La Chrysalide
Chapitres 5 à 8
5. Première visite
Cécile habitait un quartier chic. Je m’en doutais, à l’énoncé de l’adresse qu’elle m’avait communiquée. Je ne m’attendais pas toutefois à me trouver, au moment de donner le coup de sonnette annonciateur de ma visite, sur le perron d’une aussi luxueuse maison de maître. Le bâtiment devait remonter à la fin du XIXe siècle, et l’entrelacement des charpentes et des vitraux qui apparaissaient aux larges fenêtres laissaient deviner l’ « Art Nouveau ».
Une domestique à la peau foncée vint m’ouvrir, probablement une Sud-Américaine. Elle m’invita à la suivre, et nous montâmes le grand escalier de marbre blanc qui nous conduisit à un vestibule spacieux et richement décoré : grands miroirs aux encadrements dorés, commodes anciennes, guéridons aux pieds torsadés, lustres imposants, larges portes à doubles battants, boutons de porte en cuivre ouvragé, le tout parfaitement entretenu. La domestique me désigna un élégant escalier de bois qui devait conduire aux chambres. Je commençais de l’escalader. Cécile m’attendait sur le palier. Elle portait une robe légère qui laissait ses épaules bien dégagées et ses bras nus. Elle m’accueillit avec un sourire chaleureux, me prit la main et m’aida à franchir les deux dernières marches. Elle murmura :
— Je suis contente que tu sois venue ! Viens, suis-moi.
Sans me lâcher la main, elle m’attira à sa suite vers une des pièces dont la porte était restée ouverte. La chambre de Cécile me parut immense comparée à la chambrette, pourtant confortable, dont je disposais dans l’appartement de mes parents. Le secrétaire Louis XVI qui servait de bureau était une véritable pièce de musée. Je parcourus l’ensemble d’un regard admiratif.
— Dis donc, lui fis-je, tu es plutôt bien logée !
— Oui, c’est pas mal, mais il n’y a pas que des avantages, tu sais !
— Tu veux dire… d’être friquée ?
— Oui. J’ai souvent la sensation d’étouffer ici.
Tout en me parlant, Cécile me mangeait des yeux. Elle avait, sous son apparente impassibilité habituelle, un air gourmand que je ne lui avais jamais vu. J’en ressentis une certaine gêne mêlée de fierté.
— Asseyons-nous ici, poursuivit-elle en m’entraînant vers un superbe canapé de style. À peine assises, elle passa furtivement la main dans ma chevelure afin de réajuster une mèche rebelle, puis, affichant un air grave, laissa ses doigts descendre lentement le long de mon visage. Elle laissa aller sa tête en arrière, et je vis sa bouche s’entrouvrir pendant qu’elle me caressait la joue avec une infinie douceur. Cet effleurement délicat m’électrisa. Je sentis ma gorge s’assécher et une série de picotements me parcourir les seins et le bas-ventre. Cécile alla droit au but :
— Dis-moi, qu’est-ce qui t’est arrivé hier au cours de sciences nat’ ?
Une sourde angoisse me saisit à la gorge. En même temps, elle avait prononcé ces mots d’une voix si douce que j’en ressentis comme une sorte de caresse. Elle me regardait dans les yeux, avec une vibrante intensité, et j’eus le sentiment qu’elle connaissait la réponse à sa question. Je bredouillai un semblant de réponse :
— Eh bien… je ne sais pas trop… je… j’ai été troublée par… par quelque chose…
De tout mon être, je l’appelais au secours. Ne se rendait-elle pas compte qu’elle m’infligeait un véritable supplice ?
— Tu étais toute bizarre !… Tu me regardais d’une si drôle de façon…
Je réalisai qu’elle était aussi émue, aussi intimidée que moi. Un léger tremblement de sa lèvre inférieure, à peine perceptible, me renseigna sur le trouble qui l’habitait. Elle eut tout à coup l’air complètement perdu, ses yeux se vidèrent de toute expression. Elle se mit à respirer plus fort ; la chose était d’autant plus perceptible qu’elle demeurait parfaitement immobile. Je ne pus m’empêcher de laisser mon regard couler vers sa poitrine qui se soulevait en cadence. Je fus aussitôt envahie par une vague de chaleur qui me monta au visage, je sentis les battements de mon cœur s’accélérer, je fus comme prise de panique. Je me maîtrisai pourtant.
— Oui, je… il m’arrive parfois, quand… quand je suis très émue, de… de perdre un peu les pédales. Je sentis que je m’étais piégée. Cécile ne manqua pas l’occasion d’en tirer parti ; la phrase que je redoutais tomba, inéluctable :
— Et… qu’est-ce qui a bien pu… t’émouvoir à ce point ?
L’intensité de son regard devenait insoutenable, elle me mettait à la torture ! Je ne savais plus que faire, que dire, qu’inventer. Ce fut elle qui vint à mon secours :
— Tu sais, je… je crois que moi aussi je… j’étais un peu… émue.
Je sentis soudain que je commençais à mouiller. D'un seul coup, je me rendis compte que j’étais complètement excitée. Je contins à grand-peine une irrépressible envie de me jeter dans les bras de Cécile, d’embrasser ces lèvres qui étaient là, toutes proches, à ma portée, n’attendant peut-être que ça. Je demeurais paralysée pourtant.
— Cécile… je…
J’avais la certitude à présent que Cécile partageait mon émoi, qu’elle était probablement aussi excitée que je l’étais moi-même. Curieusement, cela ne me délivra nullement du blocage dont j’étais victime. Je demeurai inerte, tétanisée, incapable d’esquisser le moindre mouvement.
Très lentement, Cécile approcha son visage. Son regard sautait sans cesse d’un de mes yeux à l’autre ; un effluve de « son » odeur, si particulière, me parvint subitement ; je vis le rouge lui monter aux joues. Nos lèvres se rapprochèrent à s’effleurer, allaient entrer en contact, lorsque le bruit d’une porte qu’on ouvre nous interrompit brusquement. Cécile fit un bond en arrière. Avec une étonnante maîtrise, elle eut, en une fraction de seconde, l’air parfaitement calme et naturel. Encore toute frissonnante, je me retournai et vis, dans l’encadrement de la porte, une grande et belle femme à l’abondante chevelure rousse. Elle devait avoir une quarantaine d’années et était bâtie comme une sportive. Très bien proportionnée, elle respirait la santé, l’autorité aussi, de cette autorité naturelle qui s’impose toute seule. Ce ne devait pas être le genre à élever la voix là où un geste suffit. Elle se tenait immobile et son regard allait de l’une à l’autre. Elle avait dû deviner qu’elle venait d’interrompre un tête-à-tête intime, mais avait-elle la moindre idée de sa véritable nature et de l’intensité de nos émotions ? Se doutait-elle du spectacle qui lui aurait été offert si elle était entrée quelques instants plus tard ? Je frémis à cette pensée. Mais déjà Cécile avait repris tout son contrôle :
— Maman, je te présente Dominique, une camarade du lycée que… que j’ai accepté d’aider en algèbre.
Je sautai sur mes jambes, encore toute faible. La mère de Cécile s’approcha de moi et me dévisagea. Elle souriait à peine. Son regard, au premier abord, était froid, et il me fit presque peur. Je sentis immédiatement le danger auquel nous venions d’échapper. Elle me déshabilla d’un regard lent et appuyé, ne cherchant nullement à dissimuler le fait qu’elle se livrait à une véritable estimation de ma personne. Son regard s’arrêta un instant sur ma poitrine. Elle releva en même temps un coin de sa bouche et un sourcil, de manière parfaitement synchronisée. Ignorant où je me trouverais, j’avais — heureusement — pris soin de me vêtir avec simplicité, mais élégance. Ma jupe écossaise ne dut pas lui paraître trop courte ni trop voyante, et mon chemisier blanc immaculé, plutôt strict, ne dut pas lui donner l’impression d’avoir affaire à une de ces adolescentes en révolte perpétuelle et qui s’ingénie à ne porter que ce qui fait hurler ses parents. Elle parut satisfaite de son examen :
— Dominique, hein ?… Eh bien j’espère que Cécile te donnera satisfaction.
Elle me lança un dernier regard puis, s’adressant à sa fille :
— Cécile, j’étais venue te dire que ton père a téléphoné : il ne rentrera pas avant dix heures. Nous ne l’attendrons pas pour dîner. Elle se dirigea vers la porte et ajouta : Si tu le souhaites, ton amie Dominique pourrait se joindre à nous.
— Oh oui, Dominique, reste !
Il y avait dans la voix de Cécile un curieux mélange d’angoisse rétrospective et de joie de petite fille qui vient de recevoir la promesse d’un nouveau jouet.
— Eh bien, c’est que… il faudrait que je prévienne mes parents…
— Il te suffit de les appeler ! fit Cécile.
Au téléphone, mon père accorda l’autorisation requise sans poser de questions. C’était entendu : je passerais un bout de soirée chez Cécile. J’étais à la fois ravie et terrifiée à l’idée de vivre quelques heures encore en présence de la belle Cécile sans pouvoir la toucher, sans oser la regarder probablement. Mais je n’eus pas le courage — ou le bon sens — de prendre la fuite.
o o O o o
La soirée fut pénible. La mère de Cécile n’arrêta pas de me questionner sur mes parents, mon mode de vie, mes goûts, mes espérances professionnelles… Toutes choses dont j’avais certes envie de parler, mais pas avec elle. La plupart de mes réponses s’adressaient d’ailleurs en réalité à Cécile qui, j’en eus la confirmation, l’avait parfaitement compris. Lorsque nous pûmes enfin quitter la table, il était trop tard pour que nous envisagions de retourner dans la chambre de Cécile. À regret, elle me raccompagna à la porte monumentale de la somptueuse demeure. Nous étions à nouveau seules, mais pour un bref, trop bref moment. Cécile perçut ma déception qui devait se lire de manière on ne peut plus visible sur mon visage maussade.
— Ne t’en fais pas, va. On se reverra.
— Je sais, mais quand ? Le visage que j’offrais à Cécile en cet instant était celui d’une suppliante, j’en eus conscience et pris peur que ne s’installe entre nous un rapport de soumission. En même temps, je me surpris à en avoir le désir, comme poussée par une sorte d’instinct. Dès ce moment, je sus que Cécile serait ma maîtresse incontestée, qu’elle ferait de moi ce qu’elle voudrait, qu’elle pourrait exiger n’importe quoi, que ma soumission lui était acquise, inconditionnelle, absolue. Cette prise de conscience s’accompagna d’une sorte de vertige, je sentis mon regard se brouiller, ma gorge s’assécher, et, en même temps, je sus que je mouillais à nouveau. Tout mon corps était tendu vers cette fille superbe, belle à rêver, qui venait, là, à l’instant, dans ce froid vestibule, de prendre une place considérable dans mon existence. J’avais une envie folle de me jeter dans ses bras, de la serrer contre moi à l’étouffer, de caresser son corps, de partir à la découverte de ses formes, de ses odeurs, de ses frémissements… Mon envie était tellement intense qu’elle en était devenue douloureuse. Cécile me regarda avec intensité : une nouvelle fois, elle devait percevoir mon émoi, une nouvelle fois, elle n’en laissa rien paraître. Elle me caressa le visage.
— Sois patiente, Dominique. Tu n’as aucune raison de t’inquiéter. Puis, avec une voix très douce : Calme-toi, tu es toute bouleversée.
Je retins à grand-peine le sanglot qui montait. Cécile me prit la main et la serra vigoureusement, puis, brusquement, m’embrassa. Le baiser, rapide, furtif, apparemment destiné à ma joue, avait-il accidentellement dévié de sa course vers mes lèvres, ou Cécile avait-elle parfaitement ajusté son geste ? Quoi qu’il en soit, ce contact, trop bref pour que j’eusse pu le goûter vraiment, et peut-être à cause de sa brièveté même, me procura un ravissement inouï. Je fus, pendant un temps dont je n’aurais su indiquer la durée, comme en apesanteur. J’imaginai que telle devait être la sensation de quelqu’un qui vient d’absorber une drogue : une sensation de chamboulement dans tout le corps, le sentiment d’être envahi par quelque chose de tout à la fois fort, délicieux et redoutable.
— Dominique !… ça va ?
La voix de Cécile me ramena à la réalité. Je ne sais où je pris l’énergie de lui répondre :
— Oui… oui, ça va, merci… Allez, je file, à plus tard !
Je partis, ou plutôt je fuis, sans demander mon reste. Je n’osai me retourner, certaine cependant d’être escortée par le regard de Cécile que je sentais sur mes épaules, sur mes jambes. Je flottai jusqu’au coin de la rue que je franchis tel un noyé trouvant à la surface de l’océan un morceau d’épave où s’accrocher : je m’appuyai sur une façade et me mis à sangloter comme une enfant perdue. J’avais beau me trouver ridicule, je ne pouvais contenir le flot de larmes qui jaillissaient de mes yeux. Je parvins à me calmer, et, après quelques ultimes sanglots, je repris le chemin de la maison. À vrai dire, j’étais en pleine confusion : je ressentais à la fois une profonde détresse et une joie presque douloureuse en raison de l’impossibilité dans laquelle je me trouvais de l’exprimer. Jamais je n’avais affiché un comportement aussi irrationnel. Je ne me savais d’ailleurs pas capable de ressentir quelque chose d’aussi intense. Un instant plus tard, réalisant qu’il ne s’était au fond rien passé, je me mis à rire.
— Eh bien ma vieille, qu’est-ce que tu tiens !… Et qu’est-ce que ce sera quand tu…
Ma pensée fut interrompue par une série d’images étranges : je vis le visage de Cécile, en gros plan, comme au cinéma. Elle était en sueur, ses yeux enfiévrés roulaient sous ses paupières à moitié closes. L’instant d’après, je la vis, à quatre pattes, nue, me tournant le dos, pointant résolument sa croupe vers moi, le visage tourné dans ma direction. Ces deux images n’avaient duré qu’un instant : je la voyais maintenant me toiser d’un air moqueur puis se mettre à rire à perdre haleine. Je balayai ces visions diaboliques d’un revers de main. Arrivée à la maison, je trouvai ma mère affairée à la cuisine, comme d’ordinaire. Prétextant une forte migraine, je courus à ma chambre et me jetai au lit où je sombrai presque aussitôt dans un sommeil agité.
6. La séance de projection
Au lycée, le lendemain, je ne prêtai au cours qu’une attention distraite, ne cessant d’observer Cécile à la dérobée. Elle n’eut pas un regard, pas l’amorce d’un geste dans ma direction. J’en ressentis un mélange de colère sourde et de frustration. Quoi ? Avais-je rêvé tout cela ? Je m’efforçai de me rappeler son expression, la veille dans sa chambre, quelques instants avant l’arrivée de sa mère. Le souvenir se refusait à moi, les images restaient floues, comme si quelque chose en moi me refusait le plaisir d’une évocation dont j’attendais à la fois soulagement et promesse. Je décidai de mettre fin à ma torture mentale et me branchai sur la leçon du jour : les poètes du Parnasse.
Une séance de cinéma était prévue, dans l’après-midi. Le lycée nous offrait de temps à autre de ces divertissements à prétention culturelle. Nous avions déjà eu droit à La Grande Illusion, au Quai des Brumes, aux incontournables Enfants du Paradis et à quelques classiques américains tels que Citizen Kane et, dans un tout autre registre, Les Dix commandements. Cet après-midi, on nous projetait Le Guépard. J’avais espéré que Cécile s’arrangerait pour venir occuper la place que je m’étais efforcée de maintenir libre à côté de moi, mais il n’en fut rien. Je crus l’apercevoir, dans le fond, avec les grands qui, en général, rehaussaient les séances culturelles du jeudi après-midi de leur chahut. Je me résignai donc à demeurer en dehors de la présence de Cécile. Je dus me retirer un instant, vers la moitié du film. Lorsque je revins pour occuper ma place, je crus défaillir de surprise et de joie : Cécile était là, occupant la place à côté de la mienne. Mon cœur battait à tout rompre lorsque je vins m’asseoir à ses côtés. Elle n’eut pas un regard dans ma direction. Je vis bien pourtant, dans la clarté bleutée que nous renvoyaient les images projetées sur l’écran, que Cécile souriait d’un petit air coquin. Je sentais son parfum, j’avais l’impression de l’entendre respirer malgré le tumulte ambiant. Je regardai un long moment ce profil parfait, ce nez bien droit, ces lèvres un peu boudeuses, ce menton admirablement dessiné. Indécise, je me décidai à reprendre le fil de l’action qui se déroulait sur l’écran. Je me laissais aller à la douce satisfaction de savoir tout près de moi celle qui, déjà, était l’objet de mes pensées et de mes désirs les plus secrets.
Je sursautai lorsque je sentis la main de Cécile se poser sur mon genou. Le premier émoi passé, je me contrains à la plus grande immobilité, ne voulant en aucun cas gâcher cet instant précieux. La main demeura immobile. Je sus que Cécile attendait ma réaction. Le cœur battant, ne sachant que faire, je n’osai bouger. Cécile conclut sans doute de mon immobilité que j’étais consentante : passant prestement sous ma jupe, ses doigts furtifs prirent possession de ma jambe, juste au-dessus du genou. La main était un peu froide, le contact ferme, résolu. Très lentement, la main remontait le long de ma cuisse pour redescendre et remonter encore en allant à chaque fois un peu plus loin, s’immobilisant de temps à autre comme pour vérifier si la voie demeurait libre. J’étais tétanisée. Je n’osais pas même tourner la tête vers elle, moins par peur que l’on nous surprenne que par crainte de briser la magie du moment. Je sentis mon entrejambe s’embraser, des picotements me parcourir le bas-ventre puis remonter le long de mon échine. Ma gorge s’était asséchée d’un seul coup. Les pointes de mes seins se durcirent et je me mis à respirer plus vite. Je sentis mon bassin rouler vers l’arrière et mes abdominaux se contracter dans le mouvement que je fis pour pousser mon sexe vers l’avant et écarter lentement les cuisses. La main de Cécile s’élargissait maintenant sur la partie interne de ma cuisse, aplatie sur le dur fauteuil de bois. Elle palpait avec une lenteur insupportable le haut de ma jambe offerte. J’étais à présent complètement déhanchée, appuyée sur la fesse gauche afin de mieux présenter mon entrejambe à la main caressante de Cécile qui se rapprochait toujours. J’avais fermé les yeux pour mieux goûter les sensations qui m’inondaient et faillis les rouvrir presque aussitôt lorsque j’entendis, toute proche, la voix de Cécile qui murmurait à mon oreille.
— Je suis là, Dominique. Je suis avec toi… Ne bouge pas. Laisse-toi faire.
Sa voix était une caresse d’une ineffable douceur. Ce chuchotement était une des choses les plus excitantes qu’il m’avait été donné de vivre. Sa bouche, pratiquement en contact avec le lobe de mon oreille, m’insufflait de l’air chaud, sensation délicieuse, voisine du chatouillement, qui me fit frissonner comme si j’avais été assaillie par une soudaine poussée de fièvre.
— J’ai envie… de te caresser… tout partout… tu es si belle… si douce.
Je crus défaillir en entendant ces mots. Une merveilleuse langueur m’envahit, et j’achevai d’ouvrir entièrement les cuisses attendant avec impatience que les doigts de Cécile arrivent à destination. Je percevais fort bien à quel point elle devait être excitée, elle aussi, son débit saccadé, son souffle qui me parvenait comme par petits jets successifs, cette odeur que je pourrais déjà reconnaître entre mille et qui me bouleversait, les crispations perceptibles maintenant dans les mouvements de plus en plus désordonnés de sa main, tout cela me renseignait sur son état, encore que je ne fusse nullement dans l’attitude de l’observatrice, mais ces informations, qui me parvenaient à travers le tumulte de mes propres sens en plein bouleversement, m’étaient d’une grande importance : savoir Cécile en émoi par ma cause me procurait un surcroît de plaisir et d’excitation. Enfin, ses doigts écartèrent mon slip pour se frayer un chemin vers ma fente déjà toute dégoulinante. Sa voix continuait de me parvenir, haletante, de plus en plus proche, de plus en plus rauque :
— Dominique, hhh… si tu savais comme tu m’excites… hhh… Je crève d’envie… hhh… de t’embrasser sur la bouche… hhh… de te caresser partout… hhh… de te regarder… hhh… de te déshabiller… hhh… de… ah !
Son index avait atteint ma vulve qu’elle se mit à caresser avant de s’aventurer à l’entrée de mon vagin en feu. J’accompagnai son mouvement en faisant basculer mon bassin en cadence. Je tournai la tête dans la direction de Cécile. Elle était toute proche, nous nous retrouvâmes les yeux dans les yeux. Elle était haletante, la bouche entrouverte, les lèvres humides, les narines frémissantes, le souffle court, les joues en feu. Elle me fixait d’un regard embrasé par le désir. Je jouis sur le coup, me faisant violence pour ne laisser échapper aucun son. Je me mordis les lèvres jusqu’au sang. Je sentis mes yeux se révulser et je fus prise de vertiges. Cécile se repaissait du spectacle de ma jouissance. Elle retira délicatement son doigt. Je laissai passer l’orage de mes sens. Au moment où je rouvris les yeux, je vis Cécile, qui avait porté son index tout dégoulinant de mon jus sous ses narines, occupée à s’imprégner de mon odeur intime. Lorsqu’elle vit que je la regardais à nouveau, elle enfouit ostensiblement le doigt dans sa bouche puis le retira lentement tout en me fixant de son regard enfiévré. Je ne pus réprimer un hoquet, et, dans un spasme irrépressible, je jouis une seconde fois. Elle approcha ses lèvres tremblantes de mon oreille et me souffla :
— Maman sera absente ce week-end… nous serons seules, viens ! Samedi, deux heures. Je t’attends.
Elle se leva brusquement et se perdit dans la pénombre.
Je demeurai, pantelante et frustrée, épuisée et ravie, à peine consciente de la chance que nous avions eue de n’avoir pas été surprises.
7. Le salon d’essayage
Sachant que je n’aurais pas à affronter le regard inquisiteur de sa mère, j’avais décidé de revêtir, pour en imposer à Cécile, une tenue appropriée aux circonstances. J’avais choisi de porter des talons hauts afin d’accentuer le galbe de mes jambes que révélait une minijupe plutôt sexy. Le matin même, je m’étais rendue en ville afin de m’acheter, tout spécialement et pour la toute première fois, un vêtement moulant qui mettrait en valeur cette volumineuse poitrine que, jusque-là, je m’étais ingéniée à dissimuler de toutes les façons. Je choisis un tee-shirt blanc et demandai à l’essayer. La vendeuse, une jeune rousse à l’air mutin, au visage de souris parsemé de taches de rousseur, juchée sur des jambes interminables surmontées d’un buste qui, du coup, semblait trop court, m’invita à la suivre au fond du magasin. Elle me désigna l’entrée de la cabine, referma le rideau sur moi et s’en retourna derrière son comptoir. J’enfilai le vêtement qui arrivait à peine à contenir mes seins. J’étais là, à me regarder dans l’étroit miroir ; je faillis me mettre à rire tant je trouvais ridicule ce tee-shirt distendu sur ma poitrine qui avait l’air énorme, à moitié écrasée par le tissu qui la comprimait. Il faut dire qu’un corps bâti comme le mien n’est pas facile à vêtir harmonieusement : que faire quand, à 18 ans, on se paie 90 cm de tour de poitrine pour 62 de tour de taille et qu’on mesure 1m69 ? J’allais renoncer, lorsque je sentis une présence. Je me retournai, et ce fut pour apercevoir le minois de la petite rousse qui, ayant entrouvert le rideau de la cabine, m’observait depuis un bon moment sans doute. Elle avait les yeux écarquillés, rivés sur mes seins, la tête inclinée, l’air parfaitement stupide, la bouche ouverte et les bras ballants. Elle semblait ne pas s’apercevoir que je l’avais vue ; elle bredouillait quelques mots inaudibles. Je lui fis face.
— Ça va ? lui dis-je, moqueuse et un peu impatientée par son audace.
À ces mots, semblant réaliser brusquement que j’existais et que je lui parlais, elle vira au rouge brique et se mit à balbutier :
— Ah ben ça alors ! Qu’est-ce que vous êtes belle ! J’en vois pourtant ici des femmes, toute la journée, tous les jours… de toutes les tailles et de tous les âges, mais une merveille comme vous…
J’étais interloquée. Sa naïveté me confondait. En même temps, ce qui demeurait un compliment, me toucha plus que je ne me l’avouai sur le moment. Ainsi donc, le spectacle de mes disproportions, qui, je persistais à le penser, devait confiner au ridicule, était de nature à inspirer à cette créature un tel émoi. Je n’en revenais pas. Il me fallait pourtant me rendre à l’évidence : cette espèce de toquée était parfaitement sincère dans son élan irrépressible. Elle se dandinait d’une jambe sur l’autre, serrant les cuisses pour retenir une envie dont la nature ne faisait aucun doute. Je la considérais, stupéfaite, ne sachant trop que faire. Elle s’approcha. On eut dit une somnambule. Les yeux toujours rivés à mes rondeurs, elle articula :
— Je peux les toucher, dites ? Je peux ?
J’étais sidérée. Mais sur quelle espèce de demeurée étais-je donc tombée ? Je n’arrivais pas à y croire. Elle ne me laissa pas le temps de réagir : elle se jeta littéralement sur moi et blottit sa tête entre mes seins en poussant un grognement étouffé. Sous le choc, je reculai et heurtai le fond de la cabine qui rendit un son mat. Après un instant, elle écarta son visage qui se révéla baigné de larmes, se saisit des pans du tee-shirt qui sentait encore le neuf et souleva le vêtement par-dessus ma tête avec une force incroyable. Je n’aurais pu l’arrêter sans entamer une véritable bagarre. Elle poussa un petit ah ! aigu à la vue de mes seins enfermés dans leurs vastes bonnets. Sans ménagements, elle arracha purement et simplement mon soutien-gorge. Mes seins, libérés, se balançaient à présent sous les yeux exorbités de la fille qui soufflait comme une locomotive.
— Quelles merveilles ! gémit-elle. Oh ! non, c’est trop, c’est trop !
Visiblement hors d’elle, incapable de se contenir, elle se mit à lécher mes seins à grands coups de langue vorace. Elle se mit ensuite à me téter, exactement comme aurait fait un bébé. Débordée, je me demandais que faire, comment me tirer d’une situation aussi grotesque. Je me rendis alors compte que j’étais moi-même en train de mouiller, que les succions répétées, pratiquées à un rythme sans cesse croissant que m’imposait la rousse démente me procuraient un plaisir aigu. Cessant une résistance que je n’avais d’ailleurs pas vraiment eu le temps d’amorcer, je me laissai aller. La succion insistante qu’elle imposait à mes mamelons les avait fait se durcir au point de les rendre douloureux. En même temps, j’eus la sensation qu’elle me vidait, qu’elle m’aspirait par sa bouche goulue, insatiable, qu’elle me pompait littéralement. Je sentis gonfler mes seins, je retins mon souffle, gardant mes poumons emplis au maximum pour offrir une plus grande résistance à la délicieuse agression des lèvres et de la langue qui s’affairaient, déchaînées, sur mes pointes et alentour.
— Ah ! ah ! que vous êtes belle, que vous êtes bonne ! Oh ! mon Dieu, qu’est-ce que je suis excitée ! C’est pas vrai. Ah !… aaah !…
La rousse se mit à couiner, je sus qu’elle jouissait. Sa tête sautait d’un de mes seins à l’autre, elle alternait frénétiquement les coups de langue, larges et appuyés, avec des succions rapides et de petits mordillements qui m’arrachaient des bouffées d’un plaisir aussi puissant qu’étrange. Je passai deux doigts entre mes jambes : j’étais complètement inondée. Prenant un léger recul, elle plaqua ses mains sur mes seins qu’elle se mit à malaxer avec énergie. Elle agaçait mes pointes, les étirait, disposait ses mains de part et d’autre de mes seins et les réunissait en les écrasant l’un sur l’autre, puis elle se mit à les pétrir en une série de mouvements tournants qui m’arrachaient de délicieuses plaintes.
Au bout d’un temps, elle mollit, ses gestes se firent moins frénétiques, puis plus lents, elle s’affaissa d’un seul coup, glissa sur le sol où elle demeura un moment, à genoux, hébétée, hagarde, le regard vide.
Je revins à moi, me rajustai, ré-enfilai le tee-shirt, rassemblai mes affaires et quittai la cabine, inquiète de savoir si quelque client avait pu nous entendre, voire nous observer. Je m’arrêtai à hauteur du comptoir : le magasin était désert. Je remarquai que la rousse avait pris de soin de retourner la pancarte fixée sur la porte vitrée : le magasin était fermé depuis un bout de temps. Après quelques instants, elle me rejoignit. Elle semblait avoir repris contact avec la réalité, mais elle affichait à présent un air catastrophé qui faillit me faire rire. Elle s’excusa vingt fois de son audace, elle ne savait pas ce qui lui avait pris, elle était profondément désolée, elle promit que cela ne se renouvellerait pas. Elle insista pour que j’emporte le tee-shirt sans rien payer et me demanda d’un air suppliant et malheureux si j’avais l’intention de porter plainte. Je lui fis observer en riant que, pour qu’il y ait matière à plainte, il fallait qu’il y eût au moins une victime. Elle parut à demi rassurée et eut une sorte de rire jaune assez comique. Je pris congé d’elle, non sans l’avoir gratifiée d’un long baiser sur la bouche, en signe de pure reconnaissance, ce qui la plongea dans un abîme de perplexité.
8. Dans ta chambre
J’arpentais à présent, à l’ombre des marronniers, le large trottoir de l’avenue où résidait Cécile. Il faisait doux en ce début de mai clément, et pas mal de monde empruntait la belle avenue. Perchée sur des talons hauts auxquels je n’étais guère habituée, serrée dans ma minijupe, la poitrine écrasée par ce maudit tee-shirt décidément beaucoup trop étroit, je me sentais ridicule. La belle assurance que j’avais acquise au terme de mon aventure loufoque dans le magasin de mode s’était bien vite envolée. J’étais dans le monde réel à présent, et non dans les fantasmes d’une demi-dingue. Je sentais les regards converger vers moi. Je n’osais regarder dans la direction de ceux qui me croisaient.
Un homme d’une cinquantaine d’années, grand, plutôt élégant, s’avançait à ma rencontre, il était en plein dans mon champ de vision. Malgré moi, je lui jetai un bref regard. Il était écarlate. Son visage congestionné exprimait tout à la fois l’indignation, la surprise et une forme de boulimie que j’identifiai mal. Lorsqu’il passa à côté de moi, il me lança un regard assassin et laissa échapper un « Oh ! » courroucé. Je sentis qu’il s’était retourné et me poursuivait du regard. Mes vieux réflexes réapparurent : je courbai le dos dans une tentative, bien vaine, de diminuer, au moins en apparence, le volume de ma poitrine ; je tirai sur le bas de ma minijupe dans l’idée, saugrenue, de la prolonger tant soit peu, et je tentai, sans le moindre succès, de rendre ma démarche moins voyante.
J’aurais voulu disparaître, devenir invisible, ou que l’avenue fut soudain déserte. Je n’étais plus qu’à quelques mètres de la superbe maison de Cécile, quand j’en vis sortir un jeune homme, plutôt beau garçon, qui portait une combinaison de cuir et tenait à la main un casque de moto. En passant à ma hauteur, il me décerna un bref et intense regard qui me cingla. Il avait de beaux yeux d’un bleu clair et profond. Il n’y avait pas à en douter : le regard était gourmand. Le fin sourire, légèrement moqueur, qui soulignait son expression fit naître en moi un sentiment que j’identifiai mal sur le moment. Il enfourcha une puissante moto rangée sous un marronnier, coiffa son casque, et démarra le moteur. Un ronronnement sourd et régulier se fit entendre : un gros cube ! Il me lança un dernier regard et s’en fut.
Mais j’étais arrivée : je grimpai les quelques marches du perron de l’imposante demeure et sonnai. Après une brève attente, la porte s’ouvrit sur le visage anguleux de la domestique sud-américaine qui m’avait introduite la première fois. Elle jeta un regard furtif sur ma tenue ; une lueur indéfinissable éclaira un bref instant sa pupille puis disparut. Ses sourcils se soulevèrent un instant tandis qu’un étrange rictus déforma brièvement son visage. Je ne sus quel sens donner à cette gymnastique faciale, et décidai de n’en tenir aucun compte. Elle m’invita à la suivre, puis me laissa seule au pied de l’escalier qui conduisait à la chambre de Cécile. J’attendis un instant avant d’entamer l’ascension des marches de bois parfaitement cirées. Mon cœur se mit à battre plus vite et plus fort, je sentis ma gorge s’assécher et je me mis à frissonner. L’idée de me trouver en présence de Cécile, de pouvoir enfin la regarder, la toucher, la caresser sans entraves, m’excitait au plus haut point. C’est toute tremblante d’émotion que je m’arrêtai devant la porte de sa chambre, le cœur battant la chamade. J’avançai deux doigts et grattai timidement le bois épais de la lourde porte. Après quelques instants d’une insupportable et délicieuse attente, celle-ci s’ouvrit. Cécile était là, devant moi, rayonnante de beauté. Elle portait une robe d’été aux tons pastel, dans les ocres jaunes et roses. Le décolleté, qui laissait entrevoir le haut de sa poitrine, était rehaussé d’une délicate bordure de fine dentelle. La robe se boutonnait sur le devant, et je vis qu’elle avait négligé de fermer le bouton supérieur. Elle avait réuni ses beaux cheveux bouclés en un chignon serré sur le haut de la tête. Un maquillage discret des yeux et de la bouche soulignait la finesse de ses traits. Elle était réellement superbe. Je savourai le spectacle. Cécile me souriait, prenant un évident plaisir à se laisser admirer.
— Entre ! dit-elle en me tendant la main. Tu ne vas pas rester plantée là comme ça ! Viens te montrer !
J’eus le sentiment soudain que ma tenue allait lui paraître bien vulgaire, et j’en conçus de l’inquiétude. Elle me regarda de haut en bas puis de bas en haut. Me guidant par la main, elle me fit tourner sur moi-même.
— Eh bien !… J’en connais beaucoup qui seraient drôlement affolés de te voir comme ça.
Je sentis mes joues s’empourprer.
— Cécile, je… excuse-moi, je ne savais pas trop comment m’habiller. Je… je voulais te plaire… c’est tout.
Je m’entendis prononcer ces mots avec une petite voix qui ne me semblait pas être la mienne. Qu’est-ce qui me prenait de me justifier de la sorte ? Une chose se confirmait à l’évidence : Cécile me dominerait, je la sentais tellement plus « classe », tellement supérieure. Elle serait ma maîtresse, de façon absolue et inconditionnelle. Je sus que je serais son esclave, son jouet, sa chose. Je sentis toute une partie de moi-même s’affaisser soudain, comme si mon être entier était aspiré vers le sol ; j’eus l’envie, le besoin presque physique de me rabaisser, de me faire petite devant l’objet de mon désir. Il était clair que je ne saurais en aucun cas amorcer la première le moindre mouvement en direction de Cécile. L’initiative lui revenait de droit, je devais attendre son bon vouloir ; il en était ainsi, impérativement, je le compris, j’en mesurai instantanément toutes les implications, et les acceptai avec une joie mêlée d’un brin d’amertume.
Décontenancée par mon trouble, Cécile sembla hésiter. Elle me sourit, puis m’invita à m’asseoir à la petite table sur laquelle s’empilaient ses livres et cahiers.
— Installe-toi, fit-elle.
Après m’être assise, je mis tout un temps avant d’oser lever les yeux sur elle. Je la sentais troublée, mal à l’aise, et cela me procurait un violent sentiment d’insatisfaction. Elle se mordillait la lèvre inférieure tout en promenant nerveusement ses doigts sur la couverture d’un de ses livres de cours. Le silence était pesant, l’atmosphère chargée d’une sorte de tension. Ne sachant trop quelle attitude prendre, je laissai mes regards errer un peu n’importe où dans la pièce. J’avisai soudain un chat en peluche juché sur le haut d’une commode et qui semblait me regarder d’un air narquois, sa petite langue de feutrine rose pointant dans ma direction.
— Qu’il est mignon ! fis-je, d’une voix blanche.
Suivant la direction de mon regard, Cécile avisa la peluche et se leva pour s’en approcher.
— Zorimba ?… Oui, elle est friponne, hein ?…
— Zorimba ?… questionnai-je.
— Ben oui : un nom de mon invention, je voulais qu’elle soit la seule à le porter. Mais je l’appelle plutôt « Zozo ».
— Ah !… Évidemment !
Cécile se mit à caresser la petite boule de poils qui semblait me murmurer : « Ha, ha ! je suis sa préférée, na !… » Comme pour renforcer cette impression, Cécile se mit à bécoter la tête de la peluche tout en me regardant d’une façon qui me fit presque mal. Se moquait-elle de moi ? Elle me narguait, j’en étais sûre ! Allait-elle prendre plaisir à me faire souffrir ? Avais-je affaire à une sorte d’allumeuse ? Ne m’avait-elle fait venir chez elle, dans sa chambre, que pour mieux m’humilier, me remettre à ma place ? Non, je devais délirer, ce n’était pas possible… elle ne m’aurait caressée, au cours de la séance de projection au lycée, que dans l’idée — perverse — de me placer sous sa dépendance, sans état d’âme, sans autre plaisir que sa propre satisfaction, sans émoi réel, sans abandon ?… Quoi ? un froid calcul que tout cela ? Non, je ne pouvais me faire à cette idée.
Et pourtant, je réalisai, non sans une sorte de douloureux étonnement, que j’étais prête à accepter tout, absolument tout de cet être que, déjà, je vénérais. Je contemplai son corps harmonieux, je laissai mon regard s’imprégner du spectacle de ses seins qui gonflaient généreusement son corsage, de ses cuisses fines et musclées. Je fus soudain prise d’une envie folle de lui arracher cette peluche ridicule que j’enverrais valser n’importe où et de me jeter à ses genoux, telle une suppliante. Je la mangeai des yeux, éperdue, je voulais la toucher, la caresser, étreindre son corps splendide, baiser sa peau satinée, sentir le fin duvet blond ployer sous l’ineffable caresse de mes doigts fébriles… Je me rendis compte que j’étais complètement excitée, que je haletais… J’avalai ma salive et parvins à me contenir, non sans peine.
Cécile venait de reposer la peluche fatiguée sur sa commode et retourna s’asseoir à la table. Je m’aperçus qu’elle était probablement aussi émue que moi. Le souffle court, elle aussi, les joues en feu, elle ouvrit nerveusement un de ses manuels scolaires.
— Tiens, fit-elle, regarde ! Elle me montra l’image d’un énorme orang-outang qui, l’air goguenard, se prélassait, confortablement installé sur la maîtresse branche d’un énorme ficus.
Je la rejoignis et, à la vue du grand singe ainsi comiquement vautré, j’éclatai de rire, aussitôt imitée par Cécile.
— Ce qu’il a l’air cloche ! pouffa-t-elle.
— Hi ! hi ! hi !… on… on dirait… hi ! hi ! hi !… le prof de chimie ! fis-je, au milieu d’un rire inextinguible.
— Aah ! ouiii, c’est vrai !… éclata-t-elle. Ho ! ho ! ho !… Oh ! c’est trop drôle !
De toute évidence, nous sous soulagions d’une tension trop forte. Nos rires avaient quelque chose de crispé, d’excessif. Ils eurent le mérite toutefois de dissiper le malaise qui s’était installé entre nous.
— Et celui-là ! fit-elle, avisant un autre grand singe roux qui semblait en pleine crise de fou rire. Ho ! ho ! qu’il est cocasse.
— Ça ! fis-je, ça, c’est le proviseur… hi ! hi ! hi ! quand on lui remet un mot d’excuse pour retard.
— Ouiiii ! hi ! hi ! hi !… C’est ça !… ha ! ha ! ha !…
Brusquement, le rire se figea sur le visage de Cécile qui prit soudain un air grave. Mon propre rire se tarit aussitôt. Je sus que le moment était arrivé. Le visage de Cécile se fit presque douloureux, un étrange rictus lui déformait les lèvres, visiblement, elle était en proie à un bouleversement de ses sens. Sa bouche s’entrouvrit, je la vis avaler sa salive, elle haletait, son visage acheva de s’empourprer, son regard qui sautait d’un de mes yeux à l’autre en un va-et-vient affolé avait quelque chose d’éperdu, je perçus cette odeur qui m’avait déjà tant troublée… Je n’étais plus moi-même, je savais que quelque chose allait se produire, que cela allait arriver… maintenant. Je souhaitais que ce moment s’éternise, moment de bonheur ineffable que celui qui précède tout juste l’accomplissement — impensable l’instant d’avant — d’un désir insensé !
Cécile s’approcha de moi qui n’osais esquisser le moindre geste. Nous étions là, immobiles, à nous manger des yeux, pantelantes, partageant le même désir, j’en étais sûre à présent. Elle me prit délicatement par les avant-bras qu’elle serra fort, ferma à demi ses beaux yeux, approcha ses lèvres des miennes et murmura, à peine audible :
— Dominique, ma chérie. Il… il y a si longtemps que… que j’attends cet instant !
Sa voix tremblait, à peine audible. Je sentis une vague de chaleur inonder mon visage et un picotement lancinant se répandre dans mon ventre.
— Cécile ! Je… je n’ai pas arrêté de penser à toi toute la journée.
— Moi aussi, souffla-t-elle.
Mes lèvres s’entrouvrirent, ma tête s’inclina légèrement sur le côté : j’attendais, frémissante, en proie à une impatience quasi douloureuse, que Cécile daignât me gratifier d’un premier baiser. J’étais haletante, en proie à une excitation intense.
— Cécile, je t’en prie… hhh… je t’en supplie… hhh… embrasse-moi !
Je crus défaillir au contact de ses lèvres brûlantes. Je fondis, je m’abandonnai complètement à l’initiative et au bon vouloir de Cécile. J’attendais, passive, me contentant de recueillir respectueusement les plaisirs qu’elle voudrait bien m’accorder. Après avoir promené un long moment ses lèvres sur les miennes, Cécile enfonça brusquement sa langue dans ma bouche. Je réagis aussitôt et vins à sa rencontre. Nos langues se trouvèrent, se mêlèrent un instant, puis entamèrent une course poursuite effrénée qui se prolongea longuement. Cécile menait la danse, changeant d’allure, faisant mine de se retirer pour revenir de plus belle. C’était divin ! Brusquement, sans transition, elle se retira, interrompant le jeu. Elle plongea dans mes yeux son regard enfiévré, contempla un instant les ailes de mon nez qui frémissaient d’excitation, scruta mes lèvres tremblantes, toutes mouillées de nos salives mélangées, puis ouvrant une large bouche, se mit à manger littéralement mes lèvres. Elle engloutit ma langue, l’aspirant dans sa propre bouche avec une avidité dévorante. Ce faisant, une de ses mains soutenait mon dos, nous assurant une position stable, tandis que l’autre remontait rapidement le long de ma cuisse pour finir sa course sur ma fesse qu’elle se mit à pétrir furieusement.
Cécile interrompit à nouveau son étreinte pour me regarder :
— Ah ! Dominique… hhh… je ne sais pas ce qui m’arrive… hhh… Ça ne m’était encore jamais arrivé… hhh… ce que je ressens est si fort… si bon… hhh… Viens !
Elle m’entraîna vers son lit sur lequel elle sauta d’un bond. Elle m’invita à la rejoindre, et, l’instant d’après, nous étions toutes deux accroupies sur le couvre-lit de satin beige, face à face, rouges d’excitation. Son odeur, si forte, si pénétrante, investit mon odorat en éveil.
— Montre-moi tes seins ! me dit-elle sans transition, le regard rivé sur mon tee-shirt distendu. Elle était grave à présent, sa voix avait curieusement chaviré lorsqu’elle avait prononcé : « tes seins. »
Je devinai qu’il allait se passer entre nous quelque chose de décisif. Je sentis que je devais soigner les instants qui allaient suivre, en assumer pleinement le déroulement. Je constatai que Cécile était dans un état d’excitation majeure ; son visage écarlate, sa respiration bruyante, l’intensité gourmande de son regard, son odeur, tout cela en rendait compte à suffisance. Je pris le temps de m’imprégner de ce spectacle qui me ravissait. Tout en ne la quittant pas des yeux, je croisai les bras, pris le bas de mon tee-shirt et fis passer le vêtement par-dessus ma tête. Lorsque je dégageai mon visage et laissai retomber les bras, je vis Cécile, les yeux rivés à ma poitrine, complètement congestionnée, qui balbutiait :
— Dieu que c’est beau !
Elle approcha ses mains de mon corsage. Très délicatement, elle passa ses doigts sur le haut de mon sein droit. Elle augmenta la pression de ses doigts pour éprouver la consistance de ma chair.
— Qu’ils sont fermes ! dit-elle. Elle arrondit ses mains en coupelles, les disposa de part et d’autre de ma poitrine, puis, les rapprochant, fit saillir mes seins qui se dégagèrent en partie de leurs bonnets.
— Ah ! fit-elle, sur le souffle ; puis, soudain autoritaire : Montre-toi !
Docile, toute frémissante d’un bonheur douloureux et enivrant, j’entrepris de dégrafer mon soutien-gorge. Je réunis mes mains dans mon dos afin de libérer l’attache du vêtement tout en me cambrant pour faciliter mon geste, avec pour effet de faire saillir ma poitrine. La réaction de Cécile fut immédiate : elle se mordit la lèvre avec une force telle que je crus qu’elle allait se blesser. Ses yeux s’agrandirent, ses mains flottaient, comme hésitantes, à quelques centimètres de mes globes encore enfermés. Elle trépignait d’impatience, je vis son bassin amorcer un lent va-et-vient. Elle devait mouiller bien fort ! Elle laissa échapper un petit cri aigu lorsqu’elle vit jaillir vers l’avant mes deux gros seins enfin libérés de leurs entraves.
— Ils sont encore plus beaux que ce que j’imaginais !
Une bouffée de fierté m’assaillit. Je compris que Cécile avait essayé de se représenter comment j’étais faite, que, peut-être, elle avait conçu une forme d’admiration pour ma personne, pour mon corps.
Très doucement elle se mit à caresser mes seins. Avec lenteur, elle en parcourut toute la surface, les soupesa, les malaxa, faisant varier la pression de ses doigts enfiévrés pour en éprouver l’élasticité. Je crus défaillir à ce délicieux contact.
— Qu’est-ce que tu es belle, murmura-t-elle. Et tes aréoles, je n’en avais jamais vu d’aussi larges ! Hhh… Tes pointes sont toutes dressées !
Elle attrapa la pointe d’un de mes seins entre ses doigts et se mit à la pincer délicatement puis de plus en plus fort, m’arrachant un petit cri de douleur.
— Aïe !…
— Pardonne-moi, ma chérie.
— Non, non ! Continue, fais ce que tu veux.
Le sentiment de sujétion que j’avais déjà éprouvé réapparut avec force. La nécessité d’installer entre nous le rapport juste me parut s’imposer. Je sus que je ne pouvais plus, déjà, dissocier mon excitation, mon plaisir, du sentiment de dépendre de Cécile, d’être à ses ordres, de lui obéir.
— Étends-toi ! fit-elle. Ce n’était pas un ordre, le ton était trop doux, la voix trop tremblante pour que cela pût y ressembler. Je me plus toutefois à l’interpréter comme tel, et c’est avec un sentiment de soumission que je me laissai aller en arrière, totalement offerte aux regards et aux attouchements de Cécile. Elle me mangeait des yeux d’ailleurs. Elle regarda mes seins se répandre sur ma poitrine. Elle se plaça à califourchon, enserrant mon bassin entre ses cuisses.
— Dominique, tu sais que tu as les plus beaux seins que j’aie jamais vus, même au cinéma !
Ces paroles me firent un effet instantané : je sentis mon clitoris se gonfler d’un coup, un frisson me parcourut et un nouveau coup de sang afflua à mon visage.
— Ils sont à toi, dis-je en me cambrant, pointant mes seins vers elle. Tout ça est à toi ! poursuivis-je en passant mes mains sur tout mon corps enfiévré. Ainsi étalée devant elle, offerte, soumise, je sus que nous occupions les bonnes places, que tout était dans l’ordre. J’eus une envie soudaine, irrépressible, que Cécile m’infligeât le même traitement que la petite serveuse rousse du magasin de mode. Je voulais qu’elle me pétrisse sauvagement la poitrine, qu’elle étire mes pointes, qu’elle me morde les bouts, qu’elle lèche mes globes à grands coups de langue, qu’elle répande sur ma poitrine frémissante de grands jets de salive qu’elle promènerait ensuite sur toute la surface de mes seins.
— Lèche-moi, lui dis-je soudain, surexcitée, lèche mes seins, j’en crève d’envie.
Cécile ne se le fit pas dire deux fois : elle se jeta littéralement sur mes globes tremblants d’impatience d’être pressés, triturés, malaxés. À grands coups de langue, elle se mit à lécher toute la surface de mes seins qu’elle emprisonnait de ses mains pour mieux les faire saillir.
— Quelles merveilles ! Oh ! Dom, qu’est-ce que tu m’excites ! elle avait prononcé ces mots avec une étrange voix geignarde, comme une petite fille qui se serait écorchée.
Elle recommença à me distribuer de grands coups de langue, mais elle les démarrait juste au-dessus de mon nombril à présent, et sa langue dessinait une longue piste humide, parcourait mon ventre que je rentrais sous la caresse, escaladait le dôme de mes seins et s’arrêtait sur la pointe qu’elle se mettait alors à pincer entre ses lèvres puis à mordiller à petits coups répétés.
Elle se redressa soudain et me dit :
— Déshabille-moi !
Là, pas de doute, c’était bien un ordre ! Cécile s’assit sur le lit et écarta les jambes pour me faire de la place. Je me redressai à demi, croisai les jambes sous moi, et entrepris de déboutonner sa robe. Elle s’arc-bouta, et, prenant appui sur ses bras, plaça ses mains à plat sur le lit, derrière elle, s’offrant ainsi à mes gestes.
Précautionneusement, je fis sauter le premier bouton. Aussitôt, la robe s’entrouvrit, découvrant davantage de chair. Les seins de Cécile étaient maintenant bien visibles dans l’échancrure agrandie de la robe. Sa poitrine se soulevait en cadence, sur un rythme rapide, révélant son excitation. Elle m’observait, les yeux mi-clos, toute frémissante, le souffle court. Le bouton suivant céda, et j’écartai délicatement le tissu. Son soutien-gorge apparut, c’était un superbe vêtement tout en dentelles, venant plus que probablement d’une boutique de lingerie fine. Sa poitrine, de belle dimension elle aussi, saillait du soutien, accusant des rondeurs prometteuses. Je sentis mon bas ventre s’humidifier davantage. Cécile me présentait sa poitrine, m’invitant à poursuivre mon déshabillage. J’achevai de déboutonner la robe et en écartai les pans. Elle faisait aller doucement son bassin d’avant en arrière et d’arrière en avant. Elle se laissa choir sur le couvre-lit, puis s’étira de tout son long, bombant le torse. J’admirai ses formes parfaites, ses seins au galbe généreux, son ventre plat, le fin duvet de sa peau. Elle portait un string assorti à son soutien. Elle écarta les cuisses. Je promenai mes doigts sur la peau de son ventre, effleurant à peine les petits poils blonds qui se couchaient et se relevaient au passage de ma main.
— Comme tu as la peau douce !
— Ahh ! Dom, que c’est bon, hhh… comme tu m’excites ! Aah !… hhh… caresse-moi encore.
J’admirai le galbe de ses jambes aux formes parfaites, musclées et bronzées à souhait, ce qui faisait bien ressortir son duvet blond.
Brusquement, elle se redressa, me baisa goulûment les lèvres. Puis elle se serra contre moi, très fort. Elle prit ensuite un léger recul et dégrafa son soutien-gorge. Sa poitrine apparut : une superbe paire de seins, bien ronds et replets, légèrement en forme de poire, d’une texture parfaite.
— Tu as des seins superbes ! lui dis-je. C’est drôle comme ils sont différents des miens : tes aréoles sont beaucoup plus renflées, presque dures.
— Elles se gonflent très fort quand je suis excitée, affirma-t-elle d’une voix rauque.
— Et tes pointes, elles se confondent presque avec tes aréoles.
— Caresse-les, ordonna-t-elle, sur le souffle.
Ce n’était pas l’envie qui me manquait.
Je soupesai un sein puis le laissai retomber. Il était lourd et ferme. Je commençai à pétrir sa superbe poitrine, puis je me mis à titiller délicatement ses aréoles qui me fascinaient, tant elles avaient l’air vivantes, on eut dit une immense paire d’yeux qui me regardaient. Ses aréoles, proéminentes, étaient parsemées de petites excroissances disséminées de-ci de-là. J’observai ces petites boursouflures, ces douces rugosités qui, tout en étant comparables à celles qui ornaient mes propres aréoles, étaient cependant d’un dessin et d’une répartition toute différente. Contrairement à ma propre morphologie, les mamelons de Cécile se confondaient presque avec la chair tendre des aréoles, on ne les identifiait que par ce petit réseau de fentes qui s’étalait au sommet du cône central. Je me mis à bécoter ses mamelons, à les sucer, à les titiller. Cécile gémissait de plaisir sous mes caresses. Elle se laissa retomber sur le lit.
— Ah ! ah ! hhh… Dom, je… je vais jouir !
Son regard, trouble, exprimait une sorte de détresse qui m’émut profondément.
Délaissant les deux obus dressés, je portai mon attention sur son entrejambe. Son string était tout maculé. Prestement, je fis glisser le vêtement le long de ses longues jambes musclées et le lui retirai. Une forte odeur de cyprine m’assaillit qui m’enivra. Je me mis à masser le haut de ses cuisses qu’elle écarta brusquement. Je fixai sa toison blonde, joliment bouclée, toute hérissée par l’excitation. La fente était de belle dimension, les lèvres, très charnues, s’épanouissaient au milieu de l’entrejambe ruisselant. Je plaquai ma bouche sur sa vulve que je me mis à lécher. J’attirai ses lèvres dans ma bouche en un mouvement de succion que je répétai, puis les mordillai, les écrasai, les avalai littéralement pour les relâcher et les grignoter à nouveau. Cécile, au comble de l’excitation, donnait à présent de grands coups de bassin en écartant encore les cuisses déjà largement ouvertes. Ses lèvres étaient à présent toutes gonflées. Soudain, elle fut secouée par une série de soubresauts rapprochés : elle était en proie à un violent orgasme. Un peu de liquide transparent fit son apparition et se mit à couler rapidement, en une longue larme brillante, soulignant la rondeur de la fesse.
— Je jouis ! Je jouiiiiis ! Oh ! oh, que c’est bon… Dom, Dom, regarde-moi.
Je fixai le visage de Cécile. Elle était en sueur, écarlate, la bouche grande ouverte, les yeux à moitié révulsés, les narines frémissantes.
Je ressentis une vive émotion. Voir Cécile dans un tel état d’abandon, à la limite de la perte de connaissance me bouleversa. Je n’avais jamais vu une femme jouir. Je sus que je n’oublierais jamais ce spectacle. Il venait en outre de se créer entre Cécile et moi un lien indéfectible. Je contemplai son corps alangui, encore parcouru de spasmes, puis la regardai dans les yeux et sentis monter en moi une immense tendresse. Je lui souris. Je sus qu’elle partageait mon émoi ; elle se redressa à demi et me sourit à son tour. Je caressai son visage et décollai une mèche de cheveux que la transpiration avait plaquée sur son front humide.
— Cécile, murmurai-je, Cécile, je… je t’aime !
Le regard de Cécile qui chavirait doucement se figea, je sentis tout son être se raidir. Je fus prise de panique : ne venais-je pas d’aller trop loin, au-delà du permis, de franchir une frontière interdite ? Cécile n’allait-elle pas se sentir piégée, emprisonnée ? Après tout, nous nous connaissions à peine, et nous n’avions fait qu’obéir à un appel pressant de nos sens, sans plus peut-être, en ce qui concernait Cécile. Les sentiments avaient-ils leur place au milieu des plaisirs que nous nous offrions, quelle que fût leur intensité ? Cécile perçut mon désarroi.
— Dom. Mais qu’est-ce qui t’arrive ? Tu es toute apeurée… Que tu es bête ! Écoute : jamais je n’avais ressenti ce que j’éprouve en ce moment ; jamais quelqu’un ne m’a fait l’effet que tu me fais. Je t’aime aussi ; ça, sois-en sûre !
Je demeurai un instant comme suspendue entre ciel et terre, puis, sans transition, je fondis en larmes.
— Cécile, qu’est-ce qui m’arrive ? C’est… c’est si fort !
Cécile m’attira à elle, je me réfugiai au creux de son épaule et laissai couler mes larmes qui se déversèrent à flots sur sa poitrine. Cécile me caressa les cheveux.
— Dominique, tu es quelqu’un de merveilleux ! Ce qu’il y a, c’est que tu ne le sais pas. Tu vaux beaucoup plus que ce que tu crois. Tu ne ressembles en rien aux gens que je fréquente. Tu n’as aucune vulgarité, tu es la douceur et la délicatesse même, ça, je le sais. Je t’aime Dominique, oh, oui ! je t’aime.
Elle emprisonna ma tête entre ses mains et me fixa d’un regard étrange, à la fois farouche et doux, où se mêlaient une sorte de détermination chaleureuse et une confiance éperdue, le tout dominé par une profonde tendresse. Un merveilleux moment de paix s’installa entre nous. Je sus qu’une chose importante venait de se produire qui allait me marquer à jamais. Je me laissai envahir par un sentiment de bonheur incoercible. Ce fut comme une vague déferlante qui m’emporta au loin, hors de portée de la mesquinerie, des calculs sournois, de la médiocrité et des laideurs du monde ambiant. Je me sentais bien. Je sus que je vivais un moment rare, que je touchais au bonheur.
— Cécile, tu m’offres ce qu’il y a de mieux. Je n’osais pas espérer…
— Tais-toi, Dom… tais-toi !
Nous demeurâmes longtemps ainsi enlacées. Cécile me couvrait de lentes caresses d’une infinie tendresse, en même temps, elle me distribuait, au ralenti, une série de petits bisous dans le cou, sur la nuque, sur les joues.
Je m’aperçus que la main droite de Cécile était placée exactement dans mon entrejambe. À l’évidence, elle n’en avait pas conscience. Je sentis mes sens se réveiller. Notre envolée sentimentale avait quelque peu anesthésié le tumulte de nos sens, mais je sus que le répit arrivait à son terme. Tout doucement, imperceptiblement, je me mis à remuer le bassin, caressant de mon duvet humide et chaud les doigts inertes de Cécile. Je m’ouvris, très progressivement, écartant lentement les cuisses afin de laisser les doigts encore immobiles entrer en contact avec mes lèvres. Je n’eus pas à attendre bien longtemps : les doigts de Cécile se réveillèrent et se mirent à caresser délicatement ma toison, puis, se faisant plus précis, se mirent à pincer mes lèvres. Je sentis mon clitoris se raidir, il se remit à bander, les pointes de mes seins se durcirent à nouveau, je me mis à respirer plus profondément, je sentis que je recommençais à mouiller. L’index de Cécile se glissa dans ma fente. J’écartai encore davantage les cuisses pour faciliter la pénétration. Elle fouilla un moment l’entrée de ma grotte puis son doigt découvrit mon clitoris durci, dressé, tout congestionné, presque douloureux. Elle se mit à le titiller très lentement, avec une infinie délicatesse. Je me serrai encore plus contre son corps.
— Continue, c’est bon !
Elle introduisit sa langue dans mon oreille et se mit à me distribuer une série de petits coups rapides qui m’électrisèrent. En même temps, elle accélérait les mouvements de son index sur mon petit bouton qui me faisait mal à présent. Je me mis à gémir.
— Ah ! ah ! … que c’est bon… hhh… oh… je vais jouir, ne t’arrête pas.
Aux mouvements de langue dans mon oreille Cécile ajouta son souffle. L’air chaud me chatouillait de façon presque insupportable. J’écartai complètement les cuisses, me cambrai pour mieux m’offrir. Je me mis à trembler de tout mon être, je n’avais aucune envie de différer l’orgasme, je sentis mon ventre exploser.
— Je viens ! Ah, Cécile… hhh… je… je viens…
Cécile me regardait jouir. Mon plaisir s’en trouva décuplé. J’avais le sentiment qu’elle partageait ma jouissance, qu’elle prenait une part active au bouleversement de mes sens, qu’elle incarnait la vague brûlante qui, de mon vagin à la pointe de mes seins parcourait tout mon être. Par le canal de nos regards ainsi rivés l’un à l’autre, je me coulais en elle tandis qu’elle me pénétrait, s’insinuant dans tout mon être, prenant possession de ma chair, de mes sens, de mon âme.
Cécile avait profité de l’accroissement de l’ouverture de ma fente au moment de l’orgasme pour introduire encore deux de ses doigts dans mon vagin. Elle se mit en devoir de recueillir le plus de liquide possible, puis, quittant l’abri de ma grotte inondée, elle me mit sous le nez sa main toute poisseuse, toute dégoulinante de mon jus.
— Regarde ! dit-elle. Ça, c’est ta substance, ton jus d’amour, ce que tu as de plus intime, de plus précieux.
En me fixant droit dans les yeux, elle engloutit ses doigts dans sa bouche et se mit à les lécher consciencieusement.
J’en ressentis une vive émotion. Je pris ce geste comme une véritable preuve d’amour. L’intensité du regard de Cécile et son air grave achevèrent de me convaincre que je ne m’abusais pas. Mue par une soudaine impulsion, je saisis la tête de Cécile entre mes mains et l’embrassai à pleine bouche. Ma langue partit à la recherche de la sienne, la trouva, la poursuivit. Sa bouche était encore toute remplie de mes sécrétions, je m’en imprégnai. Lorsque mes lèvres s’écartèrent doucement des siennes, un long fil de bave gluante forma comme un pont dérisoire entre nos deux bouches demeurées entrouvertes. Nous nous regardions toutes deux, le cœur battant, à nouveau très excitées. Ce lien fortuit semblait concrétiser notre relation, il était le témoignage tangible de ce plaisir farouche qui nous unissait. Nous n’osions bouger de peur de briser à la fois ce fil ténu et ce qu’il symbolisait. J’étais persuadée que Cécile ressentait la même chose que moi. Pourtant, sur le moment, j’avais plutôt éprouvé une sorte de dégoût à la vue de cette bave odorante. Mais cette impression fut de courte durée et je ne vis bientôt plus dans ce lien ténu que complicité et promesse de plaisirs nouveaux. Quelques gouttes tombèrent sur ma cuisse. Cécile passa délicatement sa langue sur sa lèvre et se mit à aspirer tout doucement le liquide. Je l’imitai aussitôt, nos bouches se rapprochèrent et reprirent contact. Nous nous embrassâmes longuement, nous fouillant avec lenteur cette fois.
Lorsque je délaissai la bouche de Cécile, j’étais comme saoule, grisée par le plaisir des sens et un bonheur ineffable.
Je réalisai soudain que le temps avait passé et qu’il était déjà bien tard.
— Mon Dieu, Cécile, tu as vu l’heure ? Il faut absolument que je rentre.
Prestement, j’entrepris de me rhabiller. Allongée sur son superbe lit d’époque, Cécile me regardait faire d’un air attendri.
— Dom ! fit-elle, tu devrais soigner ton apparence !
Je me sentis un peu piquée dans mon amour propre par cette remarque, mais je ne savais que trop à quel point elle avait raison.
— Tu… tu crois ?
— Tu n’as plus le temps maintenant, mais nous en reparlerons.
Son sourire était si doux, sa voix si chaleureuse, que j’eus la conviction qu’il n’entrait nullement dans ses intentions de m’humilier.
Je lui rendis son sourire.
— Oh, je suis sûre que tu sauras me conseiller !
Elle se leva, m’aida à ajuster mon soutien, me prêta sa brosse à cheveux afin que je remette un semblant d’ordre dans ma chevelure tout emmêlée. Pendant que je me battais avec quelque mèche rebelle, elle posa sa bouche sur mon sein et souffla brusquement une bonne goulée d’air chaud à travers le tissu. C’était divin !
— Arrête, Cécile, tu vas de nouveau m’exciter ! fis-je en riant.
— C’est bon, hein ? Elle prononça ces mots avec une voix et un air de petite fille canaille. Je la sentis heureuse et cela me procura un sentiment de plénitude et de joie profondes.
Le moment de nous quitter était arrivé, je fis quelques pas vers la porte. Cécile me rejoignit en deux bonds légers. Elle me fixa de son regard envoûtant. Tout en m’accordant un dernier et chaste baiser sur les lèvres, elle posa sa main sur mon sexe et appuya fortement, incurvant sa paume afin d’assurer le contact avec tout mon entrejambe. Son majeur se retrouva entre mes fesses, presque dans mon cul, tandis que son pouce exerçait une forte pression sur le haut de ma fente. Spontanément, je basculai le bassin de façon à offrir une meilleure prise.
— File, me dit-elle avec un sourire moqueur et sans me lâcher, tu vas te faire attraper !
Je dus m’arracher à cette étreinte délicieuse et franchis le seuil de sa chambre. Dans l’escalier, j’eus à nouveau l’impression de fuir. Je désirais ardemment rester auprès de Cécile, passer encore de longs moments à la regarder, à l’écouter, à la caresser, à lui faire plaisir de toutes les façons qu’elle puisse souhaiter.