Un amour de patronne
Chapitres 4 et 5
4. Où le rêve prend forme.
Cela se passa un samedi matin. La simple évocation des faits suffit, aujourd’hui encore, à me mettre en transes. Le vendredi soir, Christine, épuisée au terme d’une semaine surchargée, les yeux cernés, le teint gris, me demanda d’une voix lasse si je consentirais à venir la rejoindre le lendemain dans son bureau afin de l’aider à boucler quelques importants dossiers urgents. Au moment où je répondais, évidemment par l’affirmative, j’eus comme une intuition : je pressentis qu’il allait se passer quelque chose, quelque chose de décisif. Prise d’une réelle appréhension, je me dis que j’aurais peut-être du me raviser, mais la curiosité, ou une certaine forme de lâcheté, l’emporta et je n’ajoutai rien.
Je passai une nuit angoissée. La perspective de vivre une matinée entière avec Christine me terrifiait. Je craignais qu’elle ne finisse par deviner ma folle attirance pour elle et qu’elle ne prenne dès lors la seule décision que je n’étais pas dut tout prête à supporter : celle de me renvoyer. À cette seule évocation, une boule d’angoisse se mit à peser sur mon estomac.
C’est donc habitée par une sourde appréhension, le cœur battant, l’estomac noué, que je me présentai le lendemain à l’heure convenue devant la terrible et adorable femme qui avait, sans s’en douter, transformé ma vie en véritable enfer.
Fort heureusement, Christine, qui était déjà plongée dans l’examen d’un volumineux dossier ne m’accorda qu’une attention distraite, se contentant de marmonner l’une ou l’autre instruction sans m’adresser le moindre regard. Je m’en trouvais à la fois mortifiée et soulagée. Jamais je n’étais parvenue à déceler une quelconque de ces traces que laissent parfois sur un corps repu les ébats de la veille.
Un examen bref mais attentif déboucha sur la conclusion habituelle : rien à signaler. Elle n’avait pas vu son amant, à moins que… Je préférais n’échafauder aucune hypothèse, du moins pour l’instant.
La matinée, harassante, se déroula sans le moindre incident, à mon grand soulagement : j’étais arrivée, sans trop de peine, à conserver ma concentration. J’étais en train de glisser un ultime rapport dans une chemise suspendue lorsque j’entendis Christine m’annoncer d’une voix claire :
— Et voilà ! Je crois que nous pouvons nous vanter d’avoir comblé ce fichu retard ! Ce n’est pas trop tôt ! J’avoue que suis fourbue.
Ce disant elle se laissa choir dans le grand canapé de cuir. Je lui adressai un sourire qui devait être bien pâle. Je ne pus m’empêcher d’admirer ses belles longues jambes agréablement musclées, aux courbes bien dessinées posées nonchalamment sur la surface brillante du cuir poli. Elle avait laissé reposer sa tête sur le haut du dossier, assez élevé, du canapé, et, dans une attitude de détente, avait clos les paupières. Je sentis mon cœur se mettre à battre à grands coups. L’occasion était trop belle : après des semaines, de longues semaines d’entrevues raides et furtives où tout n’avait été que hâte, agitation, urgence, stress, voilà que je pouvais enfin contempler tout à loisir ce corps de rêve qui irradiait désormais chaque moment de ma vie, ce merveilleux objet de mes désirs refoulés. Sachant qu’elle ne pouvait me voir, je me mis à la manger des yeux, sans retenue, sans vergogne.
Je laissai mes yeux parcourir à nouveau les cuisses sculpturales, poursuivant la courbe harmonieuse que dessinait l’intérieur de la cuisse aplatie sur le cuir rigide. La minijupe, haut remontée dans le mouvement qu’avait fait Christine pour s’asseoir, ne dissimulait plus grand chose et je devinai, dans la pénombre, la blancheur d’une petite culotte dont je tentai d’imaginer la douce moiteur. Je sentis mes seins se durcir lorsque mon regard gourmand s’appesantit sur les formes généreuses qui gonflaient le chemisier entrouvert. Je pouvais voir la naissance des seins, j’en conçus un trouble irrépressible. Ainsi alanguie, Christine était plus belle que jamais, et je devais contenir une envie folle de me jeter sur ce corps magnifique qui gisait là, inerte, offert, interdit.
Il régnait dans la pièce un lourd silence chargé d’une espèce de religiosité, rythmé seulement par la respiration régulière de Christine qui avait probablement cédé au sommeil. L’instant était magique. Je n’osais esquisser le moindre geste de crainte de rompre le charme, de réveiller la dormeuse. Je demeurai là, figée, immobile, pendant un moment dont je serais incapable d’exprimer la durée ; un moment de pur ravissement, de crainte respectueuse, de véritable adoration. Mes sens ne s’étaient quelque peu calmés que pour me laisser percevoir un sentiment nouveau, intense, profond, mais que je n’arrivai pas à identifier. Un mélange de paix, d’abnégation, d’admiration et de tendresse.
Je ne pus réprimer un tressaillement lorsque résonna soudain, légèrement rauque, la voix de Christine :
— Dominique, soyez gentille : pourriez-vous me refaire une petite séance de massage comme l’autre jour ? Ça m’avait fait tant de bien !
Je me sentis envahie par un vent de panique. Christine n’avait pas rouvert les yeux et n’avait pas bougé d’un pouce. Le cœur battant, je m’approchai, me mordant les lèvres pour me contraindre à garder le contrôle de mes émotions et… de mes gestes.
Christine ouvrit les yeux et m’adressa un sourire qui me sembla un peu forcé. Elle envoya promener ses escarpins au milieu de la pièce, puis s’allongea de tout son long, sur le ventre. Je jetai un bref regard sur les fesses bien rebondies de ma patronne puis vins m’asseoir timidement sur un petit coin de canapé, tout près d’elle. J’entrepris de lui masser la nuque et le haut du dos à travers le fin tissu du chemisier. Avant de poser les mains sur elle, je m’interdis formellement toute émotion. Je m’efforçai d’accomplir une série de gestes purement techniques, et ce de façon machinale, sans état d’âme aucun. Au début, ça fonctionna plutôt bien et je parvins à cantonner mon esprit dans la surveillance étroite de mes gestes, attentive à leur seule efficacité.
Lentement, les nœuds se défaisaient sous mes doigts dont je dosais la pression avec précision, variant le rythme et l’amplitude de mes allées et venues. Cela dura un bon moment et je crus que j’allais me tirer de cette épreuve sans dégâts. Mais les choses n’allaient pas s’avérer aussi simples. Christine, apparemment reposée, détendue, manifesta le désir de profiter plus avant de mes dons de masseuse.
— Vous savez que vous faites ça rudement bien, Dominique ! Une vraie pro ! Avez-vous reçu une formation spéciale, pris des cours ?
Ce disant, elle se redressa à demi et, ayant effectué un léger déplacement, se trouva assise à mes côtés. Tout en parlant, elle se mit à déboutonner prestement son chemisier. Je sentis le sang affluer à mes joues, ma tête se mit à tourner. Sans m’adresser un regard, Christine déboutonna également ses manchettes puis, avec sa prestance habituelle, se débarrassa de son chemisier qu’elle laissa choir sur le parquet. Comme attirés par un puissant aimant, mes yeux se rivèrent sur la volumineuse poitrine de Christine qui se balançait, adorablement enserrée dans un soutien vert tendre orné d’un fin ruban de dentelle. Mon corps fut soudain parcouru de millions d’aiguilles. Dieu que je la trouvais belle en cet instant. Instant fort bref d’ailleurs, car elle reprit aussitôt sa position allongée sur le ventre. Écrasés par son poids, ses seins débordaient de part et d’autre de son buste et je contemplai la somptueuse courbure de ces chairs interdites.
J’arrivai à me ressaisir et me remis à masser, prudemment, précautionneusement, le dos aux admirables proportions qui s’étalait sous mes yeux. Le contact, direct cette fois, avec la chair ferme, à l’agréable texture, me procura un bien-être que je n’arrivai pas à refouler. Afin de mieux contrôler l’émergence des pensées coupables qui m’assaillaient, je me mis à faire d’amples mouvements de plus en plus appuyés. Je joignis les mains en-dessous de ses reins et remontai vers la nuque en ponctuant mon mouvement de petits à-coups que je répétais régulièrement de façon à produire une sorte de vaguelette obstinée. Après avoir réitéré l’opération quelques fois, je posai les mains sur ses côtes flottantes et appuyai quelques instants avant de relâcher très progressivement la pression. J’entendis Christine pousser un « ouf » de satisfaction.
— Ça fait du bien ! confirma-t-elle d’une drôle de voix, à moitié étouffée par le coussin, sans doute.
J’allais reprendre mon massage au niveau des épaules lorsque je remarquai que les fesses de Christine montaient et descendaient, lentement, mais régulièrement et de façon accrue. J’observai en même temps que, au moment de la descente, elle serrait les fesses et écartait légèrement les jambes. Le doute n’était pas permis : Christine était en train de s’exciter. De surcroît, et comme pour balayer mon dernier doute, je constatai que sa respiration s’était accélérée et se faisait à la fois plus rapide et plus bruyante.
Tétanisée, je n’osai plus bouger, persuadée que, quoi que je fasse, ce serait une catastrophe. J’aurais voulu n’avoir rien vu et être en mesure de conclure mon massage par une petite tape sonore sur l’épaule ou… mais je n’étais pas au bout de mes surprises. Christine se souleva sur un bras et, en une rapide rotation du buste, roula sur une épaule et se retrouva étendue sur le dos. À moitié dénudé, son corps sculptural s’épanouit sur le cuir souple du divan.
Elle avait gardé les paupières closes et avait relevé les bras par-dessus la tête. Elle avait le rouge aux joues, mais peut-être était-ce dû au fait qu’elle avait eu la tête appuyée sur les coussins durant de longues minutes ; elle haletait, mais sans doute reprenait-elle simplement son souffle ; tout son corps semblait frissonner, mais elle devait éprouver le besoin de s’étirer après un massage qui… mais non ! je ne pouvais me leurrer plus longtemps : elle était bel et bien excitée.
Je sentis une douce chaleur envahir le bas de mon corps à la vue de l’image sensuelle, provocante, érotique, qui s’offrait à mes regards admiratifs. Je fus prise d’une envie irrépressible de me mette à pétrir ces deux gros seins qui se dandinaient à portée de mes doigts. Ma vue se brouillait, je sentais tous mon corps s’embraser.
Comme pour continuer le massage, je posai les mains sur ses côtes flottantes qui saillaient par-dessus un ventre plat et musclé qu’elle étirait sous l’effet d’une évidente excitation. Je me mis à masser très lentement ses basses côtes, les yeux fixés sur ses seins qui semblaient vouloir bondir hors de leur étroit soutien. Les deux globes joufflus, recouverts d’un fin duvet blond, frémissaient sous le coup d’une excitation croissante. Les pointes, dressées, formaient deux petits monticules à travers le tissu distendu du soutien.
Christine ouvrit les yeux. Le regard qu’elle me lança alors me fut comme une décharge électrique. Ses prunelles enfiévrées brûlaient d’un feu intense, presque douloureux ; ses pupilles sautaient sans cesse d’un de mes yeux à l’autre ; une sorte de rictus de souffrance déformait la partie droite de son beau visage ; ses narines palpitaient tels les naseaux d’un cheval prêt à se lancer au galop.
Sidérée, je la fixais, m’attendant à voir se dissiper ce qui ne pouvait être qu’un produit de mon imagination en délire, une illusion liée à mon état de frustration, un fantasme saugrenu. Mais l’image délicieusement mouvante ne s’étiolait nullement. S’étant arc-boutée sur ses fesses et ses omoplates, elle poussait à présent sa poitrine vers le haut, tout en la faisant rouler sur son buste en une invite provocante. Son bassin montait et descendait en une danse lente et lascive, expression d’une puissante montée de désir ; ses cuisses étaient maintenant largement ouvertes.
J’avais déjà eu bien souvent l’occasion de contempler l’image du désir, sous toutes sortes de formes et en toutes sortes de circonstances, mais un désir aussi intense, teinté de surcroît d’une sorte d’appel désespéré, ça, je n’avais encore jamais vu, ni même imaginé. Ce corps alangui criait, hurlait son désir, se tortillait dans l’attente évidente d’être étreint, malaxé, trituré, violenté peut-être. Et j’étais là, paralysée, comme la plus parfaite des imbéciles, absolument incapable de donner suite à la demande de sexe la plus éloquente, la plus crue, la plus directe qui m’ait jamais été adressée.
Je compris ce qui me bloquait : comment se pouvait-il que ce ne soit pas ma patronne — avec toute l’autorité dont elle disposait, tout l’ascendant qu’elle avait sur moi — qui aie pris l’initiative de m’attirer à elle dès lors qu’elle en manifestait le plus criant désir ? N’était-ce pas dans l’ordre des choses que Christine, ma patronne, ma supérieure, ma maîtresse, que je vénérais, disposât de moi à sa guise, selon son absolu bon vouloir ? À l’évidence, la direction des opérations lui revenait de droit. Un geste, un regard, un mot auraient largement suffi à me jeter à ses pieds, pantelante et consentante. Pourquoi n’en avait-elle rien fait ? Décidément, je ne comprenais pas.
Elle haletait, ses mains pétrissaient à présent le haut de ses cuisses impudiquement ouvertes, elle imprimait à son bassin de forts mouvements ascensionnels, ses yeux me vrillaient, comme habités d’une sorte de démence.
Et, d’un seul coup, je compris. Je compris que cette femme merveilleuse, cette créature de rêve, cette bombe sexuelle, cette beauté insolente, cette vamp incroyablement sexy, était en réalité complètement coincée. Il lui était impossible — je venais d’en percevoir l’évidence — d’oser le moindre geste dans ma direction. Ce fut alors que le déclic se produisit. Plutôt qu’un déclic, ce fut comme la rupture soudaine d’un barrage, comme un grand mouvement de bascule, comme si le monde s’inversait, comme si je me trouvais tout soudain investie d’un pouvoir merveilleux, d’essence et d’origine magiques.
Je me sentis grandir, gonfler, vibrer d’une puissance neuve et inconnue. À l’inverse, j’avais l’impression que Christine rapetissait, qu’elle était à présent reléguée dans le rôle dérisoire d’une gamine apeurée. Elle me parut soudain si faible, si démunie, si désemparée et, en même temps, si sauvagement belle ! J’étais totalement bouleversée, émue comme je ne l’avais encore jamais été.
D’un coup, je lâchai les vannes. Les choses se passèrent alors très vite, dans une sorte de désordre frénétique et sauvage. Oubliant toute retenue, je franchis « la surface du miroir » : je me jetai sur Christine avec une violence que je ne cherchai nullement à contenir. Nos corps affamés se rivèrent immédiatement l’un à l’autre, nos lèvres entrèrent en contact, et ce fut là une délicieuse brûlure. Avec voracité, ma langue pénétra sa bouche et chercha sa langue qui m’attendait. Nos salives s’entremêlèrent, nos langues se livrèrent à une course poursuite effrénée, se mordillaient, se léchaient, puis repartaient de plus belle, tels deux jeunes chiens jouant dans l’herbe. En même temps, mes mains s’étaient emparées de ses seins qu’elles se mirent aussitôt à malaxer sauvagement. Mes doigts rageurs pénétraient cette chair chaude et ferme qui, énervée par l’attente, palpitait de frustration.
Je crois que je dus la griffer. Dans un même mouvement, mes mains parcouraient ces grosses boules agitées de frissons incoercibles et les écrasaient l’une sur l’autre. Nos vulves s’étaient immédiatement trouvées et se frottaient avec frénésie. Nous étions là, telles deux tigresses, à nous peloter, à nous griffer, à nous dévorer. Les mains de Christine s’étaient emparées de mes fesses et les malaxaient avec la même rage que je déployais à lui labourer les seins. Les mouvements énergiques qu’elle faisait pour cogner mes fesses l’une sur l’autre avaient pour effet de provoquer, à chaque fois, un léger courant d’air sur ma rosace que je sentais s’éveiller puis s’épanouir. Ma vulve se fit douloureuse, mais je n’entendais pas rompre le contact et je demeurai rivée au corps frissonnant de Christine. C’était comme si nous nous embrassions également par le bas.
La première vague de cet assaut soudain et violent était, je le sentais, en train de passer ou, plus exactement, la brusque poussée d’adrénaline qui avait déclenché l’ouverture des vannes était retombée, me rendant un minimum de lucidité. Alors que nos jeux se poursuivaient, une conviction s’imposa à mon esprit : c’était à moi qu’il incombait ici de mener le jeu, de conduire le bal ; la maîtresse ici, c’était moi, ce devait être moi. Illogique, absurde, mais évident.
Mue par une soudaine impulsion, je me redressai et contemplai Christine comme s’il se fut agi d’une proie, d’une victime. Je manquai jouir devant le spectacle de cette hallucinante beauté, complètement décoiffée, les yeux hagards, le visage rougi par endroits, les lèvres ruisselantes de nos salives mêlées, le souffle court, le corps agité de spasmes. Sous mes caresses frénétiques, le soutien-gorge avait cédé et un de ses seins s’était libéré. Sa poitrine était zébrée de longues marques rouges, témoins de mes violences, et, trônant au centre d’une aréole large et toute parsemée de petites rugosités agacées, se dressait fièrement un mamelon triomphant qui semblait bander comme un pénis miniature.
Je m’entendis prononcer d’une voix rauque et dure que je ne connaissais pas, étonnamment autoritaire, ce qui sonna à mes propres oreilles comme un ordre :
— Déshabille-toi ! intimai-je.
Je crus avoir tout gâché. Je redoutais de voir Christine se ressaisir, reprendre son rôle légitime de patronne avec la même soudaineté qu’elle l’avait abandonné, et me remettre à ma place au moyen de quelque formule bien assénée. Il ne m’aurait pas surpris qu’elle me giflât. Comment avais-je osé la tutoyer ? Où avais-je trouvé l’audace de lui adresser un ordre ?
J’étais terrifiée, m’attendant au pire. Déjà, j’étais prête à me jeter à ses pieds pour tenter d’obtenir son pardon. Il ne se passa rien de ce que je redoutais. Je vis passer comme un éclair dans son regard étonné, puis, reprenant son attitude suppliante de gamine prise en faute, elle entreprit de dégrafer son soutien.
Elle mit à dénuder sa poitrine une lenteur qui relevait plus de son état émotionnel que du calcul d’une experte en séduction. C’en était infiniment plus émouvant. L’émoi qu’elle en ressentait était presque palpable. Je sentis ma gorge s’assécher à l’apparition de sa poitrine qu’elle avait somptueuse. Une sorte de feu d’artifice au ralenti s’allumait dans mon vagin et remontait pour parcourir tout mon corps en libérant mille pétillements le long de mes cuisses, de mon ventre, pour venir s’épanouir dans mes seins qui bandaient à craquer. Elle ne manqua pas de remarquer l’effet que me procurait la vision de ses charmes. Elle avait une poitrine absolument superbe, ample, volumineuse, lourde, mais ferme et compacte, au galbe parfait. Les aréoles, larges et légèrement irrégulières, d’un bistre délicat, semblaient me fixer goulûment tels deux grands yeux étonnés.
Encouragée sans aucun doute par mon expression admirative, elle pointa ses seins vers moi pendant qu’à nouveau l’étrange rictus douloureux venait marquer son beau visage. Je m’approchai et me mis à soupeser lentement, avec une tendre douceur, ces superbes seins touts gonflés du désir d’être admirés, caressés, pétris. La chair était chaude, ferme et douce, parsemée de touts petits poils blonds presque blancs. Elle appuyait ses seins sur mes mains tout en se cambrant au maximum, pour mieux s’offrir. Nous vivions là un moment étrangement intense. Elle était visiblement fière de constater qu’on admirait ses superbes seins, qu’on prenait du plaisir à les toucher, à les caresser. À l’évidence, elle les avait des plus sensibles ; il suffisait, pour s’en convaincre, de voir à nouveau ses yeux chavirer et son bassin reprendre sa danse lascive. Elle recommençait à haleter, les yeux mi-clos, les chairs frissonnantes. Totalement prise par le jeu, je continuai de peloter les deux globes offerts, frémissants. Pour mieux exhiber ses seins, pour mieux les mettre en valeur, elle avait repoussé son bassin vers l’arrière de même que ses épaules et avait rentré son ventre au maximum comme font parfois les enfants qui jouent « au maigre ».
Ainsi offerte, elle était d’une beauté agressive. Telle quelle, elle aurait pu déclasser bon nombre de ces filles qui posent dans des magazines genre Playboy. À la différence que Christine, si elle avait été ainsi photographiée, n’aurait eu besoin de nulle retouche. Je m’étais remise à malaxer vigoureusement ses seins qu’elle avait enfermés entre ses mains afin, les écrasant l’un sur l’autre, afin de les faire saillir. Fascinée par les larges aréoles qui me narguaient insolemment, secouée d’un désir qui confinait à l’hystérie, je plongeai soudain sur un des globes que je me mis à lécher à grands coups de langue voraces. La chair chaude et tendre vibrait sous mes caresses.
Christine se laissa aller en arrière et s’étala sur le vaste divan. La suivant dans son mouvement, rivée à ses courbes frémissantes, je poursuivis ma caresse et entrepris d’investir le mamelon dressé que je me mis à titiller, à mordiller, à suçoter de toutes les façons et sur tous les rythmes. Je fus à nouveau envahie par une vague de chaleur. Au moment même où ma mouille se répandait sur ma cuisse, je sentis Christine se raidir, son visage prit une expression proche de la surprise ou de la peur, elle fut secouée de spasmes violents puis elle s’immobilisa, comme pétrifiée. Le temps parut se figer. Puis, avec une soudaineté et une violence inattendues, je sentis un jet chaud et épais se répandre sur ma cuisse tandis que Christine qui m’avait saisie par les épaules, écrasait mon corps sur le sien en même temps qu’elle poussait un long cri aigu. Tout son corps fut parcouru d’une sorte de séisme. Elle vibrait comme si elle était secouée par une décharge électrique. Puis, d’un seul coup, tout s’arrêta net et elle retomba comme une masse au fond du divan. Je venais moi aussi d’avoir un orgasme, et ce n’était pas le premier, mais il n’était guère comparable à l’éruption qui venait de secouer Christine.
J’étais bouleversée par l’intensité du spectacle. De l’avoir vue ainsi abandonnée, victime de ses sens en délire, je me sentais toute attendrie. Je me blottis contre ce corps superbe, encore haletant, tout moite et délicieusement odorant. Je le savais à présent : j’aimais d’amour cette femme merveilleuse, j’étais sa chose, son esclave consentante, son admiratrice soumise et prête à tous les outrages, à tous les plaisirs, à toutes les turpitudes.
Ma tête reposait sur l’un de ses seins, un mamelon à la portée de mes lèvres. Sans penser à rien, je me mis à téter ce beau sein ferme, rond et chaud qui m’était comme la surface du paradis. En même temps, je frottais délicatement ma vulve sur sa cuisse tandis que je promenais mes doigts sur son ventre en exerçant de légères pressions que je répétais de façon aléatoire. Je sentais le léger duvet blond se coucher comme les blés sous la caresse du vent. Aux petits gémissements de plaisir qu’émit Christine, au léger ondoiement de son corps alangui, au doux frémissement de son épiderme, aux pulsations de son pouls, je sus l’effet que lui procuraient mes caresses, et j’en conçus un bonheur et une fierté ineffables. Je savourai le goût de sa chair ferme et lisse, m’amusai à agacer du bout de ma langue les multiples petites rugosités qui ornaient son aréole et qui frissonnaient sous mes bécots. Arrondissant les lèvres, je m’emparai du mamelon et me mis à le resserrer et à le relâcher alternativement en variant la pression de mes lèvres tandis que ma bouche envoyait de petits coups répétés sur le sommet du monticule.
Christine poussa un petit cri et une de ses mains appuya sur ma nuque afin d’écraser mon visage sur son sein. De son autre main, elle parcourut mon bras, puis mon dos, s’attarda un instant sur mes fesses pour descendre le long de ma cuisse avant de remonter. Sa caresse était singulièrement hésitante, indécise, maladroite ; on eut dit une adolescente en train de découvrir l’amour physique. J’eus la conviction que c’était la première fois que Christine s’abandonnait dans les bras d’une femme. Il se confirmait du même coup que c’était bien moi — du moins pour le moment — qui devait être le guide de nos ébats.
Je rouvris les yeux et la regardai. Elle me sourit avec tendresse. Je lus dans son regard de la reconnaissance, du désir encore, ainsi qu’une sorte d’appréhension qui me contraria quelque peu.
— Oh, Dominique ! fit-elle d’une voix blanche, à peine audible. Dominique !… Je… Son regard reprit cette étrange expression à la fois suppliante et angoissée. Elle ne trouva pas les mots et ne poursuivit pas sa phrase. Timidement, comme si elle craignait de se faire rembarrer, elle approcha une main tremblante de mon épaule encore couverte par mon chemisier. Devinant son intention, je lui dis, sur le souffle :
— Oui, c’est ça, déshabille-moi. Et, au vu de son air coupable, presque craintif, j’ajoutai :
— J’en ai très envie ! Rien n’était plus vrai. En réalité, cela faisait des semaines que je n’osais plus espérer que Christine eut pour moi un regard, un geste, à défaut d’une ébauche de relation sexuelle, même fugace, dont je me serais contentée. J’étais prête à fondre, à me liquéfier aux pieds de ma maîtresse incontestée, de ma suzeraine, à laquelle j’avais — à son insu, c’était une évidence — accordé tous les droits sur ma personne. J’aspirais à ce qu’elle prenne le dessus ; je me surpris à désirer qu’elle me tyrannise, qu’elle fasse de moi son esclave obéissante, sa chose, sa poupée de chair. J’étais prête à me soumettre à tous ses caprices, à me plier à ses exigences les plus folles, à devenir l’objet de ses fantasmes les plus délirants. Eût-elle choisi de me faire souffrir, j’aurais accepté ses gifles, ses coups, ses humiliations, ses cruautés. Eût-elle pris un plaisir pervers à me pisser au visage que j’eus consenti avec joie.
Ce tourbillon de pensées ardentes qui se bousculaient dans mon esprit s’était bien entendu accompagné d’un regain d’excitation, et je sentais à nouveau mes seins palpiter du désir d’être contemplés à leur tour, d’être pétris, léchés, sucés. Une bouffée de désir incandescent remonta de mon vagin en feu pour se répandre dans tout mon corps languissant. Mon souffle se fit court, je sentis les ailes de mon nez palpiter. Il aurait fallu être aveugle pour ne pas percevoir l’excitation qui était mienne en cet instant et que je ne cherchais d’ailleurs nullement à dissimuler, tout au contraire.
Mon regard enfiévré, mon exaltation, mon désir manifeste, tout cela contribua à balayer les incroyables scrupules de ma maîtresse qui, timidement d’abord, plus franchement ensuite, entreprit de me débarrasser de ma blouse. M’étant légèrement soulevée afin de faciliter ses mouvements, je me mis à fixer Christine dans les yeux d’un air que je m’efforçais de rendre sévère, m’interdisant tout sourire. J’avais obéi là à une pure intuition. Mais cela fonctionna : Christine dénoua un à un les derniers boutons qui n’avaient pas sauté lors de nos premiers élans. Son regard parcourait tout mon corps : mes épaules à présent dénudées, mon ventre, mes cuisses, ma poitrine toute palpitante. Il me sembla qu’elle mettait un temps infini à me débarrasser de mon chemisier, comme si elle avait craint de briser une sorte de charme, comme si elle agissait en rêve ou sous l’influence de quelque drogue. Lorsque — enfin — le vêtement s’affaissa sur le parquet en un soupir mou, elle s’immobilisa, les yeux rivés sur mes seins. J’en ressentis une immense fierté, mais également une sourde appréhension. Jusqu’ici, il me semblait avoir fait ce qu’il fallait pour maintenir nos positions dans le délicat équilibre requis, mais il s’agissait de pas commettre le moindre faux pas : une maladresse, un mot déplacé, un geste prématuré, un regard trop appuyé, et tout risquait de s’effondrer comme un château de cartes.
Très lentement, j’emprisonnai ses mains entre les miennes et les dirigeai vers ma poitrine encore enfermée dans son soutien et qui hurlait son impatience d’être touchée, pelotée, pétrie. Un instant avant le contact, elle sembla se raviser, ses mains se mirent à trembler, elle tressaillit légèrement et son regard prit une expression inquiète. À l’évidence, elle était sur le point de braver un interdit. Je me mis à caresser doucement ses mains et, sans lui sourire, les yeux clos, je prononçai :
— Oh oui, vas-y !… Caresse-les, j’en crève d’envie !… Ne me fais pas attendre !
Apparemment, l’idée de lui donner purement et simplement des ordres était la bonne. Comme si un obstacle venait d’être levé, les mains de Christine reprirent leur course et atteignirent leur objectif. Dès qu’ils eurent établi le contact avec ma chair, ses doigts se mirent à la caresser, timidement, avec une insupportable lenteur et une légèreté qui manqua m’arracha un cri d’impatience. Assez rapidement, la caresse s’affermit et le contact des doigts se fit plus ferme. Bientôt, j’eus droit à un pelotage en règle : c’est à pleines mains à présent que Christine pétrissait mes seins, les écrasait l’un sur l’autre. J’allais avoir du mal à garder mon contrôle !
C’est que moi aussi j’étais particulièrement sensible aux attouchements mammaires. Il m’était arrivé bien souvent de connaître des orgasmes violents suite à une bonne séance de pelotage bien gérée, et ceci dès l’adolescence. Combien de fois ne m’étais-je pas promenée en ville, les seins nus sous ma chemise, afin de profiter de l’excitation que me procurait le frottement incessant du tissu sur mes pointes ! Je prenais alors un vif plaisir à les voir darder à travers l’étoffe distendue. Les regards enfiévrés que me jetaient les passants me mettaient alors en transes.
— Enlève ! dis-je d’un ton autoritaire, lui présentant mes seins.
Cette fois, c’est sans hésiter qu’elle passa les mains derrière mon buste et entreprit de dégrafer mon soutien. Elle se montra aussi maladroite qu’un collégien. Je la voyais de tout près à présent, le regard rivé sur mes rondeurs, les narines distendues, en train de se pénétrer de mon odeur. Je m’en sentis flattée. Lorsque, libérés, mes deux seins firent un petit bond en direction de son visage, je vis ses yeux s’agrandir et le rouge lui monter aux joues. J’en ressentis une joie indicible et une immense fierté ainsi qu’une flambée de désir. Je me dominai cependant et, pour faire diversion, me dressai de toute ma taille. Debout à présent devant Christine, ma maîtresse, ma patronne, je lui ordonnai :
— Enlève le reste !
Elle avait à présent le nez à hauteur de ma vulve. Stupidement, je frémis à l’idée qu’elle allait bientôt ne pas manquer d’apercevoir les taches éloquentes qui maculaient mon string ainsi que les traînées de mouille qui larmoyaient le long de mes cuisses. Elle fut prompte à faire glisser la fermeture de ma jupe et à la faire choir sur le sol. Je vis frémir les ailes de son nez : elle se remplissait de mon odeur. Enfin, glissant deux doigts entre ma peau et le fin tissu de mon string, elle fit glisser le dérisoire vêtement le long de mes jambes. Je sentais bien, à ma plus grande joie, qu’elle en profitait pour me caresser les cuisses au passage, puis les mollets.
Agenouillée devant moi, elle demeura dans cette attitude de totale soumission. Elle leva vers moi un visage à l’expression soumise, apeurée, comme si elle redoutait une quelconque violence. C’était troublant, comme irréel.
Sans penser à rien, je me mis à ondoyer lentement, me balançant d’une jambe sur l’autre, lui offrant mon corps à présent entièrement nu. Je n’étais plus animée que par un seul désir : plaire, séduire ! Oui, je voulais séduire cette femme merveilleuse, faire en sorte qu’elle m’admirât moi aussi, qu’elle me désirât encore et encore. Je passai mes mains dans ma chevelure pour la faire bouffer tout en m’exhibant aux regards enfiévrés de Christine qui semblait se délecter de ce spectacle. Je posai ensuite les mains sur mes cuisses que je parcourus lentement avant de les faire remonter vers mes seins que je me mis à caresser en un ample mouvement tournant. En même temps, j’imprimai à mon bassin un mouvement d’arrière en avant, écartant les cuisses pour mieux mettre en évidence ma vulve qui recommençait à me démanger furieusement. La voix de Christine, écrasée, rauque, mais sonore se fit entendre :
— Dominique ! Dieu que tu es belle !… C’est… c’est diabolique, jamais je n’aurais cru… ce… ce n’est pas possible !… je…
Elle commençait à se redresser, il me sembla qu’elle allait tenter de se reprendre, ce que je ne voulais à aucun pris.
— Lèche ! ordonnai-je, presque méchamment en lui tendant ma cuisse. Mon genou vint s’encastrer entre ses seins. Subjuguée, Christine s’empara de mon mollet qu’elle serra comme s’il se fût agi d’une bouée de sauvetage et, fermant les yeux, se mit à me lécher la cuisse. Seuls les deux premiers aller et retour de sa langue furent indécis : très vite, le mouvement s’amplifia et la pression s’accentua. J’avais l’impression que sa langue s’élargissait à chaque passage et qu’elle allait se mettre à me lécher tout le corps.
Interrompant ses coups de langue, elle s’empara brusquement de mes fesses qu’elle enserra avec fermeté ; elle sembla scruter un instant mon pubis comme si elle cherchait à y déceler un insondable mystère. Elle examina mes lèvres, ma toison, les contours de ma vulve, l’orifice qui suintait doucement son plaisir. Elle semblait hyper-concentrée. Au bout de quelques secondes de cet étrange examen, elle se mit à parcourir mes lèvres de ses doigts qui tremblaient légèrement. Me reculant un peu, je posai mes fesses sur le bord du divan tout proche. Ce nouvel appui, bien opportun, me permit d’assurer ma position et d’ouvrir bien davantage les cuisses afin de mieux offrir ma vulve à la curiosité anxieuse de mon étrange partenaire.
— Dominique !… Dominique !… balbutia-t-elle en hochant la tête, ce n’est pas vrai !… Oh, mon Dieu !…
Elle approcha délicatement le nez de ma vulve offerte et, ouvrant ses narines en grand, absorba l’odeur poivrée qui en émanait. Elle sembla s’en repaître, fermant un instant les yeux pour mieux savourer. Elle enfonça ensuite résolument son nez dans ma toison ruisselante, fourragea un moment à l’entrée de ma grotte, puis, presque brutalement, referma ses mâchoires sur ma vulve. Il y eut comme un moment de désarroi fort bref, puis elle se mit à mâchouiller mes grandes lèvres avec une vigueur croissante. Le feu du désir se répandit aussitôt dans tout mon corps. Je sus qu’il me faudrait lutter pour ne pas m’embraser instantanément. Ses lèvres et sa langue étaient brûlantes, c’était délicieux, fort, trop fort, j’étais au bord de l’orgasme. Elle aspirait à présent mes lèvres dans sa bouche pour mieux les triturer, les mâchouiller, puis elle les relâchait pour les reprendre et les étirer d’avantage. C’était horriblement délicieux !
Et puis soudain, s’enhardissant, elle plongea ses doigts réunis dans mon orifice béant, dégoulinant, écarta les chairs tuméfiées, trouva mon petit bouton rose qu’elle emprisonna aussitôt entre ses lèvres brûlantes. Je ne pus réprimer un cri de vive jouissance. Elle se mit à titiller mon clitoris qui venait de doubler de volume, tout durci, tout endolori, tout frétillant. Elle lui distribua une rafale de petits coups de langue brefs et précis, puis, disposant sa langue en gouttière, coulissa le long du petit pénis affolé. Je réprimai à grand peine l’orgasme qui montait. Je sentais les masses rondes et chaudes de ses gros seins qui enserraient une de mes cuisses. Je ne parvins pas à me contenir plus longtemps. Soudain, tout devint noir, puis des milliers d’étoiles éclatèrent, mon corps perdit ses limites, mes jambes, largement ouvertes, grimpaient vers un ciel enflammé, des éclairs parcouraient mes membres écartelés, tout se figea un bref instant avant que n’éclate le bouquet central : la grande poche dans mon vagin creva d’un coup, libérant son contenu qui se précipita au dehors en un éclaboussement triomphant que Christine reçut en pleine figure, maculant son nez, ses joues, ses cheveux, avant de dégouliner sur son menton puis de glisser le long de son cou. À travers une brume cotonneuse, je crus entendre :
— Ouiii !… Dieu que c’est beau !… Dieu que c’est bon !… Dominique, aaah !…
Vacillante, je me laissai choir, à moitié inconsciente.
Lorsque je revins à moi, j’étais étendue de tout mon long sur le divan, Christine à demi couchée sur moi me regardait intensément. Ses yeux exprimaient une infinie tendresse, un étrange mélange aussi de triomphe et de joie reconnaissante, ce qui me bouleversa. Son visage était tout maculé par mes sécrétions. Ses ailes de nez et ses lèvres étaient toutes maculées. J’en ressentis, stupidement, une bouffée de honte. Mais Christine se blottit contre moi et, enfermant mon visage entre ses mains, me baisa goulûment les lèvres. Sa langue, toute chargée de ma crème d’amour, chercha le passage puis se mit à lécher la mienne, la poursuivant avec fougue. Je n’arrivais pas à croire à mon bonheur : j’étais désirée par cette femme que j’admirais, je lui procurais du plaisir, elle était hors d’elle, toute excitée, à cause de moi !
Je serrai Christine dans me bras, à lui rompre les os. Elle me rendit mon étreinte. J’étais au ciel, à n’en pas douter, au septième ciel !
5. Obstacles.
Notre situation n’allait pas être simple : eu égard à la haute fonction qu’occupait Christine, il était hors de question que nous affichions notre relation. Une bien grande tolérance était certes apparue ces dernières années en matière d’homosexualité, mais les véritables bénéficiaires de cette évolution des mentalités ne se comptaient qu’exceptionnellement au-delà de la classe moyenne, et jamais sans difficultés. Le préjugé à l’égard des adeptes de Sapho restait tenace, nous en étions conscientes.
Nous avions décidé que, même en dehors du ministère, nous ne nous rencontrerions que dans des conditions d’absolue discrétion. Nous mettrions à nous voir toutes les précautions requises. C’est une véritable double vie qui s’imposait ainsi à nous : d’une part, la vie publique, officielle, réglée, avec son rituel et ses automatismes bien huilés, où seuls comptaient efficacité et rigueur, et, d’autre part nos rencontres discrètes et fugitives. Ce secret que nous partagions nous unissait plus sûrement que toute éventuelle ambition que nous aurions pu concevoir.
Au Ministère, nous nous comprenions au moindre regard ; le geste le plus furtif était chargé de sens et je m’empressais, à chaque occasion, de donner la suite — discrète ou officielle — que Christine attendait. Notre puissance de travail s’en trouva accrue et nous n’eûmes qu’à nous en féliciter. Le volume des tâches qui m’étaient confiées avait d’ailleurs considérablement augmenté, et il n’était pas rare que Christine me demandât de recevoir un visiteur de moyenne importance à sa place. Les comptes-rendus que je lui adressais de ces entretiens — faits dans la plus totale irrégularité — lui donnaient entière satisfaction, du moins me l’affirma-t-elle. Il faut dire qu’elle m’avait enseigné l’art de synthétiser le contenu d’une entrevue avec une précision et une rigueur exemplaires, et les nombreux exercices qu’elle m’avait imposés me donnèrent rapidement l’assurance et l’aplomb requis. Christine avait eu la prudence d’informer assez tôt le ministre qui, au vu des résultats, avait marqué un accord purement verbal, tout en précisant qu’il ne nous couvrirait nullement en cas d’incident. J’occupai ainsi, de façon totalement officieuse, les fonctions de « Secrétaire particulière du Chef de Cabinet de Monsieur le Ministre ». Ce poste — fictif — avait été créé tout spécialement pour moi : de quoi attraper le tournis !
Quant au véritable secrétaire de Christine, un jeune journaliste récemment promu grâce à une recommandation venue d’en haut, il avait suffi à Christine de lui présenter mon apport comme un simple adjuvant dont il ne pourrait que tirer profit. Il accepta, presque avec reconnaissance. Il faut dire que le garçon était si évidemment amoureux de sa patronne que c’en était risible. À chaque fois qu’il venait prendre ses instructions, ses yeux papillotaient comiquement et on le sentait fébrile et gauche. Le matin, lorsque nous nous répartissions les rendez-vous de la journée, c’est lui qui, bien entendu, se déchargeait sur moi des entretiens qui ne lui paraissaient dignes que de peu d’intérêt. Lorsque nous étions dans le bureau de Christine, il ne pouvait s’empêcher de la contempler d’un air ravi, affichant perpétuellement un sourire béat et faisant sans cesse rouler son stylo entre ses doigts. Christine parvenait, sans la moindre difficulté apparente, à ne lui adresser que des regards froids, clairs et directs, tout en lui tenant des propos aussi techniques et précis que possible.
De temps à autres, il prenait la liberté de venir me voir dans mon petit bureau pour bavarder un peu. En réalité, le sujet de conversation fut très vite toujours le même. Après avoir feint de s’intéresser à un quelconque dossier, il me questionnait sur Christine, cherchant à se faire une idée de ses habitudes de travail, de ses tics et manies éventuels, de ses exigences particulières. Il avait du se rendre compte que le tandem que nous formions fonctionnait efficacement. À l’évidence, la chose le préoccupait. J’étais persuadée qu’il crevait de jalousie. Je répondais d’ailleurs à ses questions de façon évasive, espérant le décourager, surtout lorsque celles-ci se firent plus précises.
Durant tout un temps, il chercha en effet à se faire de Christine une image plus personnelle, plus privée. Il voulut connaître ses goûts, savoir si elle allait au théâtre, à l’opéra, si elle aimait le sport, si elle en pratiquait l’un ou l’autre, etc. Il s’enhardit jusqu’à me demander qui elle fréquentait en privé. Après quelques temps, ayant réalisé qu’il n’avait aucune chance d’obtenir quoi que ce soit de Christine, son attitude à mon égard évolua. Il se mit à me féliciter — fort courtoisement d’ailleurs — sur mon efficacité au travail, sur mon dévouement, ma disponibilité, puis sur ma tenue, sur « le goût très sûr » avec lequel je décorais mon bureau. Il en arriva bien vite à me complimenter sur ma tenue, mon élégance, puis mon parfum, mes yeux, ma silhouette ; bref, il me faisait la cour.
— Vous êtes une très belle femme, vous savez, Dominique ! m’avait-il dit un jeudi, pendant la pause de midi qu’il était venu passer dans mon bureau. Il avait accompagné son compliment d’une œillade éloquente vers ma poitrine. La situation se compliquait : il me draguait à présent. Avait-il renoncé à attirer l’attention de Christine ? Rien n’avait changé pourtant dans son comportement à son égard : il continuait de la manger des yeux et de se troubler en sa présence. Cherchait-il à s’approcher d’elle par mon intermédiaire, voire à la rendre jalouse en me séduisant ? J’étais perplexe. Il me sembla utile de décourager le bonhomme.
— Où voulez-vous en venir, Hubert ? lui demandai-je, affichant un air désabusé.
— Oh ! mais nulle part ! affirma-t-il sans se départir de son assurance. Je ne faisais que souligner une évidence ! Et il appuya ses propos d’un sourire de loup affamé.
Il marquait un point ! Mais je ne me laissai pas décontenancer.
— Je vous remercie mais, voyez-vous Hubert… — et je me lançai dans un mensonge éhonté — mon ami actuel est un être merveilleux, il me donne tout que je suis en droit d’attendre d’un partenaire et, pour votre gouverne, il est jaloux comme un tigre.
— Ne vous emballez pas, Dominique, je…
La porte du bureau s’ouvrit brusquement pour laisser passer Christine qui, en un clin d’œil, avait deviné ce qui se passait. Il faut dire qu’Hubert se trouvait encore assis, on ne peut plus familièrement, sur le coin de mon bureau, ce qui lui permettait de plonger tout à loisir dans l’échancrure de mon chemisier et de me reluquer à sa guise.
La phrase tomba, nette et précise :
— Pas de ça ici, Hubert !
Livide, il déglutit bruyamment, se mit à papilloter des yeux bien plus encore qu’à l’ordinaire, chercha une excuse qui ne vint pas puis, sautant sur ses jambes, fila vers son bureau sans demander son reste.
Le regard que m’adressa Christine me tétanisa. Je sentis mon estomac se nouer et une boule d’angoisse me serrer la gorge. C’est d’une voix dure, serrée qu’elle me dit :
— Dominique, je voudrais que vous remettiez ce pli au ministre… immédiatement !
Le ton était impersonnel, administratif, mais nettement plus sec qu’à l’ordinaire. Elle tourna les talons et quitta le bureau. Mon nez se mit à piquer et je crus que j’allais fondre en larmes comme une gamine prise en faute.
De tout l’après-midi, Christine ne m’adressa pas un regard. Etait-ce par hasard qu’elle ne sollicita pratiquement aucun service de ma part ? Tout en accomplissant mes tâches routinières, je ne pouvais m’empêcher de me remémorer la scène. En fin de compte, je n’y étais pour rien si cet imbécile s’était cru autorisé à me draguer de la sorte. Je pouvais difficilement le flanquer à la porte : il était mon supérieur hiérarchique après tout et, à ce stade, il n’aurait pu être question de parler de harcèlement. Je me consolai toutefois à l’idée que la réaction de Christine me révélait son attachement. Ainsi, déjà, elle ne supportait pas qu’un autre s’approchât de moi. Je m’en sentis flattée, ce qui atténua quelque peu mon désarroi.
o o O o o
En fin d’après-midi, je reçus une visite des plus inattendue : Thomas, le délégué syndical, pénétra dans mon bureau, l’air préoccupé. Après quelques banalités d’usage, il se mit à me poser une foule de questions sur Christine ; il voulait savoir la manière dont elle me traitait, si elle ne se montrait pas tyrannique, si elle ne me surchargeait pas de travail, si elle ne me harcelait pas d’une façon ou d’une autre… J’acquis très vite la conviction qu’il s’était persuadé que Christine abusait de la situation, la chose ne semblait faire aucun doute à ses yeux. Agissait-il par sollicitude ou… l’idée m’effleura qu’il cherchait à en découdre avec Christine, pour quelque mystérieuse raison qui m’échappait. Ferait-il partie de ces hommes qui supportent difficilement de voir une femme faire preuve de compétence au point de se hisser à un poste élevé ; serait-il misogyne ? Je frémis à l’idée de ce que serait sa réaction s’il savait ce qu’il en était réellement. Quoi qu’il en soit, il ne me parut guère douteux que notre homme se cherchait un casus belli.
Ses soupçons ridicules donnaient toute la mesure de sa profonde incompréhension de la situation. Je me gardai bien de me montrer indignée et, partagée entre une envie folle de lui éclater de rire au nez ou de l’éconduire sans ménagements, je m’efforçai d’afficher le plus grand calme, trop consciente qu’une réaction trop vive de ma part aurait pu réorienter ses soupçons d’une manière bien plus périlleuse.
Visiblement contrarié, sentant bien qu’il n’obtiendrait rien de ma part qui puisse étayer sa thèse, l’œil mauvais, il asséna, avant de quitter rageusement mon bureau :
— La pression hiérarchique, voire l'abus de pouvoir, sont des pratiques inadmissibles, mademoiselle, j’espère que vous en êtes suffisamment consciente !
Le pauvre, s’il avait su ! Mais comment peut-on se fourvoyer à ce point ? J’achevai de me rassurer en considérant que, tout compte fait, sa profonde erreur d’appréciation constituait, pour Christine et pour moi, le plus sûr des remparts.
o o O o o
À peine rentrée, ce soir là, je me précipitai au téléphone et appelai Christine. Je n’obtins pas de réponse. Déçue, irritée, je tournais en rond dans mon petit appartement, n’arrivant ni à lire ni à m’intéresser aux nouvelles diffusées à la télé. Une seconde tentative, vers 20 h, s’était avérée également infructueuse et je demeurais là, à me ronger les sangs.
La sonnerie du téléphone retentit comme j’achevais mon frugal repas. C’était Christine ! À l’audition de sa voix, je sentis à nouveau mon estomac se nouer. Je m’aperçus que j’étais folle d’inquiétude.
— Dominique ? La voix était un peu écrasée, comme inquiète.
— Oui, Christine, je… j’ai essayé de t’appeler, je…
— Écoute-moi !… Je voulais te dire : j’ai sans doute eu une réaction un peu vive tout à l’heure et… je… ne t’en fais pas ma chérie, tu n’y es pour rien…
— Oh ! Christine, fis-je, avec une voix de petite fille, j’avais si peur que tu ne m’en veuilles, que tu n’ailles t’imaginer…
— Que tu te sois laissée séduire par Hubert ?… Non !… elle eut un petit rire cristallin. Non, j’ai simplement été… un rien jalouse, voilà tout. Pardonne-moi si je t’ai inquiétée. Et elle poursuivit : D’ailleurs, pour me faire pardonner, je t’invite à la campagne, ce week-end.
Je ne pus réprimer une explosion de joie :
— C’est vrai ? À la campagne… tu connais un endroit ?…
— Un vrai nid d’espions, tu verras. Je passe te prendre à 10 h ! Sois prête !
— Oh, Christine, je… Mais elle avait raccroché. Bien plus que soulagée, j’étais maintenant toute excitée à l’idée de me retrouver, pour tout un week-end, dans l’intimité de la femme que je m’étais mise à aimer comme une folle. Je n’arrivai pas à trouver le sommeil, ma pensée toute emplie de l’anticipation de mille caresses, mille douceurs, mille étreintes.