Un amour de patronne 
 
 
Chapitres 6 et 7 
 
 
6. Le nid. 
 
L’établissement était assez retiré, il fallait, pour y accéder, emprunter un chemin de traverse pierreux et plutôt sinueux. Seule une petite plaque à la peinture écaillée, plus très lisible, plantée au bord de la nationale, renseignait le petit hôtel vieillot qui n’était d’ailleurs plus repris dans aucun guide ou dépliant touristique depuis plusieurs années. Les tenanciers, un couple assez âgé d’émigrés bulgares portait le curieux nom de Zorimba. Plutôt sympathiques, ils étaient visiblement habitués à recevoir une clientèle qui recherchait le calme, la tranquillité et… la discrétion. 
Christine connaissait le lieu pour s’être trouvée dans la nécessité de procurer à son ministre un discret nid d’amour afin d’abriter l’une de ses nombreuses frasques. À l’époque où elle avait découvert ce havre au cadre désuet, démodé, mais agréable et fort bien isolé, elle était loin de se douter qu’elle en userait un jour pour son propre compte. 
C’était moi qui avais réservé et avais, dès notre arrivée, signé la fiche d’hôtel sous un nom fantaisiste. L’endroit était charmant. Le bâtiment, entièrement construit en pierres du pays, était entouré d’arbres de hautes futaies et d’essences diverses. Il n’y avait d’autre accès que le chemin rocailleux par lequel nous étions arrivées. Pas de voisins à des kilomètres à la ronde : la cache idéale ! Nous n’étions pas trop éloignées de la capitale : au sortir des 60 kilomètres d’autoroute, il ne nous avait fallu parcourir la nationale que sur une dizaine de kilomètres avant d’emprunter le chemin privé qui nous avait conduit à destination. 
La chambre qui nous avait été dévolue était spacieuse, entièrement lambrissée, pourvue d’énormes radiateurs qui frissonnaient en émettant de temps à autres de petits claquements métalliques. Le papier à tapisser représentait d’immenses chrysanthèmes stylisés, à l’ancienne, ainsi que les épaisses tentures aux mêmes motifs mais aux tons inversés. Se dégageait de l’ensemble une agréable impression de confort douillet qu’une odeur de vieille boiserie venait confirmer. C’était comme un plongeon dans le passé qui accentuait encore notre impression d’isolement. 
Tout était en bois dans cette vénérable demeure, de la vaste salle à manger pourvue d’épaisses tables rustiques aux six chambres réparties sur les deux étages en passant par la superbe cage d’escalier en chêne ouvragé. Les épais tapis qui couvraient le sol de la plupart des pièces n’arrivaient guère à absorber les craquements d’un parquet passablement vétuste. L’endroit me plut aussitôt. 
Nous prîmes un repas léger mais qui s’avéra, dans sa simplicité campagnarde, tout bonnement délicieux. J’avais hâte de nous retrouver dans la chambre, chaude, douillette, où nous attendaient des délices d’une autre nature que l’excellente omelette aux champignons des bois que nous venions d’absorber. 
Christine et moi prenions apparemment le même plaisir, un rien pervers, à différer le moment où nous nous retrouverions là haut, seules enfin, libres de nous dire et de nous faire tout ce qui nous serait à nouveau interdit dès le lendemain. J’avais, vers la fin du repas, failli cédé à l’envie de poser ma main sur celle de Christine, mais je m’étais ravisée, par respect pour nos règles : rien, absolument rien d’intime en dehors du plus strict isolement. Elle faisait tournoyer délicatement le peu de vin qui restait au fond de son verre et me regardait avec tendresse, un léger sourire sur ses lèvres à peine maquillées. Son regard avait une profondeur inhabituelle, une densité particulière et il me sembla que ses yeux jetaient des feux obscurs, chargés de sensuelles promesses. 
Je sentis monter en moi une première vague de désir pour cette créature superbe, cette femme exceptionnelle, cette beauté rare qui était là, pour moi, pour moi seule, qui allait bientôt me prendre dans ses bras, me baiser les lèvres, me dévêtir, me regarder, me caresser, me peloter selon son gré, faire de moi ce qu’elle voudrait. J’aspirais à me laisser fondre entre ses bras divins, à ruisseler d’amour le long de ses jambes sculpturales. Je sentis mes seins se gonfler d’un désir impatient, mes pointes venaient de se durcir et mon ventre était déjà envahi par une douce chaleur. Je savais pourtant, à la lumière de ce qui s’était passé lors de nos premiers ébats, que les choses se dérouleraient plus vraisemblablement selon un scénario légèrement différent. Je connaissais le blocage qui bridait Christine dans ses élans, et je n’étais pas du tout persuadée que nos premiers attouchements avaient suffi à lever ses inhibitions. 
Ce serait probablement moi qui aurais à dévêtir ce corps merveilleux, qui aurais à plonger mon regard admiratif sur ses seins superbes, qui aurais le privilège de les dénuder, de les bécoter, de les pétrir, de les lécher, avant de parcourir tout son corps. Ce serait moi qui devrais, une nouvelle fois, diriger les opérations. Ce n’était pourtant pas ce rôle que je me serais attribuée, même s’il s’agissait là d’une fonction ô combien enviable, d’un privilège inespéré. J’avais vécu nos premiers ébats comme une inversion des rôles. Les ordres que je m’étais permise de donner à Christine, ma patronne, ma maîtresse, ma reine, même s’ils avaient abouti à nous procurer un vif plaisir, ne m’en semblaient pas moins frappés d’une inacceptable illégitimité. C’était à Christine que revenait, de plein droit, le privilège de guider, de diriger nos ébats. L’esclave, c’était moi, ce devait être moi. 
Comme si Christine avait voulu illustrer mes pensées, je vis, non sans appréhension, apparaître dans son regard enfiévré cette sorte de crainte, cette sourde angoisse qui avait préludé à nos premières caresses. Mue par le même type d’impulsion, je décidai de prendre les choses en mains. De toutes façons, mon désir était tel que j’aurais fait n’importe quoi pour que Christine se sentît bien et vécût pleinement les doux moments auxquels nous nous préparions. 
Vide ton verre ! lui dis-je. 
D’une certaine façon, je brisais le tabou : le tutoiement, le ton, le regard sévère dont j’avais appuyé mon injonction, tout cela était un avant-goût, résolument prématuré, de ce que nous allions vivre. 
Le visage de Christine s’empourpra en un instant. Je vis une lueur inquiète traverser ses beaux yeux soudain agrandis. Elle jeta un regard furtif à gauche, puis à droite : personne ! Ce constat sembla la rassurer. Pourtant, sa respiration s’était accélérée et je vis, pour mon plus grand ravissement, sa poitrine se soulever en cadence. Ses deux mains étaient crispées sur son verre et elle me fixait d’un regard brûlant, presque suppliant. 
Puis soudain… je faillis crier de surprise tant la chose était inattendue : je sentis, sur ma cuisse gauche, l’empreinte d’un pied. Par-dessous la table, Christine venait d’appuyer la plante de son pied dénudé sur ma cuisse. Sans attendre, celui-ci glissa vers le haut, se fraya un chemin entre mes cuisses et entra en contact avec ma vulve. J’écartai aussitôt les jambes afin de faciliter la délicieuse intrusion. Christine me massait vigoureusement la vulve au moyen de ses orteils, à la manière d’un chat qui vous laboure le ventre avant de s’y installer. Délectable caresse ! Mon excitation monta immédiatement d’un cran. Enfonçant mes fesses dans les coussins du confortable fauteuil, je poussai mon pubis à la rencontre du pied inquisiteur, m’agrippant aux bords de la lourde table afin d’assurer ma position. Christine affichait un air buté, une expression presque sauvage qui me fustigea,. La caresse se prolongeait, je fis ondoyer mon bassin, je réalisai que j’étais déjà presque sur le point de jouir. 
L’éclairage de la pièce se modifia brusquement et je réalisai, non sans effroi, que la porte venait de s’ouvrir et que la patronne de l’établissement s’avançait, d’un petit pas claudicant, vers notre table, nous souriant d’un air affable. Elle avait choisi son moment ! Elle s’enquit de savoir si tout allait bien, si nous ne manquions de rien. Je refoulai un orgasme naissant et pris une grande respiration pour me calmer. Je me rappelai opportunément, et à mon grand soulagement, que notre table était recouverte d’une ample nappe qui descendait pratiquement jusqu’au sol. 
J’avais craint une réaction intempestive de Christine, mais elle ne m’avait pas quitté des yeux et avait maintenu son pied bien en place sur ma vulve. Je répondis poliment à la brave vieille que tout était parfait, que nous ne manquions de rien et que d’ailleurs… (je faillis ne pouvoir réprimer un petit cri : Christine venait de resserrer ses orteils, augmentant sensiblement la pression sur mon sexe)… que d’ailleurs, nous allions bientôt monter nous coucher. Après m’avoir décerné un sourire charmant, l’adorable petite dame entreprit de débarrasser la table. Elle glissa ses doigts noueux sous le bord de nos assiettes, les empila sur son bras grêle et s’empara de mon verre vide avant de s’en retourner en clopinant vers sa cuisine. 
Bonne nuit ! fit-elle d’une petite voix où perçait, me sembla-t-il, une pointe d’ironie. 
Christine semblait avoir pris la décision de me faire jouir là, sur place, tout de suite. En attestaient à suffisance son regard décidé et la moue farouche qui se dessinait sur son visage. Nous demeurâmes encore assises un bon moment, à nous manger des yeux. Je voulus glisser une main sous la table afin d’écarter le tissu de ma petite culotte, mais Christine me fit un très léger « non » de la tête et je figeai mon geste. Là, je me sentais à ma place : j’étais son esclave obéissante. 
Ce simple petit signe de la tête, à cause sans doute de ce qu’il impliquait, me fouetta les sangs et, l’instant d’après, je sentis la chaleur se répandre dans tout mon corps, mes yeux se révulser et mon vagin exploser. Je réprimai un cri de jouissance. Encore toute palpitante, je me laissai aller en arrière sur le dossier du confortable fauteuil qui m’accueillit avec un « pouf » complice. Je laissai mes sens se calmer un peu puis rouvris les yeux. Christine me regardait avec une expression de triomphe enfantin ; un étrange rictus barrait le bas de son visage. Elle savourait le spectacle que je devais offrir d’une fille pantelante, essoufflée, l’œil encore vitreux. À l’évidence, elle y prenait un vif plaisir, ce dont je me félicitai. 
Lentement, elle me tendit la main, souriant avec tendresse, son regard n’avait rien perdu de son acuité. J’avançai le bras et nos mains se rencontrèrent. Je ne sais laquelle de nous deux serrait le plus fort. C’était un moment rare, intense. 
Nous nous levâmes presque en même temps, d’un même mouvement, sans nous quitter des yeux. C’était moi qui avais à passer devant elle afin de gagner la porte de la salle à manger. Mais au lieu de me diriger vers la sortie, j’allai droit sur elle. Je m’immobilisai de telle sorte qu’il ne demeurât entre nos poitrines qu’un espace infime. Son regard avait repris cette expression quelque peu angoissée que je connaissais bien à présent et il sautait d’une de mes pupilles à l’autre. Son souffle était court, sa bouche s’était entrouverte sur ce rictus douloureux qui était à nouveau apparu à la naissance de son nez. Elle était bien excitée. Abandonnant mes pupilles, elle laissa tomber les yeux sur mes seins. Son regard se fit aussitôt gourmand, ce qui me procura une bouffée d’orgueilleuse excitation. Je me cambrai aussitôt, gonflai ma poitrine et jetai les épaules en arrière comme en un mouvement de défi. Christine se mordilla les lèvres et je la vis qui, comme par puéril mimétisme, gonflait également les seins pour se mettre en valeur. 
Mes yeux allaient de son regard enfiévré à ses seins qui palpitaient, que je sentais vibrer contre la mienne. Nos bustes entrèrent en contact, ce fut un moment magique. Je me mis à frotter très doucement mes rondeurs contre les siennes. Elle me répondit aussitôt, avec la même retenue. C’était fascinant, nous étions là toutes deux, crevant de désir, en train de frotter nos grosses poitrines l’une sur l’autre. Le tissu de son chemisier était tendu à craquer : ses seins devaient bander autant que les miens. 
Je sus que Christine avait, tout comme moi, tout comme pas mal de femmes aux rondeurs avantageuses, fait de ses seins une zone érogène privilégiée. J’avais déjà eu l’occasion de recueillir à ce propos les confidences de copines de lycée ou de collègues féminines. Mais ça, ce frisson, cette vibration presque tangible, ce puissant émoi, ces sens en délire, cet œil prêt à chavirer, cette volonté d’exhiber aussi ostensiblement une poitrine qui, je n’en doutais pas, devait faire l’objet de soins méticuleux, ça ne pouvait appartenir qu’à une accro. Christine et moi étions, sur ce point, de véritables sœurs. Cette conviction qui s’imposait là m’inonda d’une grande tendresse à l’égard de ma compagne, mon alter ego. Nous prenions un égal plaisir à nous défier ainsi, à nous caresser sans user de nos mains, au moyen de ce qui était indubitablement notre atout majeur à toutes les deux. 
C’est moi qui brisai le charme. M’emparant de la main de Christine, je l’entraînai à ma suite : 
Viens ! lui dis-je simplement. 
L’escalier, comme dans la plupart des vieilles demeures, était fort raide ; les marches, assez hautes, n’étaient de surcroît pas bien profondes. En conséquence, Christine, qui me suivait, avait le nez juste à hauteur de mes fesses, et n’en était éloignée que de quelques centimètres. Sérieusement excitée par notre insolite séance de séduction dans la salle à manger, je ne pu résister à l’envie soudaine de la provoquer quelque peu. 
C’est raide, hein ! fis-je d’un ton enjoué. 
Ben plutôt, oui, me répondit-elle, amusée. 
Ostensiblement, je ralentis ma progression et, poussant les fesses vers l’arrière, j’accentuai mon déhanchement. Je savais que Christine regardait mes fesses, que, peut-être, elle aurait aimé les pétrir. Pour ma part, je crevais d’envie qu’elle le fasse. Je voulais sentir ses doigts se refermer sur ma chair offerte, je voulais qu’elle arrache ma culotte, qu’elle s’insinue dans mon tunnel déjà ruisselant, qu’elle enfonce un doigt, puis deux, dans mon con et puis dans mon cul aussi pour me faire jouir comme une salope. Dieu, que j’étais excitée ! J’entendis une petite voix rauque qui, à peine audible, protesta un peu mollement : 
Dominique, arrête ! 
La prenant au mot, je m’immobilisai malicieusement au milieu de l’escalier, les fesses brandies, le cul ouvert. 
D’accord ! dis-je, rieuse. 
Christine éclata de rire et, m’infligeant une claque sonore sur la fesse, m’intima l’ordre de poursuivre. 
Allez, avance ! fit-elle, à travers son rire. 
La claque m’avait galvanisée et, en même temps, me permit de me ressaisir tant soit peu. Oui, il valait mieux différer encore ce contact que mon corps réclamait à grands frissons. Je franchis vivement les dernières marches et, sans attendre Christine, je me précipitai à l’intérieur de la chambre. Je me plantai en plein milieu de la pièce et, face à la porte, attendis, toute frémissante, telle une collégienne. Le panneau de la vénérable porte couina sur ses vieux gonds et Christine apparut, beauté resplendissante dans l’éclairage tamisé de notre chambre. 
Lentement, elle vint me rejoindre. Nous étions toutes deux bien excitées déjà et nos joues en feu ainsi que nos respirations courtes et fortes en attestaient à suffisance. Nous demeurâmes là un long moment, immobiles, à nous contempler, l’air grave, comme recueillies. 
Par un étrange phénomène qui ne doit probablement rien au hasard, nous eûmes toutes deux en même temps le premier geste : celui de nous caresser mutuellement le visage. Délicatement, nous effleurâmes d’abord nos joues, puis, du dos de la main, nos fronts avant de descendre vers nos lèvres. C’était hallucinant : nous agissions en parfaite symétrie, comme si nous étions face à un miroir. Nos mains poursuivirent leur descente et, après avoir caressé nos cous au passage, s’immobilisèrent dans l’échancrure de nos chemisiers, à la naissance de nos seins. 
Très lentement, je me mis à déboutonner la blouse gonflée de Christine qui se laissa faire sans broncher. Mon excitation grandissait à mesure que je voyais apparaître les deux globes compacts, couleur de miel. Christine avait choisi un malicieux petit soutien en satin, très joliment orné de fine dentelle, mais nettement trop petit. La provocation érotique qu’elle en attendait ne dut pas la décevoir : à la vue de ses deux gros seins qui débordaient de l’étroit vêtement, je fus saisie d’une sorte de tremblement. Mon souffle se fit rauque, il me fallut déglutir tant ma gorge s’était asséchée, mes mains bondirent à la rencontre de la chair insolemment offerte mais, rapide comme l’éclair, Christine, attrapa mes mains au vol et les immobilisa. Son regard exprimait une sorte de triomphe fiévreux. 
Attends ! murmura-t-elle. 
— Oh, Christine ! fis-je, tu es… 
Chht ! attends ! À moi maintenant. 
Abandonnant mes mains, Christine entreprit de me déboutonner. Une sorte de frisson me parcourut lorsque je vis son regard, qu’elle s’efforçait de rendre impassible, se troubler, puis ses yeux s’agrandir lorsqu’elle eut découvert mes seins enfermés eux aussi dans un soutien-gorge qui les faisait saillir de manière arrogante. Fièrement, je me cambrai, toute frémissante. Christine eut le même geste vers ma poitrine. J’avais beau m’y attendre, elle fut plus rapide : deux mains fermes s’emparèrent de mes seins avant que j’aie pu les intercepter. Je ne m’en désolai nullement ! Je laissai les mains de Christine parcourir ma chair tout à loisir. 
Après un instant, gonflant mes poumons, j’avançai ma poitrine en désir à la rencontre de ces mains qui s’étaient mises à pétrir mes rondeurs avec une vigueur fébrile. Fermant les yeux, je m’abandonnai à ces délicieuses caresses. Je sentis mon bas-ventre s’embraser à nouveau, mes seins fourmillaient, s’épanouissaient sous les tendres caresses des mains fines de ma compagne. Ouvrant les yeux, je me ressaisis. 
Dégrafe-toi ! chuchotai-je, impatiente soudain de la voir nue, de la contempler. 
Le mouvement qu’elle fit pour dégrafer son mini-soutien fit pigeonner sa poitrine, en accentuant encore les courbes sensuelles. Je m’émerveillai de voir s’épanouir sous mes yeux les deux balles de chair qui se dandinèrent un instant avant de trouver leur position. Les larges aréoles me regardaient à nouveau de cet air goguenard qui m’avait jetée dans un tel émoi la première fois. Mon cœur se mit à battre à tout rompre. Toute à mon admiration, je ne m’étais pas aperçue que Christine, qui m’observait, se délectait du plaisir que je prenais à contempler ses charmes. 
Qu’est-ce que tu es belle ! dis-je, d’une petite voix timide. Oh, Christine ! Dieu que tu es… tu es magnifique !… 
Je vis le sang lui monter au visage : elle rougissait sous le compliment, comme une gamine ! J’en fus toute attendrie. 
Elle avait à nouveau les yeux fixés sur ma poitrine. Je portais un soutien qui s’ouvrait par devant : en un tournemain, je fis sauter la fermeture et brandis fièrement mes seins vers Christine dont le visage vira à l’écarlate. 
Dominique ! mais qu’est-ce que tu es belle !…C’est pas vrai !… Je n’ai jamais rien vu d’aussi sexy, d’aussi excitant… Elle haletait, le souffle court, la voix rauque. 
Avant que j’aie pu esquisser le moindre geste, elle s’était emparée de mes seins qu’elle écrasait l’un sur l’autre tout en enfonçant ses pouces dans mes aréoles, ce qui m’arracha un gémissement de plaisir. Après avoir littéralement dévoré des yeux ma poitrine ainsi emprisonnée entre ses doigts, elle enfonça soudain son visage entre mes seins avant de se mettre à leur distribuer de larges coups de langue voraces tout en les triturant. Je me laissai ainsi délicieusement violenter et, prenant la tête de Christine entre mes mains, je l’appuyai sur mes melons afin d’accentuer les voluptueuses sensations qui me parcouraient toute. Délectables caresses qui me mettaient en transes ! Je levai la tête, les yeux révulsés : l’orgasme était là que je laissai m’envahir sans réserve. 
S’étant aperçue que je jouissais, Christine entreprit de me débarrasser de ma jupette et de mon slip, ce qui fut fait en un tournemain. Avant de laisser choir sur le sol ma petite culotte toute maculée, elle y fourra son nez et la huma fortement. Dès que je fus nue, elle me souleva avec une force que je ne lui soupçonnais pas et me jeta sur le lit qui émit une molle protestation grinçante. Avec fièvre, elle fit glisser sa jupe sur l’épais tapis puis se débarrassa de son slip. Lorsqu’elle se redressa, je me dis que j’avais décidément sous les yeux la plus belle femme du monde, avec son visage harmonieux, son nez droit, légèrement pointu, ses lèvres charnues, son menton volontaire, le tout surmonté de cette superbe chevelure ondulée qui balayait à présent sa nuque et mangeait une partie de son visage ; avec ces épaules bien dessinées, ces longs bras fins et musclés, ces mains de pianiste ; avec son long torse sur lequel trônaient les plus beaux seins que j’avais jamais vus, amples, généreux, chargés d’une incroyable sensualité ; avec ce ventre plat qui laissait deviner une solide musculature, avec ces longues jambes aux courbes admirablement dessinées ; avec enfin ce nid d’amour rehaussé d’une élégante toison frisottante… Non ! je ne crois pas qu’il y eût plus belle femme au monde ! Et ce trésor absolu était là, pour moi ! Inconcevable bonheur ! Je crus rêver lorsque cette merveilleuse créature vint me rejoindre sur le lit. Elle enjamba souplement mon corps alangui et, un genou enfoncé de chaque côté de mes hanches, me dominant de toute sa hauteur, me dit en rougissant : 
Montre-toi ! 
L’émoi que je ressentis à l’audition de son injonction ne me laissa aucun doute : là, j’étais à ma place, dominée, recevant des ordres, heureuse de m’y soumettre. 
Ramenant les mains dans ma chevelure que je fis bouffer, je me mis à faire ondoyer mon corps sous le regard gourmand de Christine qui, à mon grand étonnement, se mit à se masturber sans la moindre fausse pudeur. Rentrant mon ventre pour mieux pousser mon pubis vers l’avant, j’écartai les cuisses pour offrir aux yeux attentifs de ma compagne le spectacle de la femme amoureuse que j’étais, soumise, en désir, en attente de ses caresses, de son bon vouloir. 
C’est à toi tout ça ! lui dis-je en la fixant intensément, tout mon corps tendu vers elle en une offrande absolue. Je conçus un regain d’excitation à voir Christine se masturber ainsi juste au-dessus de moi, à cause du spectacle que je lui offrais. L’orgasme s’annonçait à nouveau. Délaissant mes cheveux, je ramenai mes mains autour de ma vulve que je présentai à Christine comme une oblation. Au moyen de mes doigts, j’écartai mes lèvres afin de mieux exhiber le trou rose et béant de mon désir éperdu. Ma vulve montait et descendait vers elle en un appel pressant. Je voulais sentir ses doigts, ses lèvres, dans mon con, dans mon cul, je la voulais, oh ! je la voulais… 
Surexcitée, je fis remonter mes mains vers mon ventre que je caressai un instant, remontant vers mes côtes flottantes. Christine haletait au-dessus de moi, elle n’allait pas tarder à jouir, elle aussi. Au bord de l’orgasme, la vue déjà brouillée, je me mis à malaxer mes seins, les entrechoquai, les agitai en tous sens, les écrasai l’un sur l’autre, en pinçai les pointes, les étirai. Je sentis que je perdais toute mesure. Soudain, en même temps que je sentis un poids s’installer sur mon basin, je vis deux grosses boules de chair se balancer sous mes yeux. Je pouvais voir de tout près la chair distendue des seins gonflés par l’attente, les larges aréoles qui me fixaient, étonnées, avides, avec leurs pointes dressées qui, gorgées de sang, dardaient, agressives, telles deux pics prêts à m’emboutir, à me blesser. Christine se mit à me gifler le visage au moyen de ses seins. Cela fit de grands « flic, flac ». Dieu, que j’adorai le contact, trop fugace, presque frustrant, de cette chair ferme et souple, chaude et douce. Je tentai d’attraper un mamelon au passage, mais c’était peine perdue : Christine se refusa et poursuivit son délicieux matraquage. Affolée, excitée au dernier degré, je délaissai mes seins et attrapai au vol ceux de Christine que je me mis aussitôt à malaxer avec frénésie. 
Elle poussa un petit cri de plaisir et s’empara de mes seins qu’elle se mit à pétrir vigoureusement. Nous nous regardions à présent, éperdues, en train de nous peloter l’une l’autre avec une fougue insatiable, tandis que nos vulves s’entrechoquaient, se frottaient convulsivement. J’écrasai en même temps les deux seins de Christine qui couina de plaisir. Les aréoles ainsi prises en étau, déformées par l’écrasement, semblaient me supplier. Je jouis la première, comme une bête. J’arrivai, tout en hurlant mon plaisir, à garder les yeux grands ouverts, ne voulant pas quitter le regard halluciné de Christine, et à continuer de pétrir ses gros seins qu’elle me tendait et écrasait de ses mains pour mieux les offrir à mes caresses. Je sentis le liquide chaud et poisseux sourdre de mon orifice par petites saccades brusques. 
Tout se mit à tourner autour de moi, ma vue se brouilla, je crois que je dus perdre conscience un instant. Lorsque je revins à moi, Christine, la tête renversée en arrière, se secouait comme une démente dans l’attente d’un orgasme qui s’annonçait majeur. Me glissant sous elle en souplesse, je me mis à lui lécher la vulve à grands coups de langue. Emprisonnant la vulve ruisselante entre mes mâchoires, je m’emparai prestement de son clitoris à qui j’imposai un feu roulant de petits coups nets et précis du bout de ma langue. En même temps, je pétrissais les fesses musclées de Christine qui se mit à jouir à son tour. J’avais senti venir l’orgasme à la raideur soudaine du corps, à ce suspens, toujours émouvant, qui précède la délivrance. J’ouvris la bouche en grand pour recueillir religieusement le nectar d’amour de ma belle maîtresse. Dès qu’elle se mit à couler, j’absorbai sa cyprine transparente en une série de grands coups de langue gourmands. Dieu, que c’était bon ! Sa mouille, le goût citronné, un peu salé aussi, je l’avalai avec une délectation quasi religieuse. 
J’accompagnai Christine dans l’alanguissement qui s’ensuivit et qui marquait la fin de son violent orgasme. Nous nous retrouvâmes étroitement enlacées, toutes poisseuses de nos sécrétions, encore haletantes et épuisées, mais combien ravies. 
 
7. Balade champêtre. 
C’est un bruit d’eau qui me réveilla. J’ouvris les yeux et compris aussitôt, en voyant la place vide à mes côtés dans le grand lit, que Christine faisait sa toilette matinale. Je m’étirai, bâillai, et attendis que Christine sortît de la petite salle de bains. Après quelques minutes durant lesquelles je m’étais amusée à imaginer l’eau ruisselant le long de son corps, elle pénétra dans la chambre, nue, une serviette nouée autour des cheveux, souriante, superbe. Elle s’approcha aussitôt, s’assit sur le bord du lit et me baisa tendrement les lèvres. 
Que tu es belle ! lui dis-je, sincèrement admirative. 
Elle me sourit, posa un doigt en travers de ma bouche pour me faire taire et affirma : 
C’est toi qui es belle, ma Dominique ! Et puis, sans transition : Allez ! va vite te doucher, je meurs de faim. 
L’eau fraîche acheva de me réveiller. Je venais de commencer de m’essuyer lorsque je sentis le regard de Christine posé sur mon corps nu. Je me retournai, rieuse : 
Allez ! laisse-moi tranquille
Mais Christine s’approcha et se mit à me bécoter la nuque en riant. Me débattant, je me mis à la chatouiller un peu partout. S’engagea une petite lutte qui se termina en fous rires. À l’eau de la douche se mêlèrent discrètement quelques larmes de bonheur. 
o o O o o 
Pendant que Christine prenait son café, à petite lampées, dans l’éclairage un peu cru d’une matinée où un soleil paresseux ne se décidait pas à dégager le ciel plutôt chargé, je me surpris à contempler à nouveau l’harmonie des traits de son visage, le tracé précis de son nez, l’épaisseur de ses lèvres charnues, l’éclat de son teint, le délié de son cou… Quelle belle fille ! pensai-je, quelle femme exceptionnelle ! Je n’arrivais pas à croire à ma chance. Elle posa sa tasse de café et me lança, avec un sourire coquin : 
Arrête de me regarder comme ça !… Allez, viens, on va faire une balade
Les patrons nous avaient indiqué un petit chemin, une cinquantaine de mètres en contrebas, vers la nationale, qui partait vers l’est et qui, sur quelques kilomètres, longeait les champs, des prés, puis une rivière. La balade s’avéra des plus agréables, malgré un soleil qui demeurait timide. Après avoir marché pas loin d’une heure dans un décor champêtre tout à fait charmant, nous nous assîmes côte à côte sur un rocher qui surplombait la rivière, un ruisseau en réalité, aux eaux limpides et au trajet sinueux. À part un paysan aperçu dans le lointain, au haut d’une colline, nous n’avions croisé personne. Nous avions le sentiment d’être au bout du monde. Outre le doux murmure des eaux paisibles, divers chants d’oiseaux nous parvenaient, de loin en loin. 
Quelle paix ! soupira Christine après quelques minutes de silence. 
Oui, quel calme !… ça fait du bien ! 
Je laissai aller ma tête sur son épaule. Elle appuya sa joue sur ma chevelure qu’elle se mit à lisser paisiblement. Nous étions toutes deux en short et je ne me lassais pas de contempler la courbe harmonieuse que formait la cuisse de Christine, écrasée sur le rocher. Je posai une main sur cette cuisse agréablement musclée et la palpai tendrement. 
Qu’est-ce qu’on est bien ! murmurai-je. 
Elle passa son bras par-dessus mon épaule et se mit à me caresser doucement l’avant-bras. 
Tu sais, il y a longtemps que j’attendais ça ! confia-t-elle. 
Tu… tu veux dire ?… 
Oui ! ça faisait des semaines que je t’observais, que je te guettais, que j’attendais… un signe… un mot… un geste. 
Eberluée, je me redressai et la regardai, incrédule. 
Tu te fiches de moi ! ce n’est pas possible ! 
Eh ! c’est pourtant comme ça ! fit-elle, souriant de toutes ses dents. 
Je fus secouée d’une sorte de rire nerveux. 
Ben, ça alors ! quand je pense que… 
Que quoi ?… fit-elle, mi amusée, mi intriguée. 
Je me mis à lui raconter tout ce que j’éprouvais depuis tout ce temps, à quel point j’avais souffert de ce que je prenais pour indifférence de sa part. Cette sorte de confession m’était un soulagement, une délivrance. 
Tu sais Christine, ça fait des semaines que je te désire, que… que je t’aime. Oui, que je t’aime comme…comme une folle. J’avais les larmes aux yeux, j’étais comme une enfant, éperdue, presque apeurée. Mais comment fais-tu — ne le prends pas mal — pour donner une telle impression d’indifférence, de froideur ?… Je n’avais rien deviné, rien senti ! Quelle conne je fais ! 
— J’ignorais complètement tout ça, Dominique ! Je n’imaginais pas… Elle était émue, elle aussi, je le voyais bien, et ce me fut une consolation. S’enhardissant, elle ajouta : Depuis le premier instant où je t’ai vue, j’ai su que quelque chose de fort existait entre nous. Je crois que je t’ai aimée tout de suite, même si j’ai mis du temps à l’admettre
Son sourire, un peu triste, m’émut plus que tout discours n’aurait pu le faire. Je me blottis dans ses bras. Je m’étais remise à caresser tendrement sa cuisse. Après avoir marqué une courte pause, elle reprit : 
Au début, j’ai cru que c’était purement sexuel. Je te désirais, je l’avoue, pour ton corps : je te trouvais si belle, si bien bâtie, si sexy ! Mais très vite, j’ai réalisé que c’était bien plus que ça, et alors, j’ai commencé à paniquer vraiment ! D’où ma… discrétion. 
Mais alors… J’avais du mal à réaliser. Alors, depuis le début, tu… 
— Oui ! Je te regardais à la dérobée. Une fois même… Elle sourit curieusement. Tu étais de garde à l’accueil, dans le grand hall, à la sortie des ascenseurs, je t’ai observée… Elle rit franchement. … à travers la caméra de surveillance. Je pouffai : 
Quoi ? la caméra de… 
— Oui ! c’est plutôt ridicule, non ? En réalité, je ne savais pas quoi inventer pour provoquer… pour faire en sorte que… Elle cherchait à dissimuler sa gêne. Tu comprends ?… Je n’ai jamais touché… une femme avant… avant toi. Cet aveu lui avait mis le feu aux joues. C’était déroutant. J’en fus toute retournée. Elle poursuivit : 
Je ne savais même pas que ça allait m’arriver ! Ça a été si soudain. En réalité, j’ai commencé par lutter contre moi-même. Ça a été terrible, j’étais complètement tiraillée… J’étais même arrivée au bureau un matin avec l’intention de… Elle s’interrompit brusquement et me regarda, très émue. 
Avec l’intention de quoi ? questionnai-je, inquiète. 
De te virer ! articula-t-elle, sur le souffle. 
Oh ! fis-je, choquée. C’est vrai ? 
Eh oui !… Mais quand je t’ai vue, là, devant moi, si belle, à la fois rayonnante et modeste, simple, humble, si vivante, si présente, je me suis mise à t’aimer vraiment. Ça a été comme un bond en avant. 
Nous nous regardâmes longuement, avec une ineffable tendresse, sans désir, sans penser à rien, heureuses d’être là, d’être en vie, de nous appartenir. Nous nous sentions transparentes, limpides. Nous écoutâmes un moment le doux murmure du ruisseau qu’accompagnait le chant pointu des oiseaux. Christine reprit : 
Et puis un soir… j’ai fait une première tentative… disons… de séduction. Qu’est-ce que j’ai pu mal m’y prendre ! 
Je la dévisageai, les yeux écarquillés. 
Quoi ?… tu veux dire… 
Je cherchais à me rapprocher de toi… Je ne savais vraiment pas comment m’y prendre… C’est stupide, non ? fit-elle en souriant de façon ironique, se moquant d’elle-même. 
Ben, pas tant que ça ! répondis-je. Tu sais, j’étais drôlement troublée, moi aussi. J’avais du mal à cacher mes émotions
C’est idiot ! Je ne me doutais pas… 
— En tous cas, toi, comme comédienne !… 
Ça ! on peut dire que j’ai appris à dissimuler mes sentiments et à brider mes émotions. Mais à quel prix ! Quand je pense que j’ai failli t’éloigner de moi… Elle me fixa tendrement, puis ajouta, avec un sourire coquin : Après ce premier échec, j’avais décidé de mettre le paquet. 
La seconde séance de massage ! fis-je en riant. 
Oui ! Mais ça ne s’est pas du tout passé comme je l’avais prévu
Ah ? 
— Non ! J’espérais te faire perdre les pédales en forçant le contact physique. J’étais prête, je me contrôlais parfaitement, et puis… 
— Et puis quoi ?… J’étais suspendue à ses lèvres. 
Et puis, je t’ai vue me regarder. 
Oh ! m’exclamai-je, rougissante, prise d’une honte rétrospective. Tu ne dormais pas ! 
— Non ! Je… je t’observais à travers mes paupières à peine entrouvertes. 
— Ah, ben ça alors !… 
— Et c’est là que j’ai compris, à la façon que tu avais de me regarder, que tu en pinçais pour moi. C’était tellement inattendu, tellement inespéré, que je ne savais plus du tout quoi faire. J’étais complètement perdue ! Faute de mieux, j’ai décidé de m’en tenir à ce que j’avais prévu. Au début, j’ai tenu bon, mais j’étais excitée comme une puce. J’attendais… j’espérais... Mais comme tu ne te décidais pas… Oh ! tu n’imagines pas avec quelle force j’espérais que tu me touches. Dès le début du massage, ça a été une épreuve. Je m’empêchais de frissonner, de céder au désir de te serrer contre moi, de t’embrasser… de… ah !… Je voulais que tu me caresses, que tu… Et puis je me suis décidée à enlever mon chemisier pour… pour t’aguicher ! Je voulais que tu me regardes, que tu me désires, mais en même temps, j’avais peur de croiser ton regard. C’était une vraie torture ! 
— C’est dingue ! J’en avais des frissons rétrospectifs. Elle poursuivit : 
— Quand tu as commencé à me caresser le dos, j’ai cru que j’allais me mettre à hurler, je n’en pouvais plus. Et… quand je me suis retournée, j’étais toute paniquée, malgré — et, au fond, peut-être à cause de — ce que je venais de découvrir… je… je n’osais pas… j’étais comme paralysée… mais qu’est-ce que je te désirais ! tu n’as pas idée… 
— Si ! murmurai-je, souriante. C’en était presque effrayant ! 
— Mes seins me faisaient mal, la tête me tournait, j’étais toute fiévreuse, j’ai cru que j’allais me sentir mal. Et puis nous nous sommes enfin trouvées… 
J’étais sidérée. Comment, cette belle fille qui m’en avait fait baver, dont je pensais qu’elle ne se souciait de moi que sur un plan strictement professionnel, me… me désirait depuis le tout début !… Je n’en revenais pas. Avais-je pu être bête ! J’éclatai de rire lorsque j’entendis Christine prononcer : 
C’que j’ai pu être bête ! 
Une chose restait mystérieuse cependant, c’était sa bizarre inhibition. Mais il devait s’agir là de quelque chose de bien lointain, d’une blessure plus que probablement, aussi n’osai-je pas aborder la question. Mais Christine aborda elle-même le sujet avec un sang-froid apparent qui me laissa pantoise : 
Tu te demandes ce qui a pu me retenir, hein ? 
— Ben… 
— Ben voyons ! Son visage s’assombrit tout à coup. Elle poursuivit : 
Tu sais, c’est assez simple au fond : avant notre rencontre, j’étais plutôt mal, au plan affectif et… et même sexuel. Quand j’étais encore lycéenne, vers quatorze ans, j’étais déjà bien développée, si tu vois ce que je veux dire… Un soir, alors que je revenais d’une boum avec des copains — ils m’avaient laissée à deux pas de chez mes parents — j’ai été… je me suis fait… violer. Christine faisait un effort considérable pour s’exprimer, elle avait pratiquement craché le dernier mot, comme pour jeter loin d’elle l’affreux souvenir. Elle se mit à sangloter. Je l’enlaçai aussitôt et la serrai fort. Elle était comme une petite fille entre mes bras. Elle se reprit très vite cependant : 
Alors… alors tu sais depuis, mes relations avec les hommes… ça a été plutôt nul. J’ai essayé de me forcer, je me disais que cette connerie ne pouvait pas foutre aussi bêtement ma vie en l’air, mais… rien à faire ! Alors je me les suis envoyés, l’un derrière l’autre, comme une drogue. Pour le sexe, brutal et dur, bestial et sec, sans amour… la baise, quoi ! pour hurler d’un plaisir abrutissant, pour m’assommer. 
Et tu n’en as pas trouvé qui… Elle m’interrompit, en proie à un brusque accès de colère : 
Une bande d’obsédés ! Ah, pour me reluquer, me draguer, ça, ils se sont tous montrés très forts ! des promesses et des serments, j’en ai eu à foison ! Mais pour ce qui est d’obtenir de ces cochons en rut un semblant de compréhension, de tendresse, de douceur… Oh ! c’est pas ça, ils insistaient, ils s’accrochaient, des mois durant, parfois, mais moi, une fois déçue, c’est fini ! Il y en a bien eu un ou deux, les pires en fin de compte, qui avaient bien joué leur sale petite comédie. Cet André à la con, par exemple, qui jouait les compréhensifs, les philosophes, les gourous… Le jour où j’ai vu clair, ça n’a pas traîné, va…  
Christine se vidait, à l’évidence, ça lui faisait du bien. Je la laissai se soulager de toute cette rancune, de tout ce chagrin. Elle m’entretint longuement de ses expériences ratées, du fiasco de sa vie sentimentale et du désert aride qu’était devenue sa vie sexuelle. Lorsqu’elle se fut calmée, je la berçai longuement, maternellement, sans mot dire. Elle se moucha, me sourit et conclut : 
Même les femmes, tu sais !… Je me suis laissée embobiner par la femme d’un des attachés de cabinet du ministère où je travaillais avant d’être nommée ici. Elle était psychothérapeute professionnelle ! Assez sympa, plutôt directe, pas vilaine du tout d’ailleurs. Je dois reconnaître qu’elle avait deviné assez tôt que j’avais… un léger problème. Elle a réussi à m’attirer sur son canapé. J’ai vite compris où elle voulait en venir. 
Mais… commençai-je. 
Mais toi, coupa-t-elle, toi, c’est autre chose. Avec toi, c’est large, c’est vaste, c’est profond, c’est… j’ai senti tout de suite que tu respectais ce que je suis, même sans me connaître, parce que c’est ta nature. J’ai su très tôt que, pour toi, je ne suis pas qu’un cul et une paire de seins ! Elle se mit à rire à travers ses larmes et ajouta, à nouveau coquine : Et pourtant Dieu sait si le cul est partie prenante dans notre équipée !… 
Christine, tu sais bien… 
— Oui, oui, ma chérie, je sais… ne t’en fais pas ! Tu n’as aucune raison de t’inquiéter : je t’aime, je t’aime vraiment, ça, je le sais, du plus profond de mon être. Ne l’oublie jamais… Mais assez parlé de moi ! Toi, dis moi… 
Moi ?… Je ne suis pas passée bien loin du viol, mais j’ai eu plus de chance que toi, apparemment, et j’en ai été quitte pour quelques ecchymoses et une grosse frayeur. Ce sont mes cris qui m’ont sauvée… Non, je crois que mon histoire est désespérément simple : je n’ai pas eu de chance, voilà tout ! 
Pourtant, bâtie comme tu l’es… 
— C’est justement ça, le problème ! Je crois que, à quelques rares exceptions près, je n’ai connu que des mâles présomptueux, incapables de canaliser leur rut et des machos exaspérants. Ah ! j’en ai tâté de ceux-là ! Pour ce qui est des compliments, chapeau, mais alors au plumard, c’était presque toujours la Bérézina ! 
— Ah ? 
— Quand je ne tombais pas sur un éjaculateur précoce, c’était un maniaque ou un obsédé, ou alors un fétichiste, ou encore un benêt sentimental… À un moment, je m’étais fait une raison : je ne recherchais plus que la baise, la bonne baise, me faire défoncer, quoi ! Je reconnais que j’ai connu de grands moments, que j’ai vu des bittes impressionnantes, à l’endurance olympique. Mais alors, gérer la connerie des propriétaires de ces supers outils, ce fut vite au-dessus de mes forces ! 
Le récit, passablement enjolivé de mes plus belles escapades nous fit rire aux éclats pendant de longs moments. Je venais de terminer l’histoire navrante d’un bellâtre italien particulièrement bien membré, mais incapable de tenir une érection digne de ce nom plus de cinq minutes, quand Christine me fit remarquer : 
— Je crois que nous ferions bien de reprendre le chemin du retour, il y a un bon moment que nous sommes là ! 
— Tu as raison, allons-y ! 
o o O o o 
 
Après le déjeuner, délicieux, nous montâmes dans la chambre afin d’y faire une petite sieste qui, naturellement dégénéra assez rapidement, et nous connûmes à nouveau ces moments merveilleux, presque indicibles, où la main qui caresse allume le corps parcouru des mille feux de la passion ; où les corps enlacés cherchent à se fondre en une glaise cosmique ; où les regards rivés l’un à l’autre deviennent les couloirs incandescents du désir, témoins mêlés des grands bouleversements des corps projetés hors d’eux-mêmes, prêts au grand départ, au renoncement de soi, à la fusion suprême ; où les souffles haletants prennent la vigueur des forges ronflantes des temps jadis, lorsque l’écarlate des visages enfiévrés renvoie aux chairs affolées, parcourues des ondes telluriques du désir ; où les tempes, habitées du sourd grondement des chairs en désordre, battent au rythme même des cœurs déréglés ; où les cloisons intimes se tendent en prévision de l’imminente rupture ; où, des pylônes menus dressés en leurs grottes béantes répandent par tout le corps électrifié les ondes de choc de l’orgasme naissant ; où, de la pointe des seins prêts à éclater se propagent, tels raz de marée, les fulgurances annonciatrices des grandes pâmoisons ; où les odeurs affolantes et pointues des gluantes liqueurs du plaisir se mettent à sourdre avec une vigueur accrue ; où, enfin, les digues se rompent et répandent en un long chant fluvial l’exultation vertigineuse des chairs en éruption. 
o o O o o 
Christine, la tête appuyée sur mon sein encore tout palpitant au terme de nos étreintes, me confia : 
Tu sais, je ne t’ai pas tout dit. 
— Ah ? fis-je, intriguée. 
Non ! Vers treize ans, mon père m’a surprise en train de me masturber dans mon lit. 
Ah ! je vois… Et alors ? 
— J’ai eu droit à une de ces fessées ! Après m’avoir battue, il m’a demandé comment j’en étais arrivée à prendre « une si vilaine habitude ». Je n’osais rien dire, mais il a tellement insisté que j’ai fini par lui dire la vérité : que c’était bon, que ça me faisait du bien. Alors, il m’a obligée à me masturber en sa présence. C’était l’horreur ! Je ne prenais évidemment plus aucun plaisir. Ça s’est reproduit plusieurs fois. Après quelque temps, « pour m’aider » — c’est ce qu’il disait — il me pelotait les seins. À l’époque, ma poitrine était en train de se développer de façon impressionnante. Il devenait tout rouge, il prenait son pied, c’est sûr. En revanche, il ne m’a jamais violée. Je crois qu’il devait en souffrir. Quoi qu’il en soit, depuis, je vis le sexe comme une chose honteuse. Il est clair que le viol survenu à peine quatre ans plus tard n’a rien arrangé. 
Je vois ! Mue par une soudaine impulsion, j’ajoutai sans réfléchir : Tu sais, Christine, si tu as besoin que je te dise ou que je te fasses certaines choses… 
À la violence de sa réaction, je sus que j’avais commis une erreur, je crus l’avoir blessée. Relevant la tête, elle me fixa, le regard soudain dur : 
Comment le sais-tu ? 
— Comment je sais quoi ? fis-je, interloquée. 
Son expression sévère s’effaça aussi vite qu’elle était apparue, et c’est sur un ton presque honteux qu’elle me dit : 
Oh ! rien
Je sentis que j’avais touché un point des plus sensible et décidai de laisser mûrir les choses. C’était là la première fausse note entre nous, et j’en étais toute chagrinée. Mais Christine se remit à me câliner et à me prodiguer mille tendresses, comme si rien ne s’était passé. 
 
 
Suite et fin : chapitres 8 à 10 
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