Les quelques poèmes que je vous soumets ici, tous extraits des Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs montrent bien l'évolution de son personnage : si la douce Bilitis a d'abord découvert le plaisir entre les bras d'un homme, c'est entre ceux de la belle Mnasidika qu'elle a trouvé l'Amour.  
Le texte que voici a des accents prémonitoires ! 
 
L’AMIE COMPLAISANTE 
 
L’orage a duré toute la nuit. Sélénis aux beaux cheveux était venue filer avec moi. 
Elle est restée de peur de la boue, et serrées l’une contre l’autre nous avons empli mon petit lit. 
Quand les filles couchent à deux, le Sommeil reste à la porte. « Bilitis, dis-moi, dis-moi, qui tu aimes. » Elle faisait glisser sa jambe sur la mienne pour me caresser doucement. 
Et elle a dit, devant ma bouche : « Je sais, Bilitis, qui tu aimes. Ferme les yeux, je suis Lykas. » Je répondis en la touchant : « Ne vois-je pas bien que tu es fille ? Tu plaisantes mal à propos. » 
Mais elle reprit : « En vérité, je suis Lykas, si tu fermes les paupières. Voilà ses bras, voilà ses mains... » Et tendrement, dans le silence, elle enchanta ma rêverie d’une illusion singulière. 
Et les conseils rapportés ici n'annoncent-ils pas clairement sa destinée ? 
 
LES CONSEILS 
 
Alors Syllikhmas est entrée, et nous voyant si familières, elle s’est assise sur le banc. Elle a pris Glôttis sur son genou, Kysé sur l’autre et elle a dit : 
« Viens ici, petite. » Mais je restais loin. Elle reprit : « As-tu peur de nous ! Approche-toi : ces enfants t’aiment. Elles t’apprendront ce que tu ignores : le miel des caresses de la femme. 
« L’homme est violent et paresseux. Tu le connais sans doute. Hais-le. Il a la poitrine plate, la peau rude, les cheveux ras, les bras velus. Mais les femmes sont toutes plus belles. 
« Les femmes seules savent aimer ; reste avec nous, Bilitis, reste. Et si tu as une âme ardente, tu verras ta beauté comme dans un miroir sur le corps de tes amoureuses. » 
Et ce qui devait arriver... 
 
LA METAMORPHOSE 
 
Je fus jadis amoureuse de la beauté des jeunes hommes, et le souvenir de leurs paroles, jadis, me tint éveillée. 
Je me souviens d’avoir gravé un nom dans l’écorce d’un platane. Je me souviens d’avoir laissé un morceau de ma tunique dans un chemin où passait quelqu’un. 
Je me souviens d’avoir aimé... ô Pannychis, mon enfant, en quelles mains t’ai-je laissée ? comment, ô malheureuse, t’ai-je abandonnée ? 
Aujourd’hui Mnasidika seule, et pour toujours, me possède. Qu’elle reçoive en sacrifice le bonheur de ceux que j’ai quittés pour elle. 
Commence alors la merveilleuse aventure des doux plaisirs partagés. 
 
LES SEINS DE MNASIDIKA 
 
Avec soin, elle ouvrit d’une main sa tunique et me tendit ses seins tièdes et doux, ainsi qu’on offre à la déesse une paire de tourterelles vivantes. 
« Aime-les bien, me dit-elle ; je les aime tant ! Ce sont des chéris, des petits enfants. Je m’occupe d’eux quand je suis seule. Je joue avec eux ; je leur fais plaisir. 
« Je les douche avec du lait. Je les poudre avec des fleurs. Mes cheveux fins qui les essuient sont chers à leurs petits bouts. Je les caresse en frissonnant. Je les couche dans de la laine. 
« Puisque je n’aurai jamais d’enfants, sois leur nourrisson, mon amour, et puisqu’ils sont si loin de ma bouche, donne-leur des baisers de ma part. »  
 
         Encore ? 
 
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