Bilitis
Un amour de patronne
Chapitres 1 à 3
À la vraie Christine, qui m’a servi de modèle ;
à Évelyne qui m’a tant aidée dans mes moments difficiles ;
à ma tendre Natacha sans qui la vie serait si différente.
À toutes celles et tous ceux qui tentent de surmonter la difficulté
d’aimer ‘autrement’, en dépit des préjugés,
et qui ne renoncent pas face aux obstacles encore nombreux
qui parsèment notre chemin.
1. Un nouveau chef de cabinet.
La nouvelle était enfin tombée : le ministre venait de remercier son chef de cabinet. À notre étage, celui des hôtesses d’accueil, ce départ ne surprit guère qui s’annonçait depuis plusieurs semaines. Les bavardages allèrent bon train lors de la sacro-sainte pause du déjeuner : chacune y allait de son commentaire.
— Oh ! moi je n’ai jamais pu encadrer ce pignouf ! clama la plantureuse Sonia. Et elle ajouta : Avec ses petits yeux porcins qui fouinaient partout… Hou là ! hou, le vilain !…
Cette condamnation lapidaire provoqua un éclat de rire général.
— Qu’est-ce qu’il était moche ! enchérit la petite Suzanne, se libérant visiblement d’un poids.
— Moi, il m’a toujours fait penser à mon ancien prof de maths ! affirma Françoise, la préposée au téléphone.
Mylène, une petite rousse au visage constellé de taches de son s’adressa à moi :
— Il t’a sûrement draguée, Dominique, non ? Elle appuya sa question d’un regard insistant.
Un lourd silence tomba et tous les regards convergèrent dans ma direction. Je ne savais plus où me mettre. Je maudis cette petite sotte de Mylène qui n’avait pas pu s’empêcher… Avec son petit visage de souris, elle faisait un peu penser à Marlène Jobert. Elle me fixait de son air têtu, visiblement impatiente d’obtenir enfin — par la force — réponse à une question qu’elle m’avait maintes fois posée et que j’avais toujours éludée. Mylène était plutôt du genre pot de colle. Elle m’avait devancé de quelques mois au Ministère et, depuis le jour où j’avais pris mon poste à l’accueil, elle n’avait pas cessé de me harceler. À l’évidence, elle aurait vivement souhaité faire de moi une amie, une très chère amie… sa petite amie, pour être précise. Elle ne manquait pas, à chaque fois que nous nous croisions dans un couloir, ce qui arrivait fréquemment, de m’adresser un sourire gourmand, le plus souvent accompagné d’une œillade éloquente vers ma poitrine. Il faut reconnaître que, de ce côté-là, je suis plutôt bien fournie. Ce généreux cadeau de la nature s’est vite avéré un cadeau empoisonné : dès mes quatorze ans, il m’a fallu recourir à toutes sortes de ruses pour tenter de dissimuler une poitrine précocement imposante aux regards concupiscents de la grande majorité des hommes — et d’un nombre appréciable de femmes — que je pouvais croiser.
Lassée des œillades appuyées dont ne manquaient pas de me gratifier les visiteurs du Cabinet, je suppliai Irène, notre aînée et supérieure hiérarchique, de me confier un autre poste que l’accueil direct des visiteurs. Celle-ci jeta sur mes seins dûment enfermés dans un tailleur de coupe stricte, un petit regard amusé que j’interprétai comme complice, et me confia, à mon grand soulagement, la responsabilité de l’accueil des visiteurs du seul ministre. Moins nombreux, ceux-ci se montraient nettement plus réservés. En contrepartie, j’eus droit à une cour muette, mais ô combien pressante, du ministre en personne. Bel homme, plutôt grand, d’une extrême élégance, ce sexagénaire conservateur ne manquait pas de m’adresser, à chaque fois que j’introduisais un visiteur, un sourire gourmand appuyé d’une œillade sans équivoque.
Mortifiée, Mylène avait pu se rendre compte de la faveur ministérielle dont j’étais devenue l’objet. Elle en conçut une jalousie féroce.
La question qu’elle venait de me poser ne me surprit donc pas, mais, soudain confrontée à la convergence des regards de tout le team, j’étais plutôt désemparée. Aussi quel ne fut pas mon soulagement lorsque j’entendis les paroles salvatrices prononcées par Irène, d’une voix forte :
— Allons, mesdemoiselles ! la pause est terminée, retournez à vos postes, s’il vous plaît.
J’adressai à Irène un regard empreint de reconnaissance. Elle me décerna un bref clin d’œil avant de s’en retourner vers le bureau du ministre. Le dépit de la pauvre Mylène était presque palpable !
o o O o o
Quelques jours plus tard, nous fûmes toutes convoquées dans la salle de conférences. Irène m’avait confié le matin même que le nouveau chef de cabinet venait de prendre ses fonctions.
— Tu seras surprise ! m’avait-elle affirmé avec un étrange sourire. Je n’avais rien pu en tirer de plus.
Nous étions donc là, toutes réunies dans la grande salle lambrissée aux plafonds richement ouvragés. Les conversations allaient bon train. Toutes se demandaient à quoi allait pouvoir ressembler leur nouveau patron. Après quelques minutes, Irène vint nous rejoindre.
— Mesdemoiselles, s’il vous plaît ! intima-t-elle. Le silence se fit aussitôt, celles qui s’étaient assises se levèrent d’un seul mouvement, et nous attendîmes, le regard fixé vers la porte. Quelques instants s’écoulèrent qui me semblèrent interminables, et le nouveau chef de cabinet du ministre fit son entrée.
Je réprimai une exclamation de surprise : le nouveau chef de cabinet était une femme, et quelle femme ! Grande, mince, superbe, d’une élégance rare dans un tailleur gris perle qui lui allait à ravir. Elle était d’une beauté à couper le souffle. Il émanait de sa personne une sorte d’aura qui inspirait un respect immédiat. Elle avait enfermé sa chevelure, probablement abondante, d’une belle teinte châtain clair, en un chignon bien serré. Elle portait une paire de lunettes à épaisse bordure noire qui lui donnait un air sévère. Ses yeux, grands et légèrement en amande, étaient d’une eau bleu pâle, presque transparente. D’un regard impénétrable, elle parcourut lentement notre petite assemblée. Elle prit le temps de mesurer du regard chacune d’entre nous, comme si elle cherchait d’entrée de jeu à se faire une idée de ce que nous pouvions valoir. Lorsque ses beaux yeux bleus s’arrêtèrent sur moi, je fus comme prise de panique. Je me sentis fondre sous ce regard inquisiteur. Je ne baissai pas le regard cependant, me laissant comme pénétrer par un fluide que je sentis se répandre en moi. L’impression était étrange : un mélange d’effroi et de fascination.
À n’en pas douter, nous étions en présence d’une maîtresse femme. Il me sembla — mais j’étais trop impressionnée pour être sûre de m’en rappeler fidèlement aujourd’hui — qu’elle s’attarda quelque peu sur moi, parcourant toute ma silhouette de haut en bas et de bas en haut. Quoi qu’il en soit, il est clair que ce bref examen nous troubla toutes ; la plupart d’entre nous en parlait encore quelques semaines plus tard. Elle nous adressa un bref discours, nous assurant qu’elle comptait sur notre dévouement, notre disponibilité et notre tact. Sa voix était à l’image de son apparence : un beau médium, ample et chaud, autoritaire et majestueux.
Je gardai de ce premier contact une impression complexe, mélange d’admiration et de crainte respectueuse. Une chose était claire : il nous faudrait marcher à la baguette ! Il me semblait évident que nous n’aurions guère droit à l’erreur.
Au début de la semaine suivante, je fus appelée dans le bureau de notre nouvelle patronne. Ce n’est pas sans appréhension que je franchis la double porte capitonnée sur laquelle une plaquette de cuivre brillant affichait simplement : « Christine Zamann. Chef de Cabinet ». Je m’avançai, en proie à une vive appréhension, au milieu de la vaste pièce richement meublée. Je remarquai l’apparition de superbes plantes tropicales et l’agréable odeur qui baignait les lieux. Ça me changeait de l’odeur de cigares et de vieux papier du chef de cabinet sortant.
Assise à une vaste table, totalement dégagée à l’exception du dossier ouvert devant elle, de quelques menues fournitures de bureau et d’un combiné ultra moderne aux fonctions multiples, la nouvelle maîtresse des lieux était en conversation téléphonique. Elle ne me prêta tout d’abord aucune attention, puis, soudain, m’invita d’un geste bref et précis à m’asseoir en face d’elle sur une des chaises jouxtant son bureau. Tout en poursuivant son entretien, elle me fixa à nouveau d’une façon insistante, comme si elle cherchait à me deviner, à me découvrir. Je crus percevoir dans son regard pénétrant comme une légère pointe d’ironie, voire d’amusement. Je sentis la rougeur me monter aux joues, ce qui accrût mon malaise. Je crus fondre littéralement lorsque ses yeux s’arrêtèrent un instant sur ma poitrine avant de remonter le long de mon cou et de s’arrêter sur mes lèvres. La lueur ironique s’était muée en quelque chose de beaucoup plus subtil que je n’identifiai pas. Elle raccrocha soudain d’un petit geste vif.
— Bien ! fit-elle, sans préambule. Mademoiselle, je voudrais vous attacher à mon service personnel.
Bien que prononcée d’une voix douce et calme, la phrase avait sonné comme un ordre. Elle poursuivit :
— Vous vous tiendrez à ma disposition en permanence et serez prête à faire suite à toute demande… sans délai. Est-ce entendu ?
Prise de court, ne sachant trop si je devais me réjouir ou m’effrayer, je balbutiai :
— Euh… oui madame, oui, bien sûr… comme il vous plaira.
— Mademoiselle ! rectifia-t-elle avec un sourire amusé.
Je me mordis les lèvres. J’avais remarqué pourtant qu’elle ne portait pas d’alliance. Comment avais-je pu l’oublier ?
— Excusez-moi, ma… mademoiselle ! fis-je, penaude. Je me sentais ridicule.
— C’est sans importance, conclut-elle. Irène vous indiquera les procédures. Vous avez trois jours pour prendre vos dispositions. Rendez-vous ici même lundi à la première heure. Voilà ! ce sera tout. À plus tard, Dominique. Vous permettez que je vous appelle Dominique ?
C’était à peine une question. Je hochai la tête.
— Oui, oui, bien sûr. Au revoir, ma… mademoiselle… Mes respects.
Mais elle ne m’écoutait plus, plongée déjà, l’air songeur, dans le dossier étalé devant elle.
o o O o o
Il ne s’agissait pas à proprement parler d’une promotion, mais cette fonction enviée représentait un notable privilège ; les regards boudeurs, voire franchement hostiles dont me gratifièrent quelques unes de mes collègues dès le lendemain achevèrent de m’en convaincre.
En quelques jours, cette femme fascinante avait pris sur moi un ascendant extraordinaire. Curieusement, moi qui ne suis pourtant pas de nature à me laisser mener par le bout du nez, je ne me sentais nullement piégée et ne fus en aucune manière rebutée par la nette surcharge de travail et l’accroissement significatif de mes responsabilités. Au contraire, je m’efforçais de satisfaire pleinement les exigences de ma nouvelle patronne que, déjà, je vénérais. J’étais toujours prête à porter au ministre un dossier ou un pli urgent, à transmettre à la mécanographie une circulaire à modifier ou à appeler en urgence un quelconque collaborateur. Cette disponibilité permanente avait, en peu de temps, tissé entre cette femme — dont je ne savais rien, — et moi, pauvre esclave consentante, un lien indéfectible. Un aspect positif non négligeable était que les heures supplémentaires, qui s’étaient rapidement accumulées, étaient grassement payées.
2. Inaccessible.
Ce soir-là, un vendredi, nous nous retrouvâmes toutes deux enfermées dans son bureau alors que presque tout le personnel avait quitté les lieux. Je venais de lui apporter de chez le ministre la note verte qu’elle attendait ; elle jeta un rapide coup d’œil sur le document, afficha un sourire satisfait, puis se laissa tomber sur le vaste canapé de cuir qui trônait au fond de la pièce en poussant un profond soupir.
— Ouf ! je suis rompue ! fit-elle.
C’était la première fois que je la voyais se relâcher quelque peu et j’en ressentis une certaine gêne, comme si je venais de violer son intimité. En même temps, la découverte de cette fragilité inattendue déclencha en moi un sentiment de complicité, presque de tendresse. Je venais de la découvrir plus humaine, plus accessible, plus normale en quelque sorte.
Elle ôta ses lunettes et fit coulisser sa cravate dont elle venait de desserrer le nœud. Elle prit une profonde goulée d’air et m’adressa — chose rare — un large sourire. Je m’en sentis tout honorée et, en même temps, intimidée.
Cherchant ce que je pourrais bien faire pour la soulager, je m’entendis dire :
— Voulez-vous que je vous masse la nuque ?
Rougissant aussitôt de mon audace, j’esquissai un petit pas en arrière qu’elle ne sembla pas remarquer.
— Quelle bonne idée ! fit-elle. Je crois que j’en ai bien besoin.
S’étant redressée, elle ôta d’un geste preste l’épingle qui maintenait son éternel chignon et libéra une magnifique et abondante chevelure qui se répandit sur ses épaules en longues volutes soyeuses, légèrement bouclées.
Je sentis mon cœur se mettre à cogner dans ma poitrine. Ainsi abandonnée, dans la pénombre qui baignait cette partie de la vaste pièce, elle m’apparut d’une beauté rayonnante.
Elle posa les mains de part et d’autre de ses cuisses, sur le cuir du canapé, ferma les yeux et inclina légèrement la tête vers l’avant. Je réalisai que c’était à moi d’agir à présent et, sortant de ma torpeur admirative, je m’approchai. Contournant le canapé, je passai dans son dos. J’eus une hésitation au moment où mes doigts allaient entrer en contact avec la peau de sa nuque. J’avais l’impression d’être sur le point de commettre une sorte de sacrilège. Ainsi, j’allais toucher cette femme merveilleuse, j’allais oser poser la main sur cet être sublime, objet de la crainte respectueuse de tous, et qui m’intimidait au plus haut point. J’en étais toute frissonnante. En même temps, je réalisai que je n’aurais cédé ma place pour rien au monde.
Je posai délicatement mes mains sur la nuque offerte. La peau était douce, soyeuse. Je sentais le léger duvet blond se coucher au passage de mes doigts attentifs qui venaient d’amorcer un lent et prudent va-et-vient le long de la nuque endolorie. Les muscles de son cou étaient durs comme du bois et il me fallut un bon moment pour arriver à les détendre. Pour accroître l’efficacité de mon massage, je m’insinuai plus avant sous la chemise, couvrant une surface de chair plus importante. Afin de m’y aider, ma patronne relâcha les boutons du haut de son chemisier.
D’où je me trouvais, en surplomb, je pouvais à loisir contempler le corps de ma patronne qui s’était complètement abandonnée à mes caresses. Je ne pus m’empêcher de jeter les yeux dans l’échancrure qui venait d’apparaître. La naissance de deux seins volumineux se révélait à présent à mon regard admiratif. Je fus prise d’une envie soudaine de palper ces deux masses de chair qui se dandinaient mollement au rythme de mes allées et venues.
M’étant légèrement penchée vers l’avant, je pouvais apercevoir la fine dentelle d’un soutien-gorge de soie bleue qui, visiblement, avait peine à contenir la volumineuse poitrine de Christine. Refoulant immédiatement mes pensées, aussi déplacées que coupables, je poursuivis mon massage. Je tressaillis lorsque j’entendis prononcer d’une voix légèrement rauque :
— Dieu que c’est bon !… Continuez ma petite Dominique. Ça me fait un bien fou !… Vous êtes douée, vous savez ! acheva-t-elle en ponctuant ses paroles d’un petit rire.
Il émanait de sa personne une odeur, légèrement poivrée, de transpiration qui me fit monter le feu aux tempes. Je ressentis au niveau de l’entrejambe un picotement caractéristique qui commença à m’affoler. Ce que je ressentais pour cette femme n’était plus seulement de l’admiration, c’était du désir ! Cette constatation me bouleversa et je me félicitai d’être ainsi placée dans son dos, hors de portée de son regard perçant. Mais les choses faillirent tourner au désastre lorsqu’elle prononça, à brûle-pourpoint :
— Merci, Dominique, ça ira comme ça !
Je retirai vivement les mains de sa nuque et tentai, de façon dérisoire, de me fondre dans la pénombre ambiante. Mais déjà, elle était debout et me faisait face. Elle chaussait ses terribles lunettes à montures noires et refermait les boutons de son chemisier. Je vis, à regret, disparaître les deux globes généreux derrière la fine étoffe de lin. Je crus défaillir lorsque, interrompant son geste, elle fronça les sourcils et me dévisagea.
— Qu’avez-vous, Dominique ? vous êtes écarlate !
— Ah !… euh… bredouillai-je, complètement paniquée, je… — j’avais envie de me glisser sous le riche tapis persan — je crois que… que j’ai un peu chaud.
Je brûlais en effet… de désir, de honte.
Le regard de cette femme qui venait, à son corps défendant, de s’emparer de mes sens, se fit soupçonneux, le temps d’un éclair. Ce fut si bref que, le moment suivant, je doutai de la pertinence de ma perception.
— Bon ! Eh bien je crois que nous avons bien mérité de rentrer nous reposer, n’est-ce pas ? fit-elle, affichant un large sourire qui me sembla, je ne sus dire pourquoi, légèrement forcé.
— Oui ! lui répondis-je, d’une petite voix qui tremblait. Reposez-vous bien ! Je me précipitai vers la large porte du bureau, n’osant la regarder. J’allais franchir le seuil lorsque je l’entendis m’interpeller :
— Dominique !
Mon sang se figea dans mes veines. Prenant sur moi, je me retournai, posément, essayant de sourire de façon acceptable.
Debout au milieu de la pièce, Christine me regarda un long moment sans rien dire, me scrutant attentivement. À l’évidence, elle cherchait à deviner les raisons de mon émoi. Je m’efforçai au calme, mais je sentais mon cœur battre à tout rompre dans ma poitrine.
Son regard me sembla froid et sévère. J’y vis passer une étrange lueur que je n’identifiai pas. Ses lèvres s’entrouvrirent, je la vis déglutir puis l’entendis me dire, d’une voix rauque :
— Merci Dominique ! Bon week-end.
Nos regards restèrent comme accrochés un bref instant. Je n’arrivais pas à deviner ce qu’elle éprouvait en ce moment magique et redoutable, délicieux et terrifiant. Je m’arrachai enfin et m’enfuis comme une voleuse.
o o O o o
Dès que je fus rentrée dans mon petit appartement, je me précipitai sous la douche afin de tenter d’apaiser mes sens en délire. Quelques minutes plus tard, nue, face à mon miroir, en train de m’éponger les cheveux, je me pris à me demander ce que ressentirais ma nouvelle patronne à me voir ainsi. Éprouverait-elle un certain plaisir à regarder mon corps, à le caresser, à en découvrir les recoins intimes ? Aimerait-elle pétrir ma poitrine, parcourir de ses mains mes cuisses duveteuses ?
Je tentai d’imaginer la scène et, à cette évocation, je sentis mon entrejambe s’humecter et mes seins furent parcourus de ce picotement qui me conduisait si souvent aux portes de la volupté. J’imaginai les mains de Christine en train de parcourir tout mon corps.
Je me mis à me peloter vigoureusement les seins, les écrasant l’un sur l’autre tout en essayant de me représenter l’expression que prendrait, à ce spectacle, le visage de Christine. Je me mis à ondoyer face au miroir, en proie à une excitation grandissante. Je me jetai sur mon lit et me mis à me masturber sauvagement, comme une collégienne.
Je me fis jouir plusieurs fois de suite, avec une sorte de rage frustrée, pétrissant mes seins gonflés par l’excitation, cherchant à me persuader que c’étaient les mains de Christine qui les malaxaient ainsi. Toute trempée de mouille et de larmes, je plongeai bientôt dans un sommeil agité.
o o O o o
La semaine suivante me fut une véritable torture. Je dus me rendre à l’évidence : j’étais tout simplement amoureuse de ma patronne ! J’aspirais à être en sa présence le plus souvent possible ; mais si l’occasion s’en présentait en effet assez fréquemment, c’était à chaque fois pour ne la voir que quelques instants, occupée, indisponible, ne me prêtant aucune attention. Il m’arrivait de me trouver tout près d’elle, à son côté, dans son parfum, mais telle son ombre, alors qu’elle s’adressait à d’autres.
Je prenais plaisir alors à écouter sa voix chatoyante, à me laisser envahir par cet émoi qui me submergeait. C’était un supplice permanent. Cette femme superbe, intelligente, fine, racée, sensible, intuitive, je le devinais ; désirable en tous points, était là, tout à côté de moi et je ne pouvais que lui décliner hâtivement quelque formule stéréotypée ou lui adresser quelque rapport succinct. Il m’aurait suffit d’avancer la main pour la toucher et je passais ma journée à réprimer l’envie d’accomplir ce geste. L’attirance croissante que j’éprouvais pour cette femme qui m’avait ensorcelée tournait à l’obsession.
Dès que je me trouvais en sa présence, l’air se mettait à vibrer, des ondes de désir émanaient de mon corps pour se ruer sur le sien ; mille mains, miennes et invisibles, jaillissaient de ma peau frémissante et parcouraient ses cuisses, son ventre, sa poitrine, palpaient ses fesses, agaçaient les pointes de ses seins, se glissaient dans son slip et pénétraient son vagin ; une multitude de mes langues parcouraient son ventre, léchaient ses aréoles, son cou, ses lèvres, pénétraient sa bouche puis, filaient vers sa vulve et s’en allaient mordiller son clitoris… Je sentais mes seins gonfler, mes pointes me démangeaient et mon entrejambe me lançait d’insupportables fulgurances. Oh ! je devenais folle !
Je commençais à redouter de me trouver en sa présence. Je craignais sérieusement que mon attirance ne soit devenue impossible à dissimuler. J’avais de plus en plus de mal à brider ainsi mes sens, à maîtriser mon désir. Plus d’une fois il m’était arrivé d’avoir à me précipiter aux toilettes pour me changer car j’avais mouillé comme une malade.
Quelle dérision ! Dire que, d’ordinaire, quand un gars ou, occasionnellement une fille, me plaisait, il me suffisait de répondre à un regard ou à un sourire et l’affaire était faite. Je me trouvais ici dans la situation de la débutante complètement désarmée. N’ayant pratiquement jamais eu à entreprendre de manœuvres de séduction, j’ignorais tout des subtilités des approches difficiles. Tout au plus m’étais-je, par jeu, pour me changer de la trop prévisible facilité coutumière, attaqué à quelques cas difficiles : un bel adolescent qui osait à peine me regarder, paralysé par la timidité ; un richard prétentieux et qui croyait pouvoir s’acheter toutes les filles qu’il voulait (je lui en fait baver, celui-là !) ; ou encore ce brave gars, marié à une véritable tigresse et qui me jetait des regards désespérés.
J’étais à nouveau en train de payer le prix, inattendu, d’un corps trop sexy. Cadeau empoisonné, une silhouette comme la mienne ! J’en arrivais à regretter à nouveau d’être ainsi bâtie, comme lorsque, jeune adolescente, je m’effrayais des regards enfiévrés des hommes.
— Dominique, veuillez porter ceci à Jean-Pierre, il en a besoin tout de suite.
La voix me parvint à travers une brume cotonneuse. Machinalement, je tendis la main et recueillis l’épaisse chemise gonflée de documents.
— Oui, oui, j’y vais… articulai-je. M’arrachant à la cruelle douceur de sa présence, je sortis du bureau, au bord des larmes. Je devais vraiment me surveiller : je me savais sur le point de craquer.
Je me dirigeai vers les ascenseurs d’un pas machinal, l’esprit totalement absorbé par mes fantasmes : je voyais Christine, allongée sur le sol de son bureau, nue, alanguie, les mains attachées à l’un des pieds de sa table et en train de jouir comme une bête pendant que je lui léchais la vulve à grands coups de langue voraces. Les yeux révulsés, elle poussait une longue plainte…
— Ça va, Dominique ?
La petite voix aiguë de Mylène m’arracha brusquement à ma rêverie érotique. Elle venait de me rejoindre dans l’ascenseur. Ramenée à la réalité, je lui répondis :
— Euh !… oui, oui, ça va… merci.
— Tu es toute pâle !…
— Ce n’est rien ! juste un peu de fatigue.
— Dis donc ! on ne te voit plus beaucoup depuis que tu es au service particulier de Sa Majesté ! minauda-t-elle.
— Sa Majesté ?
— Ben oui ! c’est comme ça qu’on appelle la nouvelle patronne… Ne me dis pas que tu ne le savais pas.
— Si ! je l’ignorais !
— Et… ça se passe bien ?
— Oui… oui… pourquoi est-ce que ça n’irait pas ?
Elle m’agaçait, cette petite fouine, et je n’avais qu’une envie : que l’ascenseur s’arrête à l’étage afin que je puisse la planter là et filer !
— Elle est exigeante, non ?…
Les lourdes portes métalliques venaient de coulisser s’ouvrant sur le vaste hall. Je m’élançai vers la gauche sachant que Mylène irait rejoindre son desk situé sur la droite. Elle ajouta hâtivement :
— En tous cas, elle a l’air de t’apprécier !
Je m’immobilisai, lui fis face et ne pus m’empêcher de questionner :
— Qu’est ce qui te fait dire ça ?
Trop heureuse d’avoir réussi à m’accrocher, Mylène ne se fit pas prier :
— Elle a passé un joli savon à Geneviève qui râlait sous prétexte que tu avais été choisie à cause de… enfin…
Mon cœur se mit à battre à coups redoublés.
— À cause de quoi ?
— À cause de ton physique, tiens ! lâcha-t-elle, boudeuse.
— À cause de… ah ! ça par exemple ! m’exclamai-je, au comble de la gêne, tout en espérant que mon émoi soit mis sur le compte de la surprise. Je me demandais comment j’allais bien pouvoir m’en sortir cette fois, mais, à mon vif soulagement, Mylène poursuivit :
— Cette idiote n’avait pas entendu la patronne arriver. Ça a été cinglant !
— Ah ?
— Elle lui a dit, très calmement : « mademoiselle, sachez que les personnes qui travaillent pour moi sont sélectionnées selon leurs seules motivations et compétences, ainsi que pour leur abnégation et leur force de travail. Vous feriez bien de tenter de lui ressembler à cet égard. Tenez-le vous pour dit. »
— Et… et alors ?
— Geneviève était mortifiée. Elle s’est mise à pleurer après le départ de « Sa Majesté ». Elle a affiché un profil bas pendant au moins trois jours.
Je ne sus trop comment je devais interpréter les faits que Mylène venait de me rapporter.
— Merci, Mylène ! murmurai-je. La petite rousse m’adressa un sourire béat avant de s’en aller de son côté.
3. L’Intermède Mylène.
Les choses ne semblaient pas près de s’arranger : je n’arrivais pas à retrouver mon calme et je redoutais de me trouver dans l’envoûtante proximité de Christine. Je dus me l’avouer : j’étais comme une chatte en chaleur et je ne voyais pas bien ce qui pourrait atténuer mes tourments. Je ne cessais d’essayer d’imaginer qui pouvait bien partager sa vie, qui avait le droit de poser ses mains sur ce corps superbe, de lui procurer du plaisir. Aimait-elle ? Elle devait avoir un amant, un homme de sa classe, qu’elle avait probablement choisi parmi une cour nombreuse. Cette pensée me mettait à la torture. Je me sentais prête à toutes les violences.
Pour faire diversion et tenter de réorienter mes pulsions, je me remémorai les plaisirs que j’avais pu éprouver entre les bras des beaux mâles que j’avais pu m’envoyer à l’occasion. Comme j’avais aimé ces pénétrations sauvages ou plus élaborées, comme j’avais joui en sentant ces bites gonflées de désir me labourer avec brutalité ou persévérance. Je me rappelai le jour où ce représentant de commerce m’avait offert une somme rondelette rien que pour pouvoir contempler ma poitrine au fond d’un parking souterrain. Il me revint également en mémoire le plaisir trouble et puissant que je prenais avec Jean-Jacques qui s’éclatait comme une bête en jouissant sur mes seins. Ces évocations, loin de me calmer, ne faisaient que m’exciter davantage et me ramenaient d’autant plus cruellement à l’objet douloureux de mon insatisfaction présente.
Je décidai de m’accorder un répit : une halte aux toilettes me permettrait de me rafraîchir et de décompresser tant soit peu.
Je m’étais passée de l’eau sur le visage et j’achevais de m’éponger lorsque je vis entrer Mylène. Décidément, elle était incontournable, celle-là !
— Ah ! tu es là ! fit-elle en entrant. Je vis ses yeux s’arrondir et le rouge lui monter aux joues. Me demandant ce qui lui prenait, je réalisai que je devais offrir un curieux spectacle : en effet, afin de mieux m’asperger, j’avais généreusement entrouvert mon chemisier et… l’image éloquente que me renvoya le grand miroir accroché à la colonne centrale m’éclaira aussitôt quant à l’émoi de Mylène : mon chemisier était pratiquement sorti de ma jupe, mes seins à demi découverts débordaient largement de mon soutien et une des aréoles dépassait carrément ; le tout offrait ainsi un tableau bien provoquant. J’entrepris aussitôt de me rajuster. Mylène s’approcha de moi, en proie à une vive agitation.
— Oh ! Dominique, qu’est-ce que tu es belle ! me lança-t-elle, éperdue, son regard enfiévré parcourant tout mon corps.
Mon premier mouvement fut de la repousser, et même de la tancer vertement, mais le désarroi qui s’affichait sur son petit visage tout rougi par l’émotion me désarçonna quelque peu. Prenant mon absence de réaction pour un encouragement, Mylène se jeta littéralement sur moi.
— Dominique, Dominique ! haleta-t-elle, pardonne-moi, il y a si longtemps que… que je… Elle était véritablement survoltée. D’un geste résolu, elle écarta les pans de mon chemisier que je n’avais pas eu le temps de reboutonner et s’empara de mes seins qu’elle se mit aussitôt à malaxer avec fougue. Elle haletait, les yeux exorbités. Sa langue sautait comiquement d’un coin à l’autre de sa bouche largement ouverte. Elle était en proie à une forte excitation. Avec une surprenante agilité, ses mains plongèrent dans mon dos et dégrafèrent mon soutien.
J’étais tellement sidérée que je ne pus esquisser le moindre geste de défense. Mylène poussa un petit cri aigu lorsque, libérés de leur entrave, mes seins firent un léger bond en avant. Ses yeux se rivèrent à ma poitrine et je vis ses ailes de nez se mettre à battre frénétiquement.
— Dieu que tu es belle ! articula-t-elle d’une voix blanche.
Elle fourra sa tête entre mes seins qu’elle écrasa sur ses joues puis se mit à parcourir la surface de mes globes à grands coups de langue gourmands.
J’ai toujours été particulièrement sensible au niveau de la poitrine, et les caresses sauvages de Mylène, conjuguées à l’état d’énervement et de frustration dans lequel je me trouvais, me conduisirent presque aussitôt à une excitation irrépressible. Je sentis mes seins, que Mylène continuait de peloter et de lécher généreusement, se mettre à bander, mes pointes se durcirent et je sentis une douce chaleur se répandre dans mon entrejambe. Rentrant le ventre sous le coup de l’excitation, je me cambrai pour mieux m’offrir aux attouchements de Mylène qui, réalisant que je m’abandonnais, redoubla ses caresses.
Après m’avoir adressé un bref regard où brillait une lueur de triomphe, elle se mit à me téter goulûment, ce qui acheva de m’embraser. Sûre d’elle à présent, elle insinua une main sous ma jupe, franchit la barrière dérisoire de ma petite culotte et se fraya un chemin vers ma vulve déjà ruisselante qu’elle se mit aussitôt à labourer d’un doigt expert tout en continuant de me téter et de me peloter. C’en était trop : sous l’effet combiné de cette triple caresse et de mon énervement, je me laissai aller et me mis à jouir sans retenue.
En fin de compte, nous avions bel et bien perdu la tête toutes les deux. Je fus la première à me ressaisir. Mylène, qui était probablement encore sous l’emprise d’une forte jouissance, me tenait enlacée. La tête fourrée entre mes seins, elle frottait convulsivement sa vulve sur ma cuisse et poussait une curieuse plainte évoquant les pleurs d’un nourrisson. Je lui pris la tête entre les mains et l’obligeai à me regarder. Elle avait les yeux révulsés, à l’évidence, elle était en pleine pâmoison. La bouche grande ouverte, elle pompait l’air à petits coups répétés, comme un jeune chien qui a trop couru. Ça avait quelque chose d’à la fois pitoyable et attendrissant, comme le chagrin d’une petite fille.
Il me fallut attendre que l’orgasme fût passé et qu’elle se calmât un peu. Délicatement, mais fermement, je lui pris les mains, desserrai son étreinte et la fit se lever. Elle était comme hébétée. Elle balbutia :
— Oh, Dominique ! Qu’est-ce que j’ai pu jouir, tu n’as pas idée ! Je… je… ça faisait si longtemps que j’attendais ça !… c’est pas croyable… je…
— Mylène, ça suffit ! Rajuste-toi, tu es toute dérangée. N’importe qui pourrait entrer, nous avons eu de la chance. Ce disant, je me rajustai moi-même, ce qui était plutôt nécessaire. Mollement, Mylène en fit autant.
Elle affichait à présent un sourire ravi, ce qui eut le don de m’agacer. Très vite, j’eus le sentiment d’avoir commis une belle bourde en m’étant ainsi laissée aller. Il ne faisait hélas aucun doute que cette petite imbécile allait tirer parti de l’incident. Elle voudrait sûrement remettre le couvert et, à coup sûr, elle n’allait pas manquer de se vanter auprès de l’une ou l’autre collègue. Je frémis à cette perspective et décidai de prendre les devants afin de limiter la casse. Je me tournai vers elle qui achevait de se passer du rouge sur les lèvres et lui annonçai :
— Écoute-moi bien, Mylène ! Ce qui vient de se passer entre nous est un accident, vu ? Il y a deux choses que tu dois savoir : la première, c’est que ça ne se reproduira plus, plus jamais ; la seconde, c’est que, si je découvre que qui que ce soit en dehors de nous deux est au courant, tu pourras te chercher un autre emploi. Ai-je été suffisamment claire ?
J’avais prononcé ma tirade d’une voix dure et rauque qui me surprit moi-même. Il faut dire que j’étais pénétrée d’une froide colère, contre moi-même, contre ma faiblesse, contre mon incapacité à dominer mes sens. Le visage stupidement ravi de la petite rousse se décomposait au fur et à mesure que je précisais ma menace. C’en était presque comique. Elle me répondit, d’un ton apeuré :
— Co… comme tu voudras Dominique. Tu ne dois pas t’énerver…
Je bénéficiais heureusement d’un certain ascendant sur cette fille naïve quoique certainement capable de sournoiserie, si ce n’était pire. J’ajoutai :
— Je veux que tu saches que je ne t’en veux pas pour ce qui vient de se passer. Nous avons connu un moment d’égarement et c’est à deux que nous avons fait cette bêtise. Mais ceci ne change rien à ce que je viens de te dire, ok ?
Après m’avoir regardée un long moment avec une expression de stupeur apeurée, Mylène fondit brusquement en larmes. Allons bon ! me dis-je, il ne manquait plus que ça !
Je lui repris la tête entre les mains — elle s’était mise à sangloter comme une enfant — et la fixai sans agacement ni sévérité. Je parvins à lui dire avec douceur :
— Là, là ! c’est tout ! tu n’as aucune raison de prendre ceci au tragique, voyons.
Sa réponse me sidéra :
— Mais, Dominique, je t’aime ! articula-t-elle, retenant à grand peine une nouvelle série de sanglots.
Complètement désemparée, je ne savais trop que faire.
Mue par une soudaine impulsion, je lui baisai les lèvres, sans hâte. Le tremblement irrépressible qui l’agitait s’interrompit. Tenant toujours sa tête emprisonnée entre mes mains, je conclus :
— Ne t’y trompes surtout pas, Mylène : ceci est pour sceller notre pacte !
Sans lui laisser le temps de se ressaisir, je la plantai là et m’empressai de quitter les lieux avant d’avoir à essuyer une nouvelle crise de désespoir.
o o O o o
Enfermée dans la cage d’ascenseur qui me ramenait au dernier étage, je me rappelai que, au plus fort de mon exaltation, c’étaient les mains de Christine qui avaient parcouru mon corps, ses lèvres qui me suçaient les seins. Le retour à la réalité me parut bien amer. Je redoutais à présent de me trouver en présence de Christine avec, sur la conscience, ce que je considérais déjà, un peu stupidement peut-être, comme une infidélité. En réalité, j’étais furieuse contre moi-même : comment avais-je pu me laisser aller ainsi ? La petite Mylène n’avait fait que profiter de mon désarroi, sans même se rendre compte de ce qui se passait en toile de fond.
La semaine qui suivit fut un lent et long calvaire. À la différence toutefois des jours qui avaient précédé l’incident avec Mylène, je m’interdisais de fantasmer sur Christine. Je la voulais ma patronne, ma patronne seulement, et je compensais, non sans efficacité d’ailleurs, ma frustration par un zèle accru dans le travail. Il m’arrivait cependant, seule le soir dans mon cocon, de me laisser aller à sangloter comme une adolescente.