vrai, c’est pur, c’est beau.
— Allons, allons, ne t’emballe pas ! Tu sais, Dom, je crois que tu n’as pas eu beaucoup de chance dans le passé. Je ne voudrais pas que tu te mettes à m’idéaliser, que tu t’imagines que je suis le seul être au monde qui…
— Cécile, je t’aime, je ne sais pas ce qu’il en est des autres, et je m’en fous complètement.
— Mon Dieu, mais tu ne te rends pas compte !
— De quoi ? fis-je, soudain inquiète.
— Tu es aveugle ou quoi ?
— Je ne comprends pas.
— Écoute Dom : tu n’as pas l’air d’en être consciente, mais tu es une véritable bombe.
— Une bombe ? Qu’est-ce que tu veux dire, tu te fiches de moi ?
— Oh ! pas le moins du monde. Ce que je veux dire c’est que tu es une fille superbe, belle à crever, tu vas tourner la tête de tous les hommes… qu’est-ce que je raconte ?… tu le fais déjà ! Tu es bandante comme pas deux, il est difficile d’être plus sexy que toi. Tu es une bombe sexuelle, Dominique, et il est temps que tu t’en rendes compte. Mais regarde-toi, bon Dieu, tu ferais bander un mort.
J’étais estomaquée. Je ne sus que répondre.
— Mais… est-ce que tu veux dire que je vais devenir une sorte de jouet, une pute ?
Le garçon revint : il déposa un verre et une bouteille de coca sur la tablette et s’en retourna. Cécile me prit la main qu’elle serra fermement.
— Tu vas me faire une promesse, Dom. Je te jure que je suis sérieuse. Tu vas me promettre que jamais tes amours ne seront vénales, jamais, tu entends. Tu t’enverras qui tu voudras quand tu voudras, mais jamais tu n’accepteras de fric, OK ?
— Mais enfin, c’est insensé !
— C’est parfaitement sensé, au contraire. Tu verras, je te parie tout ce que tu veux que tu n’auras plus longtemps à attendre les propositions les plus tordues.
— Dans quel monde vivons-nous ?
— Dans un monde de dingues et de pervers, Dominique, dans un monde violent, égoïste et avide où ne surnagent que les plus malins, les plus retors. Tu sais ce qui va t’arriver ? Tu vas devenir une proie, un trésor qu’on voudra s’arracher, pour lequel on se battra peut-être.
— Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?
— Oh ! je ne crois pas, non !
Il y avait comme une sorte de détresse dans sa voix, qui me fit peur. Je pressentis qu’elle avait raison et je me rangeai à son point de vue.
— J’avais l’impression que tu cherchais à installer une distance entre nous, lui dis-je, au bord des larmes.
— Dom, tu es impossible ! Tu es l’être le meilleur que j’aie pu rencontrer, crois-le bien. Je te l’affirme : tu es ce qui pouvait m’arriver de mieux, sois-en sûre. Je t’aime, Dom, autrement sans doute, et, je crois, de façon plus lucide, mais je t’aime, je t’interdis d’en douter.
Elle me serrait si fort que de longues traces blanches apparurent sur le dos de ma main. Après un bref silence, elle poursuivit :
— Je ne veux pas que tu souffres, Dom. Je veux te protéger, dans toute la mesure où cela me sera possible, de toutes mes forces… Je t’aime, oh, oui ! je t’aime.
Le tremblement de sa voix trahissait une vive émotion. J’en fus bouleversée. Elle me caressa le visage d’une main douce, attentionnée. Je me sentais comme une petite fille à qui on vient de faire la leçon, mais je n’en conçus aucune honte. Je l’acceptai. Cécile n’était-elle pas ma maîtresse, ma protectrice, mon guide ?
— Cécile, je ferai tout ce que tu me diras, je te le promets.
— Même si tu ne comprends pas, même si ça te paraît insensé ?
— Même si ça me paraît insensé !
— Fais attention, parce que je vais te mettre à l’épreuve, et pas plus tard que tout de suite.
— Déjà ! fis-je, un peu inquiète.
— C’est que nous n’avons pas de temps à perdre. Ce qui se passe, c’est que tu ne connais pas ton pouvoir, voilà ton problème. Je vais t’apprendre à l’identifier, à en user, tu vas voir. Je veux que tu sois fière de toi, de ce que tu es. Tu ne sembles pas avoir la plus petite idée de ce que tu pourrais vivre si tu le voulais. Tu sais, j’en connais beaucoup qui vendraient leur âme au diable pour te ressembler, pour être à moitié aussi attirantes que toi. Et encore, pour le moment tu es en veilleuse. Que tu le veuilles ou non, tu es une sorte de vamp. Tu vas devoir assumer ! Tu as presque dix-huit ans, tu vas t’ouvrir, la chrysalide va se muer en papillon, et il sera magnifique, Dom, je te le promets. Tu sais, je vais te confier un secret : c’est moi qui ai peur, peur que tu me largues comme une malpropre quand tu n’auras plus besoin de moi, quand ton carnet de rendez-vous sera trop encombré pour me laisser une petite place, quand tu voleras de propres ailes.
— Arrête de dire de telles inepties, tu vas me fâcher !... J’ai l’impression que tu es tellement plus mûre que moi, que tu as déjà tellement vécu.
— J’ai un frère et deux sœurs, Dom ; je suis la benjamine dans ma famille. Mon frère a trois ans de plus que moi, et ma sœur Béatrice, l’aînée, a déjà 22 ans ! Nous avons de la chance : nous nous entendons bien et nous nous aimons vraiment. Malgré nos différences d’âge, nous nous parlons, nous nous disons tout. Crois-moi, mes sœurs ne sont pas des enfants de chœur ! Elles ont vécu, si tu vois ce que je veux dire. Elles m’ont tout appris.
— Je vois.
— La première chose à faire, Dom, c’est d’éprouver ton pouvoir !
— Je veux bien, mais comment ?
— C’est simple : chasse !
— Quoi ?
— Chasse !… Tu es une chasseresse : tu choisis ta victime, tu décides d’une tactique, tu tends les pièges voulus, tu te mets à l’affût, tu attends, et, le moment venu, tu ramasses ta proie.
— Tu es sérieuse ? C’est ça que tu veux que je fasse ?
— Pour moi, pour toi, oui.
Mes tempes bourdonnaient, je croyais rêver. Mais qu’est-ce qui était en train de m’arriver ? Voilà que j’allais me transformer en amazone des Temps modernes, en prédatrice des cités. C’était inouï ! Néanmoins, tant par curiosité que par un réel désir de plaire à Cécile, je décidai de poursuivre le jeu. Après tout, qu’avais-je à y perdre ?
— Concrètement, je fais quoi ?
— Tu commences par te mettre en valeur. Tu affiches ta beauté, tu défies, tu nargues, tu provoques, tu attires les regards, tu plais, tu séduis, tu enjôles, tu affoles !
— Quel programme ! fis-je, ébranlée.
— Le programme, le voilà : phase un, mercredi après-midi nous allons t’acheter des fringues.
— Mais Cécile…
— Ah, non ! s’il te plaît, ne commence pas déjà à discuter !
Son ton était péremptoire, je me tus et attendis la suite. Elle reprit :
— Rassure-toi, rien de commun avec ce que portent les filles du bois de Boulogne ! Il ne s’agit pas de racolage, mais de séduction, il ne s’agit pas de clients, mais de victimes… Phase deux : nous allons nous balader dans un endroit public, et tu te mets au travail.
— C’est à dire ?
— Presque rien ! Tu déambules, tu vas, tu viens, tu accroches, tu allumes.
— Et ensuite ?
— Ensuite ? Ce sera selon ! On improvisera. Il faut prendre en compte l’impondérable.
J’avais un peu le vertige, mais je me ressaisis.
— Ça marche ! fis-je. Après un petit temps, j’ajoutai : Il y a pourtant une chose qui m’inquiète.
— Dis-moi.
— J’ai peur que quelque chose ne se brise entre nous. Je trouve que ce que nous allons faire est dangereux. Tu ne crois pas ?
— Bien sûr, il y a du danger ! Sinon le jeu n’en vaudrait pas la chandelle ; mais il y a une chose que tu comprendras très vite, je crois : tout ça sera pour nous une formidable protection.
— Je ne comprends pas.
— Dom ! Je crois savoir ce qui t’attend, de quelles sollicitations, de quelles pressions tu seras très bientôt l’objet. Tu as… nous avons tout intérêt à t’y préparer.
Les choses devinrent plus claires, plus concrètes dans mon esprit.
— Tu vois, Dom, poursuivit Cécile, d’ici peu nous serons invincibles, nous ferons tout ce que nous voudrons, n’importe quand, n’importe où. À deux, nous sommes un commando en action !
Je sentis monter en moi une bouffée de désir pour cet être si attirant qui venait de me donner, j’en étais persuadée, une merveilleuse preuve d’amour.
— Cécile, fis-je, d’une voix légèrement tremblante, j’ai envie de toi.
Elle sembla sans réaction, mais je commençais à la connaître, et je sus déceler les petits mouvements, imperceptibles pour un œil moins averti, qui trahissaient son émoi : son regard chavira un bref instant et ses doigts se mirent à tapoter la table.
— Ici, tout de suite ? fit-elle, du bout des lèvres.
— Oui, je sais que ce n’est pas le moment, mais c’est ce que je ressens.
— J’ai dit que nous pouvions tout, eh bien essayons !
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Fais-moi l’amour !
— Mais… comment ?
— Approche-toi !
Intriguée, je rapprochai ma chaise de la table et me penchai vers elle, elle fit de même. Nos visages n’étaient plus séparés que par quelques centimètres. Je pouvais percevoir son souffle, humer son parfum délicat, observer la moindre parcelle de sa peau. Elle passa lentement un petit bout de langue sur ses lèvres.
— Devine à quoi je pense, me dit-elle, sur le souffle.
J’admirai une fois de plus les inépuisables ressources dont elle faisait preuve.
— Je… je crois que tu voudrais que je t’embrasse, murmurai-je.
— Gagné ! fit-elle avec un sourire triomphant. À moi !
Je sentis gonfler mon petit bouton dans sa niche de chair, en même temps qu’un doux frisson me remontait le long du dos. Elle m’observait avec attention.
— Concentre-toi, fit-elle, qu’est-ce que tu voudrais que je te fasse ?
J’imaginai qu’elle étendait ses mains vers moi, et qu’elle déboutonnait mon chemisier. Je fus prise de l’envie qu’elle le fasse, là, tout de suite.
— Tu voudrais que je te caresse les seins… C’est ça ?
J’eus un léger hoquet de stupéfaction : elle avait deviné juste.
— C’est ça ! Je voudrais que tu déboutonnes ma chemise et que tu pétrisses mes seins.
Je sentis le rouge me monter au visage. Mes seins se mirent à gonfler et les pointes se durcirent, d’un seul coup. Je rentrai le ventre et me cambrai.
— Voilà, dit-elle, là, tu es en marche, là tu es irrésistible !
Je fermai les yeux.
— Cécile, arrêtons ! c’est trop fort ! J’ai… j’ai trop envie.
— Surtout pas ! chuchota-t-elle. Apprends à maîtriser tes sens. Bon, c’est à toi maintenant.
Me dominant, je parvins à calmer la vague montante de mon excitation.
Je scrutai son visage, cherchant à pénétrer le cours de sa pensée. Sa respiration s’était accélérée. Je perçus le léger frémissement de ses narines.
— Tu voudrais renifler mon minou, hein ?
— Oh oui ! et te masturber, lécher ta vulve, te faire jouir.
Le sang lui était également monté à la tête, et il était clair qu’elle éprouvait autant de difficultés que moi à contenir les débordements de sa sensualité ainsi bridée.
— Et moi je voudrais que tu enlèves ton soutien et que je te morde les seins.
— J’ai envie de voir couler ton jus d’amour entre mes doigts.
— Si je pouvais, je te lécherais tout partout.
— Je veux que tu m’enfonces un doigt dans le cul !
Cécile avait prononcé cette dernière phrase avec une sorte de sauvagerie. Elle était terriblement excitée. Je la sentis soudain désemparée : quelque chose venait de se briser. Elle ajouta :
— Ah ! je ne sais pas ce qui m’a pris, je… je viens de jouir, je… je suis toute mouillée !
Je lui pris la main :
— Ce sont tes désirs secrets qui remontent à la surface, Cécile ! Ne t’inquiète pas, je saurai te donner satisfaction. Regarde-moi.
Je jetai un rapide regard alentour : personne ne prêtait attention à nous. Mes mains disparurent sous la tablette encombrée. Discrètement, je passai ma main sous ma jupe et écartai mon slip. Je me mis à me masturber en fixant Cécile. Le trouble que cela engendra me grisait.
— Je suis aussi toute mouillée… hhh… maintenant je vais jouir… hhh… pour toi… hhh… et je vais t’offrir mon jus.
Cécile jeta un regard sur mon bras droit, agité d’un tremblement convulsif. Elle était encore toute congestionnée et me regardait, la bouche entrouverte, le souffle court.
— Oh Dom ! Je sens que ça revient… je suis avec toi.
Je devinai, au léger tremblement qu’elle imprimait à la table et à son regard soudain vitreux, qu’elle devait s’écraser le minou sur le bois de sa chaise. Je m’immobilisai, sentant venir l’orgasme ; des milliers de petites aiguilles fines me perforèrent les seins et l’entrejambe, mon clitoris me faisait mal, je poussai mon bassin vers l’avant, et laissai le liquide chaud et poisseux se répandre sur mes doigts. Je perçus la voix de Cécile à travers un bourdonnement sourd :
— Dom, j’adore voir tes lèvres se retrousser sur tes dents quand tu jouis, ça me lance dans le sexe et dans les seins.
Elle ralentissait les « s » de sa phrase, les faisant siffler. Au même moment, je sentis une nouvelle coulée entre mes cuisses.
Nous étions là, toutes deux, la bouche ouverte, haletantes, à nous manger des yeux, jouissant comme des bêtes, sans nous être touchées. C’était surréaliste.
Revenant à elle, Cécile me sourit :
— Ouâââh ! ça, c’était fort !
Je la regardai tendrement.
— C’était bon ! Un peu frustrant, mais bon !
Le regard de Cécile passa brusquement par-dessus mon épaule. Je me retournai, et j’eus le temps de voir le visage d’un homme d’une quarantaine d’années, écarlate, qui achevait de se détourner. L’homme, qui était attablé non loin de nous, se leva précipitamment et se dirigea vers le comptoir où il régla ses consommations avant de quitter les lieux en hâte, sans oser nous adresser le moindre regard.
Je revins à Cécile.
— Tu crois qu’il nous a… ?
— Au moins en partie, oui, pouffa-t-elle.
Nous fûmes prises d’un fou rire qui nous sembla ne devoir jamais s’arrêter. Sans doute achevions-nous de soulager nos nerfs.
10. Une partie de chasse
Lorsque j’arrivai à la luxueuse boutique de lingerie fine où nous nous étions donné rendez-vous, Cécile m’y attendait. C’était un samedi après-midi, il faisait un temps superbe. Les rues et les parcs grouillaient de monde en ces premiers beaux jours. Cécile avait décidé que je ferais mes premières armes dans un petit parc public, non loin de chez elle. Nous étions à peu près certaines, par ce temps magnifique, d’y trouver ce que nous cherchions.
Devançant les vendeuses qui déjà s’empressaient autour de moi, Cécile m’entraîna immédiatement vers la vaste cabine d’essayage tout encombrée de cartons à moitié déballés et de vêtements épars encore accrochés à leurs cintres ou juchés sur le dossier d’une chaise.
— Ah ! fit-elle, je vois que Raoul t’a soignée !
Elle scrutait ma chevelure, contrôlant le travail de Raoul, son coiffeur qui, le matin même, avait réussi le miracle d’insuffler à mes cheveux filasse une véritable vie. Ils ondoyaient à présent en vagues somptueuses et sensuelles, se balançant au rythme de ma marche. Jamais mes cheveux n’avaient eu pareil éclat. Pour la première fois de ma vie, j’étais fière de ma longue chevelure blonde. La veille encore, ma tête n’était hérissée que de longs fils jaunes.
— Raoul est un véritable magicien, dis-je.
— Il a du talent, concéda Cécile.
— Essaie ça, me dit-elle en me présentant une superbe robe de lin aux tons bigarrés.
— Elle est drôlement belle, fis-je.
Je me débarrassai de ma veste et fis passer mon tee-shirt par-dessus mes épaules. Cécile fit glisser le fin rideau qui fermait la cabine, nous étions seules. Elle eut vers ma poitrine un regard furtif. J’enfilai la robe de fin tissu qui m’allait à ravir. Cécile me fit essayer toutes sortes de robes, jupes, chemisiers, brassières, bodies, etc. J’étais éblouie par cette profusion de vêtements, tous de haute qualité, seyants et agréables à porter. Cécile était attentive au moindre détail : elle rejetait impitoyablement toute tenue qui n’était pas exactement à ma taille, qui ne mettait pas mon teint suffisamment en valeur ou qui ne s’harmonisait pas parfaitement avec la couleur de mes yeux. Nous finîmes par choisir une ravissante petite robe de mousseline dans les tons pastel, adorablement parsemée de minuscules fleurs colorées. La robe se boutonnait sur le devant et était décolletée à souhait.
— Voyons les dessous à présent, fit-elle.
Cécile mit la robe sur le côté et me présenta un soutien-gorge de fine dentelle, d’une agréable couleur verte, aux tendres nuances.
J’enlevai ma jupe et dégrafai mon soutien. Cécile ne put s’empêcher de regarder mes seins. Légèrement rosissante, elle s’empara d’un de mes globes, le soupesa, posa un léger baiser sur mon aréole et, après l’avoir pressé un instant, l’abandonna, visiblement à regret.
— Oh, toi ! tu ne perds rien pour attendre, fit-elle, rieuse.
J’enfilai le soutien-gorge qui s’avéra incapable de contenir mes seins. Les aréoles débordaient de façon parfaitement indécente.
— Ça ne va pas ! fis-je, c’est beaucoup trop serré.
— C’que t’es sexy, comme ça ! ronronna Cécile en prenant un léger recul.
— Mais enfin regarde : ma poitrine déborde de partout, c’est ridicule !
— Ce n’est pas vraiment le mot qui convient ! rectifia-t-elle, les yeux rivés sur mes deux monticules dressés.
Elle me fit pivoter de façon à ce que je me voie dans le grand miroir qui occupait tout le mur du fond de la cabine.
— Mais bon Dieu, regarde-toi !… Tu es bandante à crever !
J’eus un léger choc en m’apercevant dans la glace : l’image qui se présentait à moi n’avait en effet rien à envier aux photos qu’il m’était arrivé de parcourir dans des magazines tels Playboy ou Penthouse. Le soutien-gorge écrasait mes seins l’un sur l’autre, accentuant encore leur rondeur, tout en relevant l’ensemble de ma poitrine, ce qui lui donnait un air agressif et provocant. Indéniablement, une telle tenue était de nature à produire une poussée d’adrénaline chez n’importe quel mâle normalement constitué. Le haut des aréoles était visible, ce qui ajoutait encore un élément provocateur à ma tenue. J’avais du mal à respirer ainsi écrasée par le tissu distendu. Les deux monts se soulevaient en cadence au rythme de mon souffle, trop court.
Je me débarrassai de ma petite culotte pour enfiler le joli string de dentelle assorti que Cécile me présentait. Elle ne put s’empêcher, alors que, lui tournant le dos, je faisais glisser le luxueux vêtement le long de mes cuisses, de placer un instant sa main sur ma vulve. Surprise, je tournai le visage dans sa direction, elle me regardait, souriant de toutes ses dents, l’air amusé.
Je lui rendis son sourire, la laissai palper un instant mon bonbon, puis enfilai le string. Il était si étroit, qu’il ne dissimulait pas grand-chose. Cécile s’accroupit et ajusta le vêtement, faisant en sorte de réduire encore la bande de tissu de l’entrejambe. J’avais à présent la sensation de porter un bout de ficelle qui me passait dans la raie des fesses. Cécile arrêta, d’une main douce mais ferme, le geste que j’amorçai pour me rajuster.
— Regarde-toi, Dom, non, mais regarde-toi ! insista-t-elle.
Je me sentis gagnée par une onde de fierté à la vue de mon corps, rendu ainsi bien attirant en effet, que me renvoyait le miroir. Plus que mon propre regard (je continuais en dépit de tout, de me sentir gênée), c’était la pétillance des yeux de Cécile qui me donnait toute la mesure de l’effet que je produisais. Par jeu, je me mis à ondoyer doucement, amorçant un léger mouvement du bassin.
— Oui, c’est ça ! fit Cécile, bien ! Tu es terrible, comme ça.
Encouragée, je me mis à parcourir tout le haut de mon corps, faisant mine de le caresser, tout en poursuivant mon mouvement de danse.
— Ouââh, Dom ! Fais ça devant un mec, il tombe à tes pieds, assura-t-elle.
— Tu crois que c’est aussi simple ?
— Arrête de jouer les innocentes, Dom ! Tu sais très bien ce qui fait bander les hommes, et tu as tout ce qu’il faut pour ça, même plus. Elle ajouta avec une voix qui s’étranglait un peu : Il n’y en a pas un qui te mérite.
Je perçus bien le sens qu’il convenait de donner à ce petit bout de phrase, et j’en retirai un réel plaisir.
— Attends, poursuivit-elle, ce n’est pas fini. Tiens, passe la robe.
J’enfilai la superbe robe de mousseline, et Cécile m’aida à la boutonner. Le vêtement était si chic et si seyant qu’il réussissait à muer tout l’appareil érotique qui apparaissait l’instant d’avant en une tenue telle qu’on peut en voir lors de défilés de mannequins. Mes rondeurs étaient certes bien visibles, mais elles n’affichaient plus ce caractère provocant. Cécile avait fermé la robe jusqu’au dernier bouton, et le décolleté ne laissait apparaître que le haut de mes seins. Cela demeurait impressionnant, mais irréprochable. Je me contemplai dans le miroir et me trouvai sexy à souhait. Il me plaisait d’être ainsi ambiguë : le sexe fait décidément bon ménage avec le luxe, me dis-je.
— Fais quelques pas, demanda Cécile en écartant le rideau de la cabine.
Juchée sur des escarpins à talons hauts, je me mis à déambuler dans la boutique. Une des vendeuses me regarda, un curieux sourire aux lèvres.
— Ça m’a l’air parfait, fit Cécile. Attends, encore une chose !
Elle eut un geste vers la petite vendeuse qui me regardait toujours, naïvement admirative. Celle-ci disparut un instant pour revenir presque aussitôt avec un petit béret de feutre beige. Cécile lui prit le couvre-chef des mains et m’en coiffa.
— Ah oui ! fit-elle, ça te va très bien ! Eh bien, je crois que nous voilà parées !
o o O o o
Quelques minutes plus tard, nous descendions du taxi qui nous avait déposées à l’entrée du petit parc choisi par Cécile. On entendait les cris des enfants et les aboiements des chiens. Il n’y avait pas trop de monde.
— Allons, ma cocotte, au travail ! me fit Cécile, avec un sourire qui se voulait rassurant.
— Je suis comme avant un examen, lui confiai-je : morte de trac !
— Mais c’est un examen, Dom ! et je suis sûre que tu vas le réussir, et brillamment !
Je fis quelques pas sur le gravier en direction de la pelouse toute proche.
— Attends, Dom, fit Cécile, on va se définir un plan de bataille. Voilà ce que je te propose : tu te balades innocemment et tu laisses venir. Dès que tu repères une proie, tu entres en activité.
— Qu’est-ce que je fais au juste ? dis-je, passablement angoissée.
— Rien, tu attires, tu allumes, tu fais baver et puis tu t’en retournes. Ne va pas plus loin pour cette fois.
— Et si on m’aborde ?
— Même principe, mais là, tu devras probablement improviser !
— Bien… on verra !
Nous étions arrivées près d’un petit bassin surmonté d’une fontaine qui crachait mélancoliquement son petit jet dans une eau verdâtre. À deux pas de là, un banc inoccupé nous sembla un lieu de ralliement approprié.
— Je m’assieds là, fit Cécile, et je te surveille !
Surmontant mon appréhension, je me décidai à passer à l’action : je m’éloignai du banc, me retournai à demi et adressai un petit signe à Cécile, puis j’empruntai l’allée sablonneuse qui conduisait à un petit sous-bois tout proche. Un groupe d’enfants me dépassa en criaillant. Ma poitrine, écrasée par le soutien trop étroit, me faisait mal. Les pointes de mes seins s’étaient durcies et je me sentais oppressée. En outre, le string, ou plutôt la ficelle qui me passait entre les jambes, frottait sur ma vulve et je sentis mon clitoris se mettre à gonfler. C’était à la fois agaçant et excitant.
Je remarquai, au bord du petit étang qui formait le centre du parc, un homme d’une petite quarantaine d’années en train de prendre des photos. Il était concentré sur son activité et ne m’avait pas remarquée. Je m’approchai et m’arrêtai au pied d’un tilleul, à quelques mètres de celui qui serait, je venais de le décider, ma première victime. Je pris appui sur le tronc blanchâtre et marquai une pause, davantage pour soulager mes chairs meurtries que pour toute raison d’ordre tactique. L’homme eut un regard distrait dans ma direction, qui se figea aussitôt. Il me fixa un moment puis s’éloigna de quelques mètres. Il s’arrêta, me fit face et reprit son manège. Il pouvait à présent donner l’illusion de prendre pour cible quelque graminée bordant l’étang. En réalité, il m’observait, discrètement pensait-il. Je repris ma marche dans sa direction tout en évitant de le regarder, comme si j’étais attirée par l’eau. Le frottement du string sur ma vulve devenait de moins en moins supportable. Un refuge se présenta à moi sous la forme d’une grosse pierre, tout au bord de l’eau dormante. Je m’assis et cherchai une position qui pût atténuer mes démangeaisons.
Le photographe ne me quittait plus des yeux. Il me vit me tortiller, à la recherche du soulagement que réclamait ma chair meurtrie. M’apercevant que j’étais placée dans l’axe de son regard, j’écartai les genoux, comme par inadvertance. Il devait à présent voir mes cuisses jusqu’à l’entrejambe. Il ne tarda pas à montrer des signes d’agitation. J’avais orienté mon visage vers l’îlot, sorte de petit tas de pierres entassées, qui trônait au milieu de l’étang. Je l’observais du coin de l’œil. Il braqua son appareil dans ma direction. J’entendis distinctement le déclic : le salopard en profitait pour me photographier sans vergogne ! La chose me titilla : il voulait du spectacle, il allait en avoir ! Je lui fis face, fixant son objectif toujours pointé vers moi. Très lentement, je me mis à déboutonner le haut de ma robe. La situation commençait à m’exciter. Loin de ressentir de la gêne, je me sentais décidée, résolue à déstabiliser cet inconnu, à le troubler, à faire bander.
Je sentis que je commençais à mouiller. Je me mis à frotter mon minou sur la pierre. C’était à la fois excitant, douloureux et exaltant. Je relâchai un second bouton. Ma poitrine, soulagée, s’épanouit quelque peu et je pus respirer un peu plus librement. J’entendis à nouveau le clic de son appareil, à deux reprises, cette fois. Je me redressai et me mis à marcher droit vers mon photographe. Cet endroit du parc était heureusement à peu près désert. Je pris conscience que ma robe, échancrée désormais, laissait voir une bonne partie de ma poitrine. J’eus envie de me montrer, soudain fière de mon corps. C’était là un sentiment encore neuf pour moi. Le bonhomme se redressa, abandonnant l’œilleton de son appareil. Il était écarlate. Il eut un mouvement de recul, heurta une pierre derrière lui et s’affala de tout son long. En quelques enjambées, je fus sur lui. Il n’osa pas se relever, et resta étendu sur le dos, un coude dans l’eau saumâtre. Je le dominais. J’étais là, bien plantée, les jambes écartées, devant cet homme, étendu dans la boue, n’osant bouger, le rouge de la honte au front. Je me cambrai et bombai le torse, pour faire ressortir mes seins qui cherchaient à s’échapper de leur refuge trop exigu. Je sentais la chair glisser sur le tissu soyeux. Un téton apparut par-dessus le rebord du bonnet. Le pauvre homme me regardait, les yeux écarquillés, la bouche ouverte. J’aperçus la bosse qui déformait son pantalon : il bandait comme un cerf ! J’enjambai le corps étendu et appuyai ma chaussure à talon haut sur le membre en érection. L’homme eut un regard suppliant et poussa un petit cri rauque. Je m’amusai à masser du pied, à travers l’escarpin, le sexe prisonnier. L’homme se mit à haleter, les yeux exorbités. Il n’osait toujours pas bouger. J’appuyai plus fort, mon talon aigu devait lui écraser les couilles. Il poussa un gémissement sourd. Il était au bord de l’orgasme. Satisfaite, je lui décernai un sourire moqueur, réajustai mon corsage, refermai les boutons de ma robe et, le plantant là, retournai vers le banc où m’attendait Cécile qui n’avait rien perdu de la scène. Sur le trajet du retour, je perçus quelques regards éberlués d’adolescents qui avaient eu, eux aussi, droit à cet étrange spectacle. J’en toisai l’un ou l’autre qui détournèrent immédiatement les yeux. Je me surpris de la facilité avec laquelle j’en imposai à ce petit monde. Cécile vint à ma rencontre, elle était hilare.
— Je ne sais pas si j’ai tout compris de ce qui vient de se passer, me dit-elle, pouffant de rire, mais ça m’avait l’air grandiose !
— Quand je l’ai laissé là à clabauder, fis-je en riant, il bandait sec !
— Bravo ! Merveilleux ! conclut Cécile. Viens maintenant, allons chez moi… Tu veux bien ?
Ce n’était pas vraiment une question.
11. Balade en taxi
Cécile et moi étions assises côte à côte au fond du taxi qui nous emmenait à vive allure. À peine installée, j’avais immédiatement restitué au string orné de fine dentelle qui me martyrisait sa fonction première. Ma vulve était toute endolorie. J’étais encore bien excitée par mon aventure au bord de l’étang avec mon photographe. Je me remémorai son air ahuri lorsque, penchée sur lui, je le narguais. Surtout, je revoyais la grosse bosse dans son pantalon, témoin incontestable de mon triomphe. À la légitime fierté que j’avais ressentie tout d’abord s’ajoutait à présent un sentiment de frustration, non que j’eusse voulu consommer l’acte avec cet inconnu qui continuait de m’indifférer, mais il me semblait maintenant que les choses s’étaient arrêtées un peu tôt. Je réalisai que j’en voulais plus. Je m’imaginais extirpant brutalement le chibre du pantalon de ma victime pour l’enserrer dans l’étau de mes doigts. Je me voyais déboutonnant complètement ma robe et lui balançant mes seins sous le nez, rien que pour voir sa tête. J’aurais voulu voir jaillir son désir de sa hampe dressée. Alors seulement, je l’aurais abandonné, m’offrant sans doute le plaisir d’un ricanement moqueur en guise d’adieu.
— À quoi penses-tu ? questionna Cécile.
— À ce type de tout à l’heure. J’aurais voulu pousser le jeu plus loin, l’humilier vraiment, cet hypocrite. Tu sais qu’il m’a prise en photos, ce salaud ! J’aurais voulu le laisser tout maculé de son sperme à la vue des gamins qui virevoltaient autour de nous.
— Eh bien ! ça ne traîne pas avec toi ! Mais ne t’en fais pas, ceci n’était qu’un avant-goût !
— Je ne me serais jamais crue capable de faire ça !
— Tu sors de ton cocon, ma grande, tu t’éveilles au monde ! Tu découvres tes pouvoirs... Elle ajouta, d’une voix plus grave : Et tu n’as encore qu’une faible idée de leur puissance.
— Cécile, je ne fais probablement encore qu’entrevoir ce que tu veux dire, mais pour moi, une chose est claire : je te dois tout.
— Allez, arrête ! protesta-t-elle, je n’ai fait qu’accélérer, un peu, quelque chose qui serait survenu de toute façon.
— Non, Cécile ! tu représentes quelque chose de très important pour moi, je t’assure. Je ne sais pas comment ça se fait mais, chaque fois que je pense à toi, je me sens toute menue, et en même temps, ça m’excite. Et comme je pense à toi tout le temps…
Cécile me dévisageait, scrutant mes traits avec cette douceur intense qui me bouleversait à chaque fois. Ses yeux brillaient dans la pénombre du taxi. Elle était d’une beauté à couper le souffle. Elle passa sa jambe par-dessus mon genou, et reposa sa cuisse sur la mienne. Je contemplai d’un regard admiratif cette chair délicieusement bronzée, ces petits poils blonds qui parsemaient sa peau de pêche à la texture si ferme et si douce, la courbe gracieuse que dessinait l’intérieur de la cuisse qui s’élargissait vers l’entrejambe invisible sous la jupe froissée. L’endroit où nos deux cuisses étaient en contact se mit à dégager une douce chaleur. Je sentis mon clitoris se réveiller, se gonfler à nouveau et m’envoyer des élancements dans tout le bas ventre. Je profitai des soubresauts du taxi pour faire glisser plus avant ma cuisse aplatie sous la sienne, pour étendre encore la surface de contact. Nous nous regardions à présent dans les yeux, gravement, sans sourire. Je réalisai que ma dépendance vis-à-vis de Cécile était encore en train de s’accroître, que je ressentais en sa présence, et ceci surtout lorsque nous nous excitions, une sorte de détresse presque douloureuse. À mon plaisir, à mon excitation même, se mêlait un élément dramatique, presque tragique, comme si nous avions vécu ensemble quelque terrifiante épreuve qui nous eût soudées pour la vie. Il lui suffisait de me regarder, de m’effleurer, pour provoquer aussitôt en moi une sorte de bouleversement de l’âme et un désordre généralisé des sens. Je m’abandonnais alors, pantelante, entièrement soumise à son bon vouloir. Je m’aperçus que j’étais en attente de quelque manifestation d’autorité, que je voulais qu’elle me brutalisât, qu’elle m’humiliât, qu’elle me fît souffrir, qu’elle me marquât d’un quelconque signe d’infamie, à tout jamais, qu’elle m’insultât, qu’elle m’adressât des propos orduriers, méprisants. Je m’abandonnais aux cahots du taxi, prenant un plaisir délicat à me laisser ainsi bercer mollement.
L’image du beau jeune homme à moto sortant de la maison de Cécile me revint soudain en mémoire. Une bouffée de chaleur me monta aussitôt au visage. Je me rendis compte que j’étais jalouse comme une tigresse. Je tentai de prendre un ton indifférent pour lui demander :
— Tiens, l’autre jour, quand je t’ai rendu visite pour la deuxième fois, j’ai croisé un motard sur le trottoir... Il sortait de chez toi.
Cécile eut un sourire énigmatique.
— Oui, et alors ?
J’avais envie de la griffer, en même temps, je sentis mon ventre se nouer. J’eus le sentiment de commettre une lourde bévue, mais je fus incapable de m’empêcher de la questionner plus avant.
— Qui était-ce ? articulai-je d’une voix blanche.
Cécile s’amusait, j’étais à la torture.
— Mais tu es jalouse, ma parole !
Elle riait franchement, j’étais furieuse. Je la regardai, soudain suppliante, en proie à une terrible angoisse.
— Cécile, je t’en supplie, ne me cache rien… je…
— Quelle sotte tu fais ! dit-elle, riant franchement. C’était François, voyons !
Elle prononça ce nom comme si son énoncé constituait en soi une explication.
— François ? fis-je, pas du tout rassurée.
Je devais avoir l’air particulièrement comique, car Cécile éclata de rire. Elle eut pitié de ma détresse, approcha son adorable bouche de mes lèvres, me caressa le visage en me regardant avec une réelle tendresse et me fit, amusée :
— Oui, François… mon frère !
Le taxi se rangeait le long du trottoir. Nous étions arrivées.
12. Ton esclave
Nous avions grimpé à toute allure le petit escalier de bois conduisant à la chambre de Cécile dans laquelle nous nous étions précipitées en riant comme deux gamines jouant à faire la course. Nous étions seules, enfin ! Nous allions pouvoir nous jeter l’une sur l’autre, nous caresser, nous dévorer. Sans perdre un instant, Cécile m’entraîna vers le lit, sur lequel elle me renversa sans ménagements. S’allongeant sur moi, elle me prit le visage à deux mains et m’embrassa avec fougue. Sa langue léchait l’intérieur de ma bouche, la parcourant en tous sens et à toute allure. Je me mis à mouiller presque aussitôt. Je m’étais emparée de ses fesses que je commençai à malaxer vigoureusement à travers le tissu de sa jupe. Elle emprisonna le haut de ma jambe entre ses cuisses qu’elle serrait comme un étau. Elle frottait convulsivement sa vulve sur ma cuisse dénudée, cherchant à écraser son fruit juteux et brûlant sur ma chair. Elle était déjà toute mouillée, en proie à une forte excitation. Déjà, sa main s’était insinuée sous ma robe et avait écarté le string. Son index se mit à raboter vigoureusement mon clitoris déjà tout gonflé. La douleur me fit pousser un petit cri aigu. Cécile n’interrompit pas pour autant son laminage qu’elle exerçait avec une sorte de frénésie. Les pointes de mes seins s’étaient durcies d’un seul coup. Pressentant que j’allais venir, Cécile interrompit son geste, soucieuse de différer l’orgasme. Délaissant mon entrejambe, elle arracha littéralement mon soutien-gorge, libérant ma poitrine qui s’épanouit sur mon torse. Elle se mit à malaxer mes seins endoloris en opérant à la surface de mes melons une série de mouvements tournants dont elle variait le rythme et la pression. Elle se mit à mordiller les pointes qui bandaient, puis à distribuer à la surface des aréoles une série de petits coups de langue pointus. Elle écrasait mes seins l’un contre l’autre, les giflait, les griffait, les enfermait entre ses doigts qu’elle disposait telles les serres d’un oiseau de proie. Brusquement, elle se mit à distribuer à la surface de mes globes de grands coups de langue voraces. Elle cracha sur mes seins pour les lubrifier davantage. Elle me tétait maintenant, comme la rousse du magasin de lingerie, aspirant mes pointes dans sa bouche, pendant que ses doigts retournaient tourmenter mon clitoris congestionné. La pression était trop forte, le mélange de plaisir et de douleur provoqua un orgasme violent. J’eus le sentiment d’exploser, de m’éparpiller en mille morceaux, de me disloquer sous l’onde de choc qui me parcourait, embrasant mon bas ventre, se répandant sur mes cuisses, enflammant mes jambes, pour remonter, telle une poussée de lave creusant son chemin jusqu’à la surface, vers ma poitrine gonflée, pénétrant le réseau des veinules réparties dans mes seins agités de spasmes, les gonflant brusquement et à l’excès, poursuivant leur montée torride vers mes joues, mes tempes, mon front qui s’embrasèrent aussitôt. Mon cœur détonnait en une succession de coups sourds, en même temps dans ma tête et dans ma poitrine. À n’en pas douter, mon sang faisait le tour complet de tout mon être en quelques instants à peine. Quoique emportée par ce maelström, je voulais être présente simultanément à tous les foyers d’incendie de mon corps embrasé, participer à chacun de ces cataclysmes, de façon à ne rien manquer de la grande fête sauvage qui me propulsait dans l’infini du plaisir. Après être demeurée un instant suspendue hors de tout, je relâchai d’un seul coup tous mes sphincters, m’abandonnant totalement. J’étais un sous-marin qui venait de faire surface et qui ouvrait toutes ses écoutilles, rejetant les eaux de ses ballasts à grands jets bruyants. Je fus le Mont-Saint-Michel à l’heure où les eaux de la marée descendante se retirent au galop.
Mon souffle s’apaisa progressivement. J’eus l’impression que ma conscience sautait de la pointe d’un sein à l’extrémité tuméfiée de mon clitoris avant de plonger dans la flaque poisseuse de ma cyprine. Par-dessus tout, je voulais que chaque centimètre carré de ma peau fût en contact avec Cécile. Je voulais me fondre en elle, me dissoudre dans sa substance. Lorsque je pus rouvrir les yeux, je vis, tout près, le visage encore rouge d’excitation d’une Cécile apparemment ravie. J’eus une sorte d’élan de tendresse apeurée, une crainte soudaine et irrépressible de la perdre. Puis prise d’une impulsion soudaine :
— Je voudrais que tu m’insultes ! fis je en la regardant avec fièvre, comme hors de moi.
Elle me regarda, interloquée.
— Qu’est-ce que tu dis ? Tu n’es pas sérieuse !… Qu'est-ce qui t’arrive ?
— Je voudrais que tu m’injuries, que tu m’humilies. Ne me demande pas pourquoi, je n’en sais rien, c’est idiot, mais c’est comme ça.
Cécile demeura un instant silencieuse, puis se penchant sur moi, me souffla à l’oreille :
— Ma chérie, ma petite salope, tu en veux encore, hein ? Attends, je vais m’occuper de toi, espèce… espèce de pute.
Ces mots me cinglaient tout en me procurant une excitation toute neuve, d’une nature que je ne connaissais pas encore. Le son exagérément douceâtre de la voix feutrée de Cécile me caressait le tympan, provoquant un doux frisson. Tout en continuant de me parler, elle parcourait toute la surface de mon corps, comme si les mots devaient pénétrer par ma peau. Elle approcha ses lèvres des miennes, mordit ma lèvre inférieure et s’écarta.
— Tu n’as pas honte, petite vicieuse ? fit-elle, dans un murmure moelleux.
Elle promena sa bouche sur mon cou, distribuant au passage une série de petits coups de langue acérés qui m’électrisèrent.
Elle arrêta ses lèvres au-dessus de mes seins. Son souffle chaud qui se répandait sur mes aréoles encore humides et sur mes pointes dressées m’impatienta. J’attendais qu’elle se décidât à me mordre ou me lécher. Cette attente m’était insupportable. Je me cambrai et gonflai ma poitrine dans l’espoir que mon sein rejoigne sa bouche, mais elle s’écarta, refusant le contact.
— Non ! fit-elle, soudain dure, on se calme ! Elle poursuivit :
— Ils sont beaux, hein, tes seins ! Attends, je vais m’en occuper !
Elle se caressa l’entrejambe et ramena sa main toute trempée de sa mouille qu’elle se mit à étaler sur la surface de mes seins. J’étais grisée par l’odeur, la sensation d’humiliation, le plaisir trouble qui s’ensuivit.
— Tiens, voilà ! Tu aimes ça, hein, espèce de sale cochonne ! Tu es une vraie salope, tu sais !
Je commençai à gémir, ondoyant du bassin, à nouveau saisie par une montée de désir. J’eus un geste vers ma vulve qu’elle arrêta aussitôt d’une petite claque.
— Tss… tss… ! Pas de ça ! On ne peut pas.
Cécile était vraiment douée : cette interdiction fit aussitôt se tendre un arc dans mon ventre.
— Je… je voudrais que… que tu m’enfonces un doigt dans le cul ! fis-je soudain sans savoir ce qui me prenait.
L’œil de Cécile s’arrondit.
— Oh, oh ! fit-elle, mais voilà qui est mieux encore ! Tu n’es vraiment qu’une dépravée, pourriture, va !
Je regardais Cécile d’un air suppliant. Ses insultes me faisaient mal, je les ressentais comme autant d’humiliations, en même temps elles me procuraient une incroyable excitation. J’étais complètement déchirée par ces sentiments contradictoires. Cécile poursuivit :
— Non, mais regarde-toi, tu es vraiment dégoûtante ! hhh… Tu suintes, tu dégoulines. Hhh… C’est dégueulasse !
Les mots qu’elle prononçait et auxquels elle n’arrivait pas à conférer la moindre vulgarité, avaient beau sonner faux, ils m’atteignaient pourtant, me faisant souffrir. Je remarquai qu’elle était à nouveau bien excitée. Je voulus mettre fin à ce jeu cruel.
— Cécile, je t’en prie… minaudai-je, ça suffit comme ça.
— Tais-toi, fit-elle, péremptoire.
Matée, je me tus. Je sentis des larmes couler sur mes joues en feu. Elle me regarda d’un air exagérément mauvais qui m’eût fait rire en d’autres circonstances.
— Cécile ! fis-je d’une voix rauque, au bord des larmes, je t’aime.
Ce disant, j’écartai les cuisses au maximum, m’offrant complètement aux caresses et aux intrusions, voire aux violences de Cécile. Je soulevai mes fesses et pointai mon pubis pour mieux m’offrir.
Cécile se jeta littéralement sur ma fente qu’elle commença à fouiller à grands coups de langue. En même temps, je sentis un doigt se poser sur la petite rosace de mon trou de cul. Le visage de Cécile émergea d’entre mes cuisses ; elle me regardait d’un air sauvage, sa bouche était toute ruisselante de ma cyprine. Elle se léchait les commissures pour recueillir une part de mon nectar dont elle sembla se délecter. Elle disparut à nouveau entre mes jambes écartelées. Elle envoya un jet de salive mêlée de mon propre jus dans la fente de mes fesses afin de lubrifier mon trou de cul. Elle enfonça lentement son index dans mon anus. Je poussai un petit cri de douleur et de surprise, commençai à résister, puis tentai de me relâcher. Le doigt progressa et rencontra la barrière des sphincters. L’ongle se mit à titiller l’anneau serré, le flattant, le caressant. Je me tortillai, tentant d’améliorer ma position afin de faciliter cette première pénétration que je ressentais comme une dégradation. Je désirais cependant avec force que mon intimité secrète fût ainsi pénétrée, presque violentée. Le doigt de Cécile décrivait de petits cercles de plus en plus insistants. La sensation se fit plus agréable, et je m’ouvris davantage. J’écartai les fesses, cherchant à mieux rencontrer le doigt inquisiteur. Les sphincters, mis en confiance, se relâchèrent, et le doigt franchit la barrière pour pénétrer plus avant dans l’ampoule rectale. Je commençai à gémir. Le doigt de Cécile se mit à cercler largement dans la grotte conquise, élargissant encore le passage, ce qui lui permit de s’adjoindre un compagnon. Les mouvements giratoires opérés dans mon trou de cul se répercutaient en ondes vibrantes sur mon clitoris qui se remit à bander. J’étais à nouveau terriblement excitée, haletante, oppressée, j’avais envie que mille mains me parcourent, que toutes les parties de mon corps fussent assaillies en même temps, comprimées, malaxées, malmenées. Je n’étais plus qu’une loque, abandonnée au bon vouloir de Cécile, son esclave, sa chose. Je pétrissais fougueusement mes seins qui tremblaient de désir. Je me pinçais les bouts puis écrasais les globes l’un sur l’autre avant de me mettre à les pétrir et les malaxer avec vigueur. Je fus emportée par une vague de jouissance qui ne cessait de se développer, m’envahissant, me submergeant toute. Il me semblait que les orgasmes s’enchaînaient les uns aux autres sans que je puisse rien y faire.
— Ah ! Cécile, hhh… ça fait mal… hhh… c’est bon… hhh… encore… hhh… Regarde-moi !
Cécile qui faisait jouer ses doigts dans mon trou de cul à présent épanoui, me lança un regard enfiévré. Elle eut un grand coup de langue vers mon conin ruisselant, elle mordilla mes lèvres, les suça, les écrasa ; la sensation fut délicieuse. Elle s’approcha de ma bouche et laissa descendre sur mes lèvres un filet de bave mêlée de mon jus. Elle recommença l’opération à plusieurs reprises, m’inondant le visage.
Je me sentais sale, diminuée, dépravée. Mais l’émotion forte que ce sentiment de dégradation m’inspirait, je l’offrais à Cécile, il était orienté vers elle, il était son fait, son butin de guerre, sa conquête.
Cécile se redressa, me chevaucha, écarta largement les cuisses et présenta son sexe juste devant ma bouche dégoulinante.
— Maintenant, tu vas me lécher, salope, fit-elle sur un ton sévère.
J’avalai un mélange de salive et de cyprine, réprimai un sanglot qui montait et me mis en devoir de lécher les lèvres humides qui frétillaient à quelques centimètres de mon visage. Cécile s’assit résolument sur ma bouche et, serrant les cuisses, emprisonna ma tête. Ce fut une sensation délicieuse : la chaleur de ses cuisses sur mes joues, mes tempes ; mes oreilles qui bourdonnaient à présent. Je secouai la tête, comme pour chercher à m’échapper. Cécile resserra aussitôt l’étau de ses cuisses. Je me mis à lécher éperdument les lèvres collées à ma bouche, ma langue parcourait ses chairs mouillées, les fouillait, les triturait, les explorait ; je suçai le clitoris turgescent qui avait pris des proportions impressionnantes. Je lui décernai une salve de coups de langue rapides.
Cécile imprimait à son bassin une série de va-et-vient de plus en plus accélérés. Brusquement, elle interrompit son mouvement, desserra l’étau de ses cuisses autour de ma tête, écarta les jambes au maximum et, se cambrant complètement, poussa son sexe vers l’avant en une saillie. Elle était à présent parfaitement immobile, figée, ne respirant plus, les paupières closes, la bouche au large ouverte, comme suspendue entre ciel et terre. Cela avait quelque chose d’irréel, de fascinant. Un bébé qui vient de faire une chute, juste avant de se mettre à hurler, a de ces moments d’effrayante immobilité : on sait que le cri va sortir, strident, mais il se fait attendre un temps qui semble démesuré, et la douleur qui ne se manifeste pas encore est déjà là pourtant, suspendue, différée, d’autant plus effrayante peut-être. C’est ce qui se passait en cet instant : Cécile était là, suspendue, crispée, dans l’attente du déclenchement imminent de quelque cataclysme. Je me demandais, un peu inquiète, ce qui allait survenir, quand la chose se produisit : brusquement, secouée par une série de spasmes rapprochés, elle laissa entendre un petit cri aigu, à peine audible et, les yeux révulsés, s’abandonna.
Une belle émission de cyprine vint se répandre à la sortie de sa grotte puis se mit à couler le long de sa raie, entre ses fesses toutes tremblantes. Comme affolée, j’usai de ma langue pour recueillir le précieux nectar salé sucré. J’étais fascinée, je regardais la coulée baveuse qui descendait, épousant joliment l’arrondi des fesses, se mêlant aux petits poils qui ralentissaient sa progression. Cécile eut un soubresaut, émit une sorte de miaulement, se raidit à nouveau et délivra une nouvelle dose de son jus intime. Le liquide semblait animé d’une forme de vie : il pétillait, telle une flaque de salive, et de petites bulles explosaient à sa surface à intervalles irréguliers. Je ressentis soudain pour Cécile un puissant élan de tendresse. J’avais l’impression d’avoir été partie prenante dans le chamboulement de ses sens.
Avoir été ainsi le témoin privilégié de sa plus absolue intimité me bouleversait. Mue par une impulsion soudaine, je plaçai ma main sur son mont de vénus et me mis à répandre son gel d’amour sur toute la surface de sa vulve. Cécile se balançait, accompagnant mes mouvements en gémissant. Elle écarta encore davantage les cuisses, s’offrant toute à ma caresse huilée. J’enfonçai mon pouce dans son trou de cul, utilisant ce point d’attache comme un axe à partir duquel je pouvais décrire un mouvement d’essuie-glace me permettant de couvrir toute la zone. Le liquide nacré couvrait maintenant la vulve, le mont de Vénus et tout l’entrejambe. Une goutte épaisse et luisante se balançait au sommet d’un petit monticule formé par quelques poils englués. La goutte se dandina un instant, puis s’étira et tomba lentement. Je pouvais, sur la zone à présent totalement lubrifiée, promener à grande vitesse ma main luisante. Je bondissais de son mont de Vénus à son trou de cul en passant par son clitoris encore écarlate et auquel j’adressai un petit coup d’ongle négligent. J’enfonçai rapidement un doigt dans son cul pour le retirer tout aussitôt et, poursuivant ma course endiablée, je pinçai son clitoris de deux petites pressions rapides, puis, du plat de la main, je pressai fortement sur la vulve comme pour en exprimer le contenu. Cécile poussa un râle d’agonisant. Elle ondoyait du bassin dans son désir d’escorter mes caresses, voire de les anticiper. Elle rentra le ventre, poussa à nouveau son pubis vers l’avant et me cria :
— Dom, c’est trop fort… je vais encore jouir !
Je vis, aux lèvres qui se mettaient à trembler, qu’une nouvelle éruption était imminente. Cécile s’aida de ses doigts pour ouvrir largement l’extrémité de son tunnel d’amour et me présenta le trou béant qui semblait me regarder tel l’œil noir de la chanson. Sans attendre, ouvrant une large bouche afin de couvrir la plus grande surface possible, je mordis le sexe offert tout en enfonçant mon majeur dans le trou de cul de Cécile qui feula son plaisir en se cabrant. Elle se martelait le mont de Vénus pour hâter l’issue qui ne tarda guère : la nouvelle émission de cyprine rencontra ma langue qui était prête. Je promenai le liquide amer dans ma bouche, l’étalant sur toute la surface de mes muqueuses. J’étais comme enivrée. Je plongeai mon regard dans celui de Cécile qui venait de s’affaisser, épuisée, l’œil vitreux. J’entrouvris les lèvres et laissai s’échapper un filet gluant qui forma aussitôt une longue larme qui se mit à courir sur mon menton et le long de mon cou. J’avalai ostensiblement le reste.
— Je te bois, Cécile, mon amour, je bois ton jus d’amour, ta substance, je m’imprègne de ton odeur, je m’imbibe de ta cyprine…, ça m’excite de te savoir ainsi répandue en moi. Je t’aime, oh, comme je t’aime.
Je me laissai aller complètement, éxténuée moi aussi par toutes nos contorsions et galipettes. Ma tête atterrit sur sa poitrine que je me mis suçoter tendrement et sans hâte. Cécile geignit doucement, les yeux à demi fermés.
— Dom, que c’était bon ! Je n’ai jamais joui comme ça auparavant. Tu es merveilleuse, tu me transportes, tu es le plus fabuleux cadeau que la vie m’ait fait, je t’aime, je t’aime.
Nos regards alanguis se croisèrent. Nos lèvres se rapprochèrent, et, une nouvelle fois nous mêlâmes nos salives et nos sécrétions. Notre baiser était lent et lourd, chargé d’une douce langueur ; nous prenions un ultime plaisir à promener dans nos bouches et à nous échanger le bol salé et gluant, témoin de nos amours, fruit de nos étreintes passionnées. J’étais à la limite de cet écœurement que produit un excès de bonne chère ou de douceurs. Nous nous endormîmes ainsi enlacées, telles deux sœurs.