Bilitis
Les Belles et les Bêtes
Bon, autant prévenir : ici, c’est carrément du délire ! J’ai voulu m’essayer à écrire un texte aux antipodes de tout ce que j’aime dans l’amour : la délicatesse, le respect, la tendresse, la douceur… Mais en même temps, je sais qu’il peut nous arriver d’avoir des envies totalement déraisonnables, sauvages, brutales. Nous nous sentons chiennes parfois, salopes, dépravées, vicieuses. Ceci, bien sûr, uniquement dans le feu d’une action qui nous a enlevé une bonne part de notre raison ‘raisonnable’ et levé quelques sérieux tabous. C’est cette région sauvage, inavouable, cruelle et certainement irrationnelle qui se niche en nous, quelque part, au cœur de notre sexualité, que j’ai voulu tenter d’approcher ici. Du pur fantasme ! J’ai imaginé, comme toile de fond, un de ces mauvais films x américains, où il n’y a pas grand-chose à attendre qu’une triste vianderie, même si c’est sous un soleil radieux et dans des décors paradisiaques. Celles et ceux qui me lisent d’ordinaire seront probablement surpris(es). Une fois n’est pas coutume, et c’était tentant ! Accrochez-vous !…
1. Les bêtes
Les quatre brutes ne m’avaient laissé aucune chance : ils s’étaient rués sur moi avec une précipitation telle que je n’avais même pas eu le temps, paralysée par la surprise et l’effroi, d’esquisser le moindre geste de défense. L’aurais-je fait qu’ils en auraient à coup sûr profité pour me violenter séance tenante. Ils s’étaient contentés de s’emparer de moi et de me conduire derrière la baraque que j’avais aperçue depuis la route. Le plus fort, un grand rouquin à la carrure de géant m’avait jetée négligemment sur son épaule puissante et m’avait brinquebalée telle un vulgaire sac de pommes de terre jusqu’à cette petite clairière éloignée de la baraque d’une centaine de mètres environ. Il me jeta au sol et les trois autres s’empressèrent de m’attacher à un tronc qui jonchait le sol en bordure de la clairière.
Je n’avais pas hurlé ni cherché à me débattre, sachant que l’entreprise était aussi vaine que dangereuse. Des cris aigus n’auraient pas manqué de les exciter, tout autant que mes frétillements. Je dus prendre sur moi, il est vrai, pour ne pas céder à la panique, mais je parvins à demeurer immobile dans l’idée, un peu illusoire sans doute, d’offrir le moins de prise possible à leur sauvagerie.
Si ce pneu n’avait pas stupidement éclaté au sommet de cette colline, ou s’il avait eu la bonne idée de tenir encore quelques kilomètres, je n’aurais pas eu à ranger mon quatre/quatre à cet endroit au bord de cette route isolée en pleine montagne, en ce début d’après-midi torride. Et j’aurais pu repartir assez vite si cet imbécile de Romuald avait seulement songé à remettre le cric à sa place. Et si j’avais dévalé le versant est au lieu de dégringoler la pente vers l’Ouest, je n’aurais pas aperçu cette maudite cabane et je ne m’en serais pas stupidement approchée dans l’idée de trouver du secours.
Et j’étais là à présent, attachée à ce tronc comme une esclave, comme du bétail. Ça ne traîna pas : un de mes agresseurs, un grand brun au regard allumé, s’approcha de moi avec, à la main, un énorme couteau de chasse. D’un geste brusque, il arracha ma chemise à carreaux et en écarta les pans. Ses yeux se rivèrent aussitôt sur mes seins, emprisonnés dans leur soutien de fine dentelle. Les trois autres s’affairaient autour de lui, mais je ne faisais que les apercevoir de manière assez floue, tant ma vue était brouillée par les larmes qui jaillissaient de mes yeux sans discontinuer. Je crus tout d’abord que le gaillard allait m’égorger et je fermai les yeux, paniquée, me préparant à mourir. Le contact froid de la lame sur mon buste, entre mes seins, me fit tressaillir. Rouvrant les yeux, je vis la lame, large et parfaitement lisse, brillant d’un éclat aveuglant sous le soleil californien, frémir un instant avant de s’éloigner brusquement. La brute venait de trancher le fin raccord qui joignait mes deux bonnets. Libérée, ma poitrine se répandit sur mon buste. Affolée, je vis deux des hommes se rapprocher de moi, leurs yeux étaient comme fous. Ils étaient en train d’astiquer leurs sexes dénudés qui me parurent énormes. Les bites se rapprochaient de mon visage, j’en eus un hoquet d’angoisse et de dégoût. Le grand roux écarta ses deux complices et vint se placer juste au-dessus de moi. Il tenait en main un chibre démesuré qu’il m’enfourna dans la bouche sans ménagement, m’obligeant à le sucer. Il exécutait de grands coups de bassin, se branlant de la sorte dans ma bouche, sans se préoccuper que ces mouvements, mal contrôlés, manquaient de m’étouffer. Je ressentis soudain une vive douleur à hauteur de la poitrine, le quatrième individu venait de s’emparer de mes seins et les malaxait sans ménagement.
Ainsi maîtrisée, mon corps dénudé, livrée à la merci de ces quatre brutes, écartelée telle une suppliciée, je devais offrir un spectacle parfaitement obscène. J’éprouvais une douleur aiguë et la vive humiliation je ressentais me tirait des larmes de honte. Mue par une sorte rage impuissante, sauvage, j’étais révulsée à l’idée d’être ainsi à la merci de ce quatuor de porcs en délire.
Le phallus du géant se retira soudain de ma bouche et le bonhomme, écarlate, les dents serrées, le visage barré d’un rictus cruel, se mit à se branler comme un sauvage au-dessus de mes seins. Ceux-ci étaient rouges et douloureux suite au traitement qu’ils venaient de subir. J’aperçus mes tétons tout gonflés, tout meurtris, qui dardaient vers les visages congestionnés de mes prédateurs. Ils étaient quatre à présent à se branler sur un rythme d’enfer juste au-dessus de mes seins qui tremblotaient au rythme des soubresauts qui agitaient mon corps en tous sens. Il était clair que ces mouvements désordonnés se répercutaient sur mes seins affolés qui dansaient ainsi sur mon buste une danse étrange et tressautante, ce qui ne manquait pas d’exciter ces hommes au plus point. J’en conçus un mélange de dégoût et de rancœur.
Soudain dans un râle sauvage, le grand roux, les yeux fous, pointa son sexe devenu turgescent vers mon visage et libéra une série de violents jets blanchâtres qui s’élança à l’assaut de mon visage et mes cheveux. Il fut presque aussitôt imité par ses trois acolytes qui, braillant tels des chiens à la curée, se répandirent sur ma poitrine en longs jets crémeux. À moitié écœurée par l’odeur âcre de mâle en rut que ces trois brutes dégageaient, j’avisai ma poitrine ruisselante de leur foutre, qui se soulevait en cadence, et j’eus un spasme de pur dégoût. Les quatre comparses hurlaient à présent tels des loups. La scène, sauvage, parfaitement bestiale, avait quelque chose de terriblement primitif.
Le Mâle triomphant venait de me donner ici toute la mesure de sa grandeur, de sa noblesse, de son indéniable supériorité !
Le hurlement qui nous parvint à cet instant nous glaça tous les sangs : d’une puissance incroyable, une sorte de hululement inhumain résonna comme en écho aux cris de jouissance des quatre compères. Un bruit de piétinement s’ensuivit aussitôt et le rideau d’arbustes qui bordait la clairière s’écarta pour laisser le passage à un ours énorme qui se précipita sur le quatuor. La débandade fut indescriptible. Hurlant de frayeur, les quatre misérables qui s’empêtraient dans leurs pantalons, fuirent comme des rats, de toute la vitesse dont ils étaient capables. En un clin d’œil, la clairière fut vide et je ne perçus plus que des hurlements de terreur qui s’éloignaient et des bruits de course parmi le feuillage et les plantes hautes. À en juger par les bruits, l’affaire fut vite réglée ! Quelques glapissements, quelques bruits de chute de corps vraisemblablement disloqués et jetés ça et là et ce fut le silence. Un silence terrible qui dura une éternité pour moi, toujours attachée à mon tronc, couverte de sperme, rouge, haletante de frayeur et secouée de frissons incoercibles.
Je faillis hurler de terreur lorsque je réalisai que l’ours revenait sur ses pas, qu’il remontait vers moi. Les bruits de feuilles foulées et de branches brisées qui se rapprochaient ne laissaient pas le moindre doute : il allait surgir à nouveau. Une sorte de profond instinct m’empêcha de me laisser aller à crier. Les yeux écarquillés, je fixais l’endroit où la brute n’allait pas tarder à paraître.
La bête était énorme, monstrueuse. Un adulte en pleine force de l’âge. Il s’immobilisa un instant à l’orée de la clairière, me regarda, dodelina de la tête puis, à mon grand effroi, reprit vers moi sa lourde marche, sans hâte aucune. Je n’osais le regarder. J’étais là, tremblante de frayeur, crispée, prête à me faire déchirer par l’animal, ne souhaitant qu’une chose : qu’il me tranchât la carotide dès le premier coup de griffe. Je haletais, soufflais comme une locomotive, couverte d’une suée d’angoisse, prête à mourir. L’attente devint vite insupportable. Mais qu’attendait-il donc ? J’avais envie de lui crier :
— Allons, mais vas-y, qu’on en finisse.
Comme il ne se passait rien, je rouvris les yeux. L’ours était toujours là, gigantesque et paisible, tel un monolithe. Il avait légèrement incliné la tête et me regardait avec… était-ce possible… je crus lire au fond de ses yeux comme une lueur de... mais oui, de tendresse. J’en frissonnai de surprise et de soulagement. Sans me laisser le temps de me questionner davantage, l’animal approcha sa lourde tête de mon corps meurtri et, au moment où je me demandais s’il n’allait pas se décider à me dévorer tout de bon, il me gratifia d’un énorme coup de langue. Une large tranche de viande baveuse et rêche me parcourut tout le buste et la poitrine. Je n’étais certes pas à la fête, cependant je ne pus m’empêcher de ressentir, au contact de cette langue énorme, si râpeuse et en même temps si douce, une sorte de choc émotionnel, comme si, par-delà la bestialité, l’ours avait réussi à faire passer quelque chose de… mais oui !… de sensuel ! Cela tenait du fantasme !... Il doit bien exister quelque part une accro des léchouilles qui verrait ici son fantasme se réaliser ! L’haleine du fauve était à peine supportable, mais, dans ses yeux, quelle douceur ! Il émit une sorte de grognement sourd, sembla déglutir, fit de tout petits yeux, tel un chat satisfait, puis après s’être légèrement secoué se détourna et s’éloigna de son pas lourd et cadencé. Je restai ainsi immobile quelques minutes, abasourdie, puis je me mis à rire comme une démente, me soulageant de toute la tension accumulée. N’était-ce pas incroyable, inouï, rocambolesque ? Ainsi, j’avais failli me faire violer par quatre humains abjects pour finir par me faire lécher par un ours justicier ! Délirant !…
En attendant, j’étais là, étendue sur ce tronc, en plein soleil, toute dégoulinante des sécrétions de ces hommes et de la bave d’un animal sauvage. Je devais dégager une odeur épouvantable et présenter un spectacle d’une rare obscénité ! Comment allais-je m’en tirer à présent ? J’eus beau me tortiller dans tous les sens, je n’arrivais qu’à resserrer mes liens. Les gaillards savaient faire des nœuds ! Il se passa probablement une heure, peut-être deux… je mourrais de soif et mon corps n’était plus qu’une douloureuse courbature. Je commençai à désespérer lorsque j’entendis rouler de petits cailloux sur le sol. Je faillis pousser un cri de surprise lorsque je vis la fille. Elle portait des culottes de cheval et une chemise de toile beige dont les pans étaient noués sur son ventre plat et musclé. Une volumineuse paire de seins distendait l’étoffe de la chemise largement échancrée. Une longue chevelure auburn ruisselait sur ce corps de vamp. Son regard, fascinant, me parut quelque peu cruel. Était-ce là la délivrance qui m’arrivait ou devais-je m’attendre à de nouveaux sévices ?... Cette plantureuse beauté était-elle un ange venu du paradis ou une diablesse issue de l’enfer pour me châtier de ma lubricité ? Le fouet négligemment passé à sa ceinture me fit redouter le pire. Je frémis d’angoisse et attendis que la belle créature se rapprochât. Elle me mangeait des yeux. Je fondis de honte lorsqu’elle fut juste au-dessus de moi à me dominer de toute sa hauteur. Je présentais un joli tableau : totalement offerte à sa vue, les mains attachée, dépoitraillée, le buste maculé d’un mélange de sperme et de bave d’ours, du sperme séché sur le visage et dans les cheveux. Ma culotte, que mes agresseurs n’avaient guère pris la peine de me retirer, était descendue jusqu’à mi-cuisses révélant ma vulve et le haut de mes cuisses écartées. S’agissant de n’importe quelle autre personne, j’aurais probablement imploré aide et assistance, mais là, en face de cette créature à la fois attirante et redoutable, je m’entendis articuler, d’une voix rauque :
— Pardon ! je… je ne suis pas très présentable…
Je ne m’étais jamais sentie aussi ridicule, aussi méprisable, aussi honteuse. Ce que je venais de dire devait prêter à rire. Mais quelle idiote suis-je donc !… Je la regardai d’un air suppliant, ne sachant à quoi m’attendre.
2. Les belles
J’ai toujours adoré les longues balades à cheval. Ma jument est ma meilleure compagne, je pourrais d’ailleurs presque dire ‘ma meilleure amie’. Je n’aime pas les humains, ils me font chier, tous autant qu’ils sont. Les mecs sont arrogants, prétentieux, brutaux et niais ; quant aux nanas, toujours trop remuantes, trop bruyantes, elles me gonflent tout autant. Mes parents sont une paire d’abrutis dégénérés.
Ma connasse de mère, qui fume comme un sapeur et qui écluse autant que le demi-débile qui m’a engendré un soir de beuverie, n’a jamais été foutue de lui tenir tête. Le jour où il m’a pratiquement défoncé le crâne et fessée à mort parce qu’il m’avait surprise en train de me masturber, cette demeurée n’a pas eu le moindre mot, le moindre geste pour me venir en aide.
Les crétins boutonneux qui se ruaient sur mes gros nichons à l’école n’ont été qu’une bande de minables éjaculateurs précoces, des dégonflés, des lopettes. Pouah ! Le seul qui soit jamais arrivé à me faire frémir — un peu — est cette brute de Harry Hugedick qui prétendait me ‘catapulter au septième ciel’ ! Ah ouiche ! Le pauvre taré ! Tout ce qu’il a réussi à me coller, c’est une envie folle de sexe, de baise… personne n’est encore arrivé à me donner du plaisir, et pourtant je me suis laissée étendre sur la paille par un sacré nombre de mâles, de tout poil et de tout âge. Je ne jouissais pas, c’est tout !
Depuis des années maintenant, je me laboure rageusement le clito’ et je m’enfonce n’importe quoi dans le tunnel d’amour, je devrais dire l’oubliette ! Ouais, ça mouille un peu, je suis vaguement secouée par de petits frissons et puis c’est marre ! Pas la peine d’en parler ! Je crains bien que pour moi, le sexe soit d’une consternante morosité. Enfin ! Heureusement, j’ai Diane, ma jument, ma copine, mon amie. J’adore ses grandes fesses bien rondes, son odeur sauvage, ses hennissements nerveux. Elle est belle, musclée, souple, puissante, robuste. Elle me devine, elle sait tout de moi. Quand elle me fait les yeux doux, je fonds de tendresse. Elle est le seul être au monde pour qui j’éprouve un sentiment qui ne soit pas de l’hostilité. Je ne peux m’empêcher d’être fascinée par sa vulve que je contemple durant de longues minutes parfois, en proie à un trouble singulier. Pourquoi les animaux ont-ils le sexe apparent ? C’est débile ! J’ai vu un jour un étalon prêt à saillir ! Quelle horreur ! Je crois que le sexe me dégoûte, sauf celui de Diane, si insolemment innocent, si naturel, si beau.
Je passerais des heures à lui caresser l’encolure, à lui faire comprendre que je l’aime. C’est à elle que je dois mes seuls véritables émois sexuels : quand nous galopons, toutes les deux enlacées, et que je sens ma vulve frotter le cuir dur de ma selle, je suis au paradis. Je ressens une exaltation, une joie sauvage, une excitation qui me fait monter le sang aux joues. J’ai été bien surprise le jour où je me suis rendu compte que ma culotte était trempée de mouille au retour d’un galop particulièrement mouvementé. Diane soufflait fort, tout son corps fumait de transpiration, elle était comme moi, ravie, exaltée. Nous sommes restées enlacées de longues minutes.
Et me voilà aujourd’hui, chevauchant à l’aventure, en plein soleil, exaltée, presque heureuse, prête à foncer à la poursuite du moindre lièvre.
Et tout à coup, dans le lointain, ce hurlement horrible, inhumain, suivi d’autres cris, poussés par des hommes paniqués, puis des bruits de lutte. Diane s’est immobilisée un instant, indécise. Ah ! enfin, quelque chose d’inhabituel se passait. Voilà qui me changerait de la chasse aux petits rongeurs que j’essaie toujours de surprendre au moyen de mon fouet lorsque Diane les a mis à ma portée. J’aime entendre ces petits couinements de souffrance, et voir ce sang perler sur la fourrure, puis couler le long de l’échine de l’animal affolé. La nature est sauvage, cruelle, c’est comme ça que je l’aime !
Prudemment, je me suis approchée, les sens en éveil. Une cabane, non loin de la route. Je connaissais cet endroit pour être déjà passée à proximité à plusieurs reprises, mais sans y prêter attention.
Je décidai de mettre pied à terre. J’abandonnai Diane qui avait l’habitude de mes frasques et qui, je le savais, ne s’éloignerait guère ; je me glissai parmi les graminées et progressai à couvert.
Bon Dieu, quelle odeur ! Et ce bourdonnement ?… des mouches !
Écartant un gros buisson qui me barrait le passage, je découvris avec stupéfaction un corps ensanglanté, horriblement mutilé, immobile, désarticulé et placé dans une position impossible, une jambe complètement retournée et un bras arraché. Il planait encore dans l’atmosphère comme un souffle de violence. Je m’aperçus que, loin d’en ressentir la moindre peur, je m’exaltais au contraire.
Guidée par le zon zon obstiné des nuées de mouches, je ne tardai pas à découvrir un deuxième corps, tout aussi mal en point que le premier. Il avait l’air de rire, celui-là. En réalité, la moitié de son visage avait été arrachée.
Hormis l’oraison funèbre des mouches, pas un bruit. Je devinai cependant une présence un peu plus loin.
Débouchant sur l’espace dégagé qui s’étalait devant la cabane, je fis une bien étrange découverte. Un corps de femme était étendu sur un arbre mort. Avait-elle été dépecée, elle aussi ? Je ne voyais pas de mouches tournoyer autour d’elle, je la supposais donc vivante et décidai de m’approcher.
Quel spectacle ! Ce corps presque entièrement dénudé, attaché de telle sorte que la jeune femme était étalée, ouverte comme une grenouille de laboratoire... Je voyais à présent sa poitrine se soulever en cadence ; sa tête remuait légèrement, elle était donc bien vivante. Je franchis les derniers mètres. Elle tourna la tête dans ma direction : elle m’avait entendue arriver.
Je n’avais jamais vu un aussi beau corps féminin, sauf dans Playboy. Mais ici, ce n’était pas une quelconque midinette en papier prenant des poses vaguement osées, c’était une superbe nana, bâtie comme une déesse, et… je sentis comme une corde qui se tendait dans mon bas-ventre, mon souffle se fit plus court, ma vue se brouilla un bref instant… qu’est-ce qui m’arrivait ? Je réalisai que le corps ainsi offert à ma vue présentait un spectacle parfaitement obscène. La femme était dépoitraillée, les seins à l’air, couverts de… on dirait… mais oui, du sperme ! Est-ce que les deux abrutis dont j’ai trouvé les corps avaient voulu la violer ? ça y ressemblait bien ! Peut-être étaient-ils plus nombreux.
Et… cette petite culotte arrachée, qui lui descendait à mi-cuisse. Je sus que ce que je ressentais là, sur le coup, était une brusque envie de sexe. Un émoi que je n’avais jamais ressenti auparavant venait de s’imposer à moi et je m’aperçus que je ne faisais rien pour empêcher mon excitation de se développer, de se répandre dans toutes mes fibres.
Ainsi donc, le sexe, le vrai, c’était ça ! sauvage, cruel, émoustillant, pervers, brutal.
J’étais là, fascinée, incapable de bouger, les yeux rivés à ce superbe corps alangui, dans une pose qui me mettait les sens à l’envers. La vue de ces gros seins qui montaient et descendaient au rythme d’une respiration affolée me procurait un sorte d’émoi rageur, de colère sourde, totalement inexplicable. Ce visage souillé, ce corps torturé, humilié, ce regard suppliant, inquiet, mais nullement affolé, tout cela me mit dans un émoi indescriptible.
Confuse, rougissante, je sus que j’allais poser des actes insensés, que je ne m’appartenais plus. Je jetai un bref coup d’œil alentour : personne, pas un bruit, pas un frémissement.
C’est à travers une sorte de brouillard que me parvint la voix de cette femme, je ne fus pas sûre d’avoir entendu, compris ce qu’elle me disait. Quoi ? elle me demandait pardon, voulait que je me présente. Je n’avais aucune envie de lui parler.
J’étais tout prêt à présent et je tendis vers cette poitrine tremblotante une main qui hésitait. M’emparant d’un sein, je me mis à le pétrir avec vigueur. La chair était brûlante et douce ; ma main glissait sans peine sur les rondeurs épanouies. J’eus un bref haut-le-cœur en réalisant que c’était le sperme et cette étonnante quantité de salive épaisse qui facilitait le glissement de mes mains sur ce corps palpitant. Et cette odeur, tout cela était trop fort, trop soudain trop inattendu, trop brutal.
Un instant effarée par ma propre audace, je me ressaisis pourtant et décidai de prendre la situation en mains, en dépit de la vague d’excitation qui envahissait mon entrejambe et que je m’étais mise à souhaiter avec force.
Je sentais le regard de la femme sur moi. Je décidai de l’affronter. Je lus aussitôt la peur, l’espoir, la détresse…
Je serrai les mâchoires et, en guise de réponse à cet appel muet, je me mis à malaxer à nouveau le sein lourd qui s’étalait impudiquement à ma vue, qui m’était si opportunément offert. Je fus prise d’une envie farouche, irrésistible, de faire souffrir cette femme, de lui procurer du plaisir, d’en prendre par elle, malgré elle, de le lui arracher au besoin.
Je ne me préoccupai pas de savoir ce qui m’arrivait, il me fallait connaître le sexe, maintenant, tout de suite, avec cette créature sublime qu’un étrange destin m’offrait là comme un cadeau inespéré.
Elle se tortillait comme un gros ver de terre et je m’aperçus que j’en ressentais une joie trouble et perverse, que ça m’excitait !
Je me mis à pincer plus fort cette chair meurtrie, maculée par le vice, toute poisseuse, toute gluante.
C’est à deux mains à présent que je m’étais mise à malaxer la poitrine offerte de cette femme qui commençait à s’affoler. Je vis qu’elle avait compris qu’il ne serait point question de délivrance, d’assistance, de secours.
Elle ne s’était pas mise à crier, ce que je redoutais par-dessus tout et qui m’aurait inévitablement amenée à la violenter aussitôt, impitoyablement.
J’admirai son courage, sa force de caractère, et il en fallait à coup sûr pour surmonter cette épreuve. J’aimais ce rôle de bourreau, de tortionnaire. J’allais enfin pouvoir prendre ma revanche, assouvir un désir que je découvrais violent, irrépressible, impérieux, tyrannique. Elle serait ma complice, consentante ou non !
Dieu, qu’elle était belle ! pas seulement dans son corps, mais dans son attitude aussi, dans ses menus gestes qui conservaient une sorte de grâce. Je ne lui voulais aucun mal, mais je la voulus tout à coup ma chose, mon jouet, l’objet de ma rage sexuelle, de ma dépravation que je découvrais profonde et injuste, âpre et sauvage. Ce que j’avais toujours attendu, en somme.
Ma main descendit le long de son ventre qui vibrait comme une peau de tambour, puis s’insinua entre ses cuisses. Son sexe était chaud, mouillé, dégoûtant, et pourtant ça me plut au-delà de tout. Curieusement je me sentis aussi chienne, aussi femelle, aussi sale, aussi dépravée que cette femme étalée sous mes yeux dans une pose de la dernière impudeur.
Un lien venait de se tisser là entre nous, dont j’aurais été incapable de définir la nature. Une certitude cependant : il s’agissait, il ne pouvait s’agir que de sexe. Je sus que j’allais — enfin — goûter à quelque chose qui n’aurait pas, cette fois, la fadeur de mes lamentables expériences antérieures.
Oui, je sus que j’allais aimer te faire mal... malgré cette bouffée de honte qui venait de me sauter à la gorge. Un peu effarée, je lus la même honte sur ton visage cramoisi. Oh, mais oui ! nous étions complices. La chose ne faisait plus aucun doute à présent.
Cette lueur dans tes yeux ! pas de panique, non ; pas de supplication, mais non ; pas même une prière, oh non ! mais un trouble, un émoi, une langueur : du sexe ! oh, mais oui !
Je me mis à tordre cette chair tendre et chaude... en tournant pour voir... Hooo ! la mamelle se déforme, c'est rigolo, excitant, amusant de faire mal et tu as senti que j'aimais ça, toi, la victime offerte, incapable de bouger...
Brusquement, je me redresse : mon fouet, là, passé dans ma ceinture, c’est tellement tentant !…
Ça devient insoutenable... Oh ! je sens, je vois que tu m'as devinée. Ton œil s’affole un instant, un bref moment, juste ce qu’il faut pour épicer la chose.
Je me recule de quelques pas, le cœur battant la chamade, les oreilles bourdonnantes.
Je déroule lentement le long serpent de cuir souple qui semble palpiter un instant sous ma paume moite.
Je te regarde, je lève le bras, je sens ton corps se raidir sous l’appréhension du coup, tu fermes les yeux, renverses la tête du côté opposé. Ta poitrine se soulève en cadence, à un rythme effréné, ce qui porte mon excitation à son comble.
Je vise, soigneusement, comme s’il s’agissait de cingler au vol un furet paniqué. Je retiens légèrement mon geste toutefois de façon à ne pas arracher la peau mais la zébrer simplement.
Le coup te fait sursauter de surprise et de douleur. Tu ne peux retenir un cri qui me fait aussitôt mouiller d’abondance.
Je me délecte à présent du spectacle de ta peau qui porte une longue zébrure rouge, exactement où je l’ai voulue : depuis ta hanche jusqu’à la base de ton sein droit.
Je m’approche, un peu étourdie par la force des émotions que je ressens.
Je contemple ton corps tout tendu sous l’impact, raide de douleur et d’effroi. Je me débarrasse de ma chemise et m’en sers pour nettoyer ton corps des souillures qui le maculent. Ensuite, lentement, je passe ma langue sur la marque que vient de laisser la lanière cruelle de mon fouet, et je la remonte sur toute la longueur, me repaissant au passage de cet incroyable mélange de goûts : ta transpiration, ton sang, et, plus haut, ce résidu de sperme, et enfin ce rappel de bave qui sent si fort… Arrivée à la base de ton sein, je laisse ma langue poursuivre sa route jusque sur ton petit bout, tout dressé, tout durci, que je mordille avant de lécher toute la surface de ton sein étalé, soumis, tremblant, à ma merci.
Inclinée sur ton corps, je sens soudain monter une bouffée de tendresse pour toi, toi qui es là, soumise, les yeux inondés de ces larmes de douleur et d’effroi, larmes que tu n’as pas pu retenir, malgré tes efforts pour garder le silence et un minimum de dignité, efforts pour lesquels je t’admire.
Je nous veux complices, unies dans ce délire. Soudain, je suis reprise par une envie folle de te faire mal, de te faire subir ma loi, de te monter à quel point tu m’excites, m’affoles.
Tu vas en baver ma belle !… ma chérie !
Je me recule à nouveau, je lève mon bras, je réprime un sanglot, je suis bouleversée… la lanière se tend, le coup va partir, oh ! comme je… comme je t’aime !
3. Délire à deux
Mon Dieu ! mais en quelles mains suis-je donc tombée ? Me voilà à la merci d’une espèce de folle… Ce cauchemar va-t-il bientôt prendre fin ? La position devient intenable, je ne sens plus mes bras, tout le bas de mon corps est douloureux, je frissonne d’effroi, de honte, de dégoût, et… l’avouerai-je ? d’une sorte d’excitation diffuse. Oh ! ce n’est pas possible, pas tenable, pas humain…
J’ai cru m’évanouir de frayeur quand j’ai vu le fouet se lever. J’ai fermé les yeux, tremblante, dans l’attente du coup… Ma chair a explosé sous l’impact de cette lanière impitoyable… La douleur fut aiguë, insoutenable, je n’ai pu retenir un cri qui me surprit moi-même. Je sentis les larmes jaillir de mes yeux. J’étais au désespoir ! Qu’allais-je encore endurer ? Mais ne passera-t-il donc personne dans les environs, qui viendrait me secourir, mettre un terme à cette démence ?…
Je respirais à présent comme une locomotive emballée. À travers mes larmes et mes cheveux épars, je vis que la folle s’apprêtait à m’infliger un nouveau coup. Oh, non ! Je ne pourrai pas supporter plus longtemps ce supplice. Une fulgurante douleur me cingla à nouveau lorsque le second coup de lanière s’abattit sur mes seins. Je ne pus retenir un cri, un hurlement de désespoir, cette fois. Je me mis à sangloter sans retenue, je me vidais soudain de toute la tension accumulée, je sentis que j’urinais, que des larmes jaillissaient de mes yeux, que tout mon corps était secoué de spasmes, que je tremblais comme une feuille.
Un corps chaud et humide entra en contact avec le mien. Elle venait de s’allonger sur moi ; aussitôt, elle se frotta comme une bête. Sous son poids, l’écorce râpeuse s’enfonça un peu plus dans mon dos me procurant une nouvelle et cuisante douleur. Je sentais son souffle dans mon cou, elle haletait, elle se serrait contre moi, c’était horrible, obscène, grotesque et… agréable… mais oui ! je découvrais avec stupeur que ce contact sauvage, saugrenu, immonde, me procurait, contre toute attente, une sorte de bien être acidulé, d’excitation perverse, de plaisir honteux. J’osai un regard furtif et fus aussitôt fascinée par la lueur trouble que je pus lire dans ses yeux qui exprimaient un désir fou, une excitation d’une rare intensité… Cette folle était en proie à un désir incoercible. Elle se masturbait sur ma cuisse ! je sentais sa vulve qui s’obstinait sur ma jambe endolorie, ses mains qui couraient sur mon corps, qui me pétrissaient et… et je fus bien obligée de constater que j’en ressentais une excitation croissante, en dépit de la douleur, malgré la honte, au mépris de toute considération rationnelle.
Même la douleur fulgurante des coups de cravache se muait à présent en une sorte de chaleur vivante, comme si un serpent de feu glissait lentement sur ma peau. La fille s’était mise à me lécher la poitrine, goulûment, avec une sorte d’avidité frénétique. Elle tressautait de façon grotesque, comme en proie à une crise d’hystérie. Elle me tétait comme l’eût fait un bébé affamé. C’était hallucinant. Et le plus saugrenu était que je commençais à m’abandonner, à me livrer, à entrer dans son jeu, malgré moi, mais avec de moins en moins de réticence ; le dégoût venait de céder la place à une terrible excitation qui m’envahissait et s’avérait majeure. Je sentis mon bassin se mettre à ondoyer, je sus que je me mettais à mouiller, la tête me tournait, j’étais bel et bien en proie à une belle excitation.
Soudain, son visage fut tout contre le mien : elle me fixait de ses beaux yeux bleus qu’elle avait fort pâles, ravissants ; ses traits qui devaient être harmonieux au repos étaient tout déformés par un rictus sauvage ; elle semblait vouloir m’investir, s’emparer de moi, me bouffer. Elle me lança au visage :
— Tu aimes ça, hein, salope ? Oh oui ! je vois bien que tu aimes ça, putain, salope, vicelarde, débauchée, pute, sale pute ! Ces mots humiliants, au lieu de me glacer eurent, à ma vive surprise, l’effet inverse : je sentis mon excitation grimper d’un cran, je me découvris prête à m’abandonner complètement au délire sexuel de cette obsédée ; mieux, je désirais à présent qu’elle m’humiliât davantage, qu’elle me frappât à nouveau, si elle le souhaitait. J’étais sans conteste devenue son esclave, sa victime consentante, sa chose. À présent, je voulais du sexe, de la dépravation, du crade, du délire, de la folie, du cul, de la fesse, de l’obscène, du dégueulasse, du… oooh, mais qu’est-ce qui m’arrivait ? quelle horreur, quelle merveille ! quel cauchemar, quel plaisir ! quelle dépravation, quelle félicité !
Moment sublime que celui où je me laissai aller, emportée par un tourbillon infâme et délicieux !
Elle poursuivit, toujours haletante, toujours exaltée :
— Tu es le sexe, toi ! tu es la vie, l’amour, la jouissance, le plaisir absolu ! Je t’aime, oh oui, je t’aime ! S’écartant légèrement, elle se mit à se dévêtir, ôtant prestement ses bottes, puis ses jeans, ne gardant que sa petite culotte et son soutien-gorge. Elle avait un corps absolument somptueux, je ne pus m’empêcher de m’en faire la remarque, malgré ma souffrance et en dépit de la situation. Elle vint étendre son corps quasiment nu sur le mien. Sa peau bronzée était chaude, toute parcourue de frissons. Brusquement, elle se mit à sangloter comme une enfant effrayée, se lovant contre moi.
Je venais de me rendre compte que, sans doute par suite du frottement de la corde sur le tronc rugueux, les liens, probablement réalisés à la hâte, étaient en train de se relâcher. Je tirai un bon coup et le miracle eut lieu, les liens cédèrent enfin : je me trouvai libre de mes mouvements. Une vive douleur se fit sentir dans mon dos et mes jambes lorsque j’essayai de me redresser. C’est que j’étais depuis un bon moment dans une position des plus inconfortable. Une forte courbature me tint paralysée un certain temps. Lorsque je pus enfin esquisser un geste, ce fut pour m’emparer de la tête de la fille qui pleurait à chaudes larmes sur ma poitrine. Mue par je ne sais quelle impulsion saugrenue, je me mis à lui caresser les cheveux. Lorsque, soudain, elle réalisa que j’avais les mains libres, elle eut un moment d’affolement qui se mua presque aussitôt en aussitôt en une vive colère. Elle se redressa et, prenant du recul, s’apprêta à se ruer sur moi. Pressentant le danger et n’étant nullement disposée à me laisser maltraiter davantage, je repoussai la fille et m’arrachai à ce tronc qui ne m’avait fait que trop souffrir. Tout mon corps fut parcouru d’une sorte de douloureuse déchirure et je ne vis plus qu’une myriade de petites étoiles qui filaient en tous sens. Je fus jetée au sol par une solide bourrade et je me retrouvai allongée sur le dos, une nouvelle fois, mais sur l’herbe cette fois. La fille se jeta sur moi sans ménagement. La lutte, inégale, fut de courte durée. Très vite, elle s’empara de mes poignets, me maintenant immobile. Nos visages en sueur, grimaçants sous l’effort et la rage, étaient tout proches. Je sentais ses seins qui s’écrasaient sur les miens, je ne pus m’empêcher de trouver cette sensation agréable. Je mollis, ne sachant que trop bien que je ne trouverais plus l’énergie suffisante pour l’emporter sur cette belle forcenée, je décidai de m’abandonner. D’instinct je sus, au moment même, que c’était la bonne attitude à adopter. Relâchant mes muscles endoloris, je cessai toute résistance. La fille le sentit aussitôt et son agressivité disparut comme par enchantement. Elle me tenait toujours les poignets, mais sans frénésie à présent. Elle me regarda d’une étrange façon puis, soudain, relâchant mes poignets endoloris, elle me prit la tête entre ses mains et m’embrassa sur la bouche. Ses lèvres étaient brûlantes, sa langue investit immédiatement ma bouche et se mit à la fouiller, à la parcourir en tous sens. Ce baiser était sauvage, brutal, conquérant, maladroit, mais chargé d’un tel désir, d’une telle sensualité qu’il me fut impossible d’y résister ; le voulais-je d’ailleurs ? rien n’était moins sûr ! et c’est sans plus aucune retenue que je m’abandonnai au bon vouloir de mon bourreau.
Tout en me mangeant la langue, elle se frottait sur mon corps, haletante, en proie à une excitation peu commune. Son bassin, appuyé sur mes hanches, tressautait en cadence. En réalité, elle se masturbait sur moi, c’était hallucinant. Elle se détacha soudain, se redressa et dégrafa son soutien-gorge. La poitrine qui se trouva ainsi libérée me sembla lui correspondre parfaitement : ses seins, en poire, pointaient tels des obus, agressifs, arrogants, tout à fait à l’image de leur propriétaire ; d’une beauté insolente, défiant les lois de la pesanteur, ils pointaient fièrement, droit devant eux, tels deux défis. Je la sentis troublée sous le regard admiratif que je n’avais nullement cherché à dissimuler. Le regard que nous échangeâmes à cet instant fut d’ailleurs celui de deux complices, voire de deux amantes.
Elle se cambra fièrement, pointant vers sa victime allongée, vaincue, consentante, sa superbe paire de seins conquérants et victorieux déjà. Elle se débarrassa de sa culotte en un tournemain, puis planta ses genoux de part et d’autre de mon torse, et, poussant son bassin vers mon visage, m’exhiba son sexe, sans aucune retenue, sans la moindre pudeur. Le haut de ses cuisses portait la marque de son excitation, elle venait d’ailleurs de commencer à distribuer à sa vulve une série de claques retentissantes. Les dents serrées, le regard halluciné, elle s’abandonnait à sa fringale de sexe, à son délire amoureux. Je décidai de ne pas me cantonner plus longtemps à un rôle passif et, me redressant, je m’emparai de ses fesses qu’elle avait dures comme du bois, et la forçai à s’approcher de mes lèvres. Je me mis à lui lécher la vulve à grands coups de langues généreux. Elle couina aussitôt, puis se mit à émettre une succession de petits cris aigus qui répondaient à mes coups de langue. Mon nez farfouilla un instant dans sa toison qui sentait le désir, le sexe, la femelle en chaleur, ce qui me catapulta dans un état d’excitation que j’avais rarement connu. Je me mis à la lécher avec avidité, je dégageai son clitoris que je mis à téter goulûment avant de lui distribuer une rafale de petits coups rapides au moyen de l’extrême bout de ma langue. Elle se mit à crier tout de bon, telle une démente. Bien excitée à mon tour, j’enfonçai résolument, un, puis deux doigts à l’entrée de son vagin et je me mis à les agiter en tous sens avant d’amorcer un énergique va-et-vient. Elle vibrait comme un avion à l’arrêt en bout de piste, juste avant le décollage. Soudain, tout son corps se raidit, elle fut secouée de trois ou quatre spasmes d’une rare puissance, puis le cataclysme se déclencha : une sorte de geyser jaillit soudain de sa vulve, un jet puissant de liquide incolore me sauta au visage, chaud et peu odorant, mais d’une puissance étonnante. Je n’avais jamais vu une telle chose ! J’en fus toute bouleversée. J’avais vaguement entendu parler de ce qu’on appelle, je crois, des « femmes fontaines », mais je doutais de leur réalité tant la chose me paraissait bizarre, presque monstrueuse. Là, le doute n’était plus permis. Le premier moment de surprise passé, je la vis s’affaisser légèrement, les yeux révulsés. Son corps se fit pesant et elle s’abandonna. Sa tête vint se lover sur ma poitrine, entre mes seins, ses mains alanguies reposaient inertes sur mes cuisses. Si j’avais voulu profiter d’un moment particulier pour reprendre l’avantage et m’enfuir, ç’aurait sans nul doute dû être ce moment-là, j’en fus tout à fait consciente. Je ne pus m’y résoudre toutefois, tant cette belle fille, probablement un peu perturbée, avait en fin de compte réussi à m’émouvoir. Je lui caressais lentement et tendrement les cheveux, comme une gamine que l’on console, que l’on apaise. Elle leva lentement vers moi son visage régulier, dont les traits étaient à présent parfaitement détendus, et m’adressa un sourire presque timide.
Elle ne manqua pas de remarquer que j’étais encore la proie du désir : mon ventre réclamait à grands frissons un feu d’artifice trop longtemps différé, j’étais toute palpitante, l’œil langoureux sans doute, le souffle court, la gorge sèche… Mon sexe enflammé réclamait son dû, hurlait sa soif, me tenaillait, allait me rendre folle de frustration…
J’avisai son fouet sur le sol, non loin de ma main qu’il me suffit de tendre pour m’en emparer. En lui décernant un regard bien appuyé, qui, sans que j’eusse à fournir le moindre effort, débordait sensualité, je le lui tendis, comme un trophée, comme un signe d’allégeance surtout. Le sens de mon geste lui fut limpide et c’est avec un large sourire et des yeux gourmands qu’elle s’en empara.
Comme pour ponctuer le pacte secret qui venait de se sceller là, j’écartai les cuisses, sans la moindre retenue, exposant à sa vue mon sexe suppliant.
Sa réaction ne se fit pas attendre, elle présenta l’extrémité du manche devant l’entrée de ma grotte béante et, sans ménagement, avec un regain de rage tranquille, elle l’engagea bien profondément. Je fus secouée par une onde de plaisir, bientôt suivie de nombreuses autres, toujours plus intenses. Elle promenait à présent le pommeau qui terminait le manche de son fouet juste à l’entrée de mon vagin, sur la couronne sensible, et j’eus le sentiment qu’elle venait de trouver, de façon probablement instinctive, les gestes les mieux appropriés à me procurer un plaisir intense. Nous nous regardions dans les yeux, et je la vis se repaître du spectacle de mon affolement. Elle buvait mon plaisir, se l’appropriait en quelque sorte. De sa main libre, elle pétrissait ma poitrine, m’arrachant des petits cris d’un bonheur aigu. L’orgasme ne tarda guère, majeur, grandiose, décuplé par le fait que je la savais en train de s’en délecter. Sans aucune retenue, je hurlais mon plaisir, mon bonheur, ma délivrance, mon asservissement. J’étais, je n’en doutais pas un instant, en train de devenir sa chose, son esclave, et j’en ressentais un étrange et puissant bonheur.
Je sus que nous n’en resterions pas là et que, une fois revenues l’une et l’autre à la civilisation, nous chercherions à nous revoir, que je serais à nouveau sa victime — sans doute plus consentante encore — et que nous arracherions ensemble à la banalité du quotidien bien d’autres moments de folie !
Achevé le 2 avril 2005.